‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 19 sur 112 · SR · texte numérisé non relu

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leur but étant de venir au secours de l'imagination trop peu vive dim lecteur et de lui imprimer la chose plus fortement dans l'esprit !.”

Que ces légendes se soient multipliées, qu'elles aient joui pen M dant quatorze siècles d’une faveur démesurée, on se l’explique facile. ment par ce besoin de merveilleux dont l’homme a constamment subi l'influence, qui s'est toujours manifesté en Orient avec un vivacité particulière, et dont la société nouvelle ne pouvait «4 défendre, malgré la gravité, malgré la sévérité de ses croyance immuables, Ces gentils, encore imbus des fables de la mythologie ces juifs, convertis, il est vrai, mais la tête pleine encore des merveille qu'enfantait l'imagination des rabbins ; ces néophytes d'hier, épars ik

: Jérusalem, à Alexandrie, à Ephèse, ne pouvaient si vite vaincre leurm penchant pour les fictions. Ce fut toujours le propre des peuple d'Orient d’entremêler le conte, la parabole aux matières les plu graves, Aussi, “dans les légendes qui nous occupent, retrouve-t-01m l'empreinte remarquable et profonde de cette fusion opérée entre les opinions anciennes et les dogmes nouveaux *.”

Chez les Latins, les christianisme n'avait pas poussé tout d’abord dans la société cultivée, des racines aussi profondes qu’en Orient la foi n'était pas aussi simple ni aussi naïve ; l'imagination du peuplé était en outre plus calme, plus mesurée, moins mobile, et la curiosite 4

0 ce trouvait d'ailleurs un aliment dans les auteurs païens ou les repré: à cé sentations de la place publique. Cependant Thilo pense que 14 l'a apocryphes se répandirent encore de très bonne heure chez eux’, c tr M. Variot les y rencontre “ bien avant la fin du quatrième siècl*+ lr “ Ce serait en effet, ajcute ce dernier auteur, peu connaître le géni entreprenant des premiers sectaires, des Marcion, des Basilide cm

. des Valentin, que de croire qu'ils n’usaient pas, pour la propagandem de leurs idées religieuses, de to ; les moyens que pouvaient leu fo offrir la discussion, la publicitéet la diffusion d'écrits, la plupar. °t imprégnés de leurs doctrines ,” nd

ta En 0 pa 1 J. A. Mœhler, Za Patrologie, où ist, lit. des trois premiers siècles (trad. Cohen È d’:

3 in-Sv, Louvain, 1844), t. IT, p. 223. D:

? Brunet, Les Ævang. apocr. (2e éd. in-120, Paris, 1663), p. v. 1 : is # Fabulæ traditæ evangelio Jacobi....dubium non est quin mox ad Latinos etiar+ pervenerunt, Thilo, Codex Apocr. N. 7. (in-80, Lipsit, 1878), p. XXV. à pl

# Variot, Zvang. apocr., Hist. litt., ete. (in-80, Paris, 1878), p. 513.

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Et maintenant, en règle générale, que faut-il penser de la valeur historique des récits dont nous parlons? Faut-il croire que la crédulité ou l'instinct poétique en ont fait tous les frais, de telle sorte qu'il n'y ait aucune espèce de réalité dans les faits qu'ils contiennent ?

ou bien peut-on admettre qu'ils reposent sur un fond vraiment

traditionnel, plus ou moins embelli ou défiguré, il est vrai ?

Nous commencerons par dire que, ici, comme en tout point, l'Eglise catholique a montré sa profonde sagesse, en ue leur reconnaissant ni valeur doctrinale, ni même aucun caractère d’authenticité Mais de ce qu'un livre ne jouit d'aucune autorité en matière

} de doctrine, ou de ce qu’il a été faussement attribué à un auteur,

s'ensuit-il que tout ce qu’on y rencontre soit absolument controversé ,? Les critiques ne le pensent pas. Ainsi, tout en faisant la part de ce qu'il y a de fabuleux dans les évangiles apocryphes, on peut leur reconnaître une base historique, si peu large qu’elle soit.

Les adversaires accusent de plagiat sur l’ancien Testament les auteurs de ces écrits. “ Le calque, disent-ils, est facile à suivre, au moins dans ses lignes dominantes. Par exemple, la naissance de Samson, celle de Samuel, sont les modèles obligés de toutes les naissances célèbres dans le Nouveau Testament, On est porté à croire que l’auteur remplit un programme tracé à l'avance, et que tel fait ne

trouve place dans son récit que parce qu'il figure dans le livre de

l'Ancien Testament pris pour modèle.” M. l'abbé Variot répond à ceci :

“ Cette manière d'expliquer les traditions chrétiennes, toutes les fois qu’elles ont quelque rapport avec les traditions juives, ne peut être regardée comme scientifique ; elle relève d'une impression et non

2 de l'examen sévère des faits. (Car enfin un fait n’est pas conies-

table, pour cette seule raison qu'un autre l'a précédé, et l'on n'est pas fondé à dire, par exemple, que Anne, la mère de Marie, n'a d’abord pas été stérile, parce que la mère de Samuel l'était; de même on ne peut révoquer en doute que Marie ait été présentée au temple, seulement parce que d’autres juives y furent élevées... — N'y a-t-il plus de luxe royal après celui de Salomon ? ne peut-on plus parler de valeur, depuis Judas Macchabée ?......"

“# Quoiqu'il en soit, ajoute le même auteur, une grave autorité dans la question, nous croyons que plusieurs des faits rapportés par les évangiles apocryphes sont réels et appartiennent à l’histoire, Leurs auteurs n’ont rien inventé de toute pièce ; ce serait là une merveille inouïe dans l’histoire de l'esprit humain. Ils puisent dans les traditions, dans les récits qui passent de bouche en bouche depuis les Apôtres. C'est de ces traditions que saint Jean a dit, à la fin de son Evangile: “Il y a encore une foule d’autres faits accomplis par Jésus ; si on voulait les raconter dans le détail, le monde ne pourrait contenir les livres qui seraient composés.” On n'écrivit pas ces traditions au commencement, on les racontait. Dès qu’on voulut en former des rédactions suivies, les écrivains qui n'avaient pas été les témoins des événements, ne purent exactement fixer les rapports des lieux, les temps précis, ni décrire fidèlement les personnages. De là ces récits chimériques, toutes ces traditions entrelacées au gré de la piété, quelquefois de la fantaisie, et bien souvent sous l'empire des passions du moment, Dom Calmet semble avoir pénétré le secret de ces compositions lorsqu'il a dit: “ Les auteurs de ces pièces ‘“ fausses supposaient toujours certains faits reconnus de tout le “ monde, Sans cela, personne n'aurait voulu les recevoir. Les fai- “ seurs de romans ne feignent pas tout ce qu'ils rapportent ; ils con- “ servent les noms, les principales circonstances de la vie de leur “ héros ; ils ont grand soin de ne pas s'éloigner de son caractère ‘,”

Cette observation s'applique surtout à la vie de la sainte Vierge, telle que la retracent les évangiles apocryphes. Ce point historique, si peu détaillé dans l'Evangile canonique, devait naturellement éveiller la curiosité de plusieurs, et exercer l’attention pieuse des auteurs de ces üuvrages. Il règne entre eux sur ce sujet une remarquabie conformité. Ainsi la longue stérilité d'Anne, la promesse qu’elle fait de consacrer son enfant au service de Dieu, la présentation de Marie au temple à l’âge de trois ans, l'éducation qu'elle y reçoit au milieu des A/mas, ou vierges d'Israël élevées dans le lieu saint, le vœu qu’elle prononce de persévérer dans la virginité, les cérémonies de son mariage avec Joseph, l'âge avancé de Joseph à l'époque de ses fiançailles, tous ces détails et mille autres se retrou-

! Dom Calmet, Dissert, sur les actes de Pilate, et Variot, Z cit., 180-183.

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vent à peu près les mêmes dans le Protévangile de Facques, dans l'Evangile du Pseudo-Matthieu où de la Nativité de Marie, et dans l'Histoire de la naissance de Marie et de l'enfance du Sauveur.

On admettrait difficilement que différents auteurs cussent pu se rencontrer à un tel point, si tout n'était que fiction dans leurs écrits, ou bien s'ils n'avaient pas puisé dans un fond traditionnel, commun à tous. Il est clair que, après les grands événements dont la Judée venait d'être témoin, l'attention publique ne pouvait manquer de se porter vers la mère de Jésus. On a dû remonter jusqu'aux années de son enfance, et recueillir avec soin toutes les traditions qui se référaient à elle. Que l'esprit légendaire s’y soit mêlé pour les embellir ou même les altérer, tout porte à le croire ; mais rien n'autorise à penser qu’il n’y ait point, dans les parties principales du récit, une exactitude de renseignements qui les élèvent, sinon à la certitude, du moins à un très haut degré de probabilité... En résumé donc, il serait tout aussi peu raisonnable de rejeter un fait uniquement parce

qu'il est relaté dans un évangile apocryphe, que de l’admettre sans discussion sur ce fondement unique.

Ainsi pensait-on au moyen âge, et c'est ce qui fait que tant d'écrivains de cette époque ont pu, sans violer les règles d’une saine critique, invoquer le {.inoignage de ces anciennes légendes pour quelques détails moins connus de la vie de Marie. Îl y avait d’ailleurs d'illustres exemples pour justifier pareil fait, puisque, au moins sur certains points, ces narrations se trouvaient confirmées par les. saints Pères, comme nous le dirons plus au long tout à l'heure à propos du Protévangile de Jacques en particulier, Il y avait aussi pour la foi vive du moyen âge un charme puissant dans ces récits. familiers, dans ces anecdotes contées au foyer domestique, sous la tente, à l'ombre des palmiers au pied desquels s’arrêtait la caravane : c'était le tableau des mœurs de l'Eglise primitive se déroulant en toute sincérité, candeur et bonne foi; c’étaient l’âme et la vie de la nouvelle société chrétienne se retrouvant là tout entières,

Et quand, à l'exemple des Pères, les poèmes lyriques, les cantiques et les Noëls, les mystères et les poèmes épiques ou Vzes rimées eurent repris et chanté à l’envi ces histoires du temps passé, du temps aimé, l’art vint à son tour, et ici, sans craindre de répéter une pensée

1 Cf. Abbé Henry, ZZistoire de la l'oésie (in-8», s. d.), p. 190.

émise déjà deux pages plus haut, nous reproduisons en y souscrivant de cœur ces lignes de Gustave Brunet : ‘“ Loin d'être restées stériles, ces légendes ont eu, pendant une longue suite de siècles, l’action la plus puissante sur le développement des arts ;...la peinture, la sculpture du moyen âge n'ont fait faute d'y puiser à pleines mains. Laisser Ge côté l'étude des évangiles apocryphes, c'est renoncer à <! découvrir les origines de l’art chrétien. Ils ont été la source où, dès

TEE

l'extinction du paganisme, les artistes ont puisé toute une vaste sym- F bolique que le moyen âge amplifia. Diverses circonstances rappor- 1 tées dans ces légendes, et consacrées par le pinceau des grands maïi- 74 r tres de l’école italienne, ont donné lieu à des attributs, à des types À f que reproduisent chaque iour les arts du dessin !,” L: n

Que de fois en effet, # un tr.it caractéristique, un %

costume, une attitude, un 4 P acces.oire obligé dans un e. ti

: s Di | tableau, tiennent à une 4 cc

tradition, à une légende, et F cc ne peuvent s'expliquer que 4 af par elle ? Pourquoi, par : sa

exemple, le bœuf et l'âne Ne auprès de la crèche du divin D.

Enfant? Pourquoi la tige fleurie dans la main de saint Joseph ? Pourquoi, sur À une toile célèbre, ce juif M qui brise sa baguette, au E.

mariage de Marie et de d Joseph ? Pourquoi le repos L.

de la sainte Famille au désert, sous un palmier qui abaisse ses feuilles ? —Et, à en ce qui touche immédia-

Fig. 7. RAPHAEL, Mariage de la Vierge, tement à notre sujet, pour-

Musée Bréra, Milan, quoi cet ange qui apparaît à

sainte Anne et à saint Joachim? Pourquoi, sous la Porte dorée, ces

1 G, Brunet, Zes Evangiles apocr., p. VI ; aussi Freppel, Zes Pères Apostoliques, p. 63-64.

rivant ériles, on la sculpmains, cer à ù, dès > sym- 1ppor- |s maîis types

n effet, jue, un Ni de, un ans un à une ende, et uer que oi, par t l'âne À du divin la tige ain de Quoi, sur A ce juif ette, au et de le repos ille au ier qui ? —Et, média-

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