‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 24 sur 112 · LE PROTÉVANGILE DE JACQUES · texte numérisé non relu

LE PROTÉVANGILE DE JACQUES

de ce douzième chapitre dont vient de parler dom Calmet, puisque nous nous arrêtons au neuvième.

Au surplus, une réflexion de M. Le Hir trouve ici sa place :

“ Combien de fois, dit-il, n'a-t-on pas recueilli des paillettes d'or au milieu d’un sable vulgaire ? Un livre plein d'anecdotes futiles nous instruit tantôt par un trait lumineux, tantôt par une vue d’ensemble. Voici, par exemple, une histoire apocryphe de la vie de saint Joseph. Quelque opinion qu'on se forme de la vérité des faits qui la composent, elle fournit au moins la preuve de la haute vénération et du culte pieux dont l'époux de la Vierge-Mère fut environné au sein des populations naïves que cette histoire charmait. Or, cette dévotion franche et tendre, cette magnifique idée conçue par les fidèles des temps antiques, des prérogatives, des vertus et de la puissance d’intercession de saint Joseph, n'est-ce pas un fait qu’il importe de connaître ? Et quel homme, désireux d'estimer ce fait à sa valeur, n’essaiera, pour en venir à bout, de déterminer le lieu et l'époque où cette ardeur de dévotion se faisait jour ?

“Un autre récit apocryphe nous a transmis l’histoire de l’enfance de la Vierge Marie. On y parle de la piété de ses parents, de la stérilité de sa mère, des ardentes prières qui obtinrent du ciel cette enfant de miracle, desa présentation au temple à l’âge de trois ans, toutes croyances chères à l'Eglise qui les encourage, sans en faire des articles de foi. Ces

Fig. 10, GtoTTo, Sacrifice de Joachim et récits sont entremêlés, je l'avoue, première apparition de l’Ange. de bien des circonstances moins (Fresque de l’Are”a, Padoue) autorisées. Mais qui regretierait

quelques instants d'attention donnés à se convaincre que cet écrit est ancien, et certainement antérieur au milieu du deuxième siècle, puisqu'il a été cité par saint Justin ; qu'il est d’origine palestinienne <t contient vraisemblablement quelques traits recueiilis de la bouche même de saint Jacques, parent de Notre Seigneur et premier évêque de Jérusalem, sous le nom duquel l’auteur a dissimulé le sien ? Qui

ne se réjouirait, si le nom de Marie lui est cher, de voir son culte garanti en Orient par un témoignage voisin des apôtres, comme il est attesté en Occident par les peintures des catacombes et par les écrits de saint Irénée ? Puisqu'à Jérusalem, la mémoire de la mère du Sauveur était si religieusement conservée, il n’est pas incroyable qu'on y ait également attaché du prix à ses vêtements, et cet argument n’est pas à dédaigner dans l'examen de l'authenticité de ses reliques. J'ajoute que cet écrit si ancien renferme des emprunts considérables faits aux évangiles canoniques de saint Matthieu et de saint Luc, et rend par conséquent un témoignage irrécusable de leur existence et de leur diffusion dès le premier siècle, Que de précieuses observations à recueillir d’un document de quelques pages !!”

Au point de vue littéraire, cet écrit se distingue par la simplicité et la dignité de sa rédaction. Après la femme-poète du dixième

siècle, Hroswitha, qui l'avait jugé digne d’une traduction en vers,

des génies du premier ordre, et d’autres poètes, les plus goûtés de nos aïeux, Dante, Milton, Klopstock, n’ont pas dédaigné de s’en nourrir, et ils lui ont dû plusieurs de leurs coups d'ailes les plus vigoureux.

Quand, par exemple, le narrateur, s’arrêtant brusquement, donne la parole à saint Joseph et le met en scène pour raconter ce qu'il a vu: la nature muette, étonnée, dans l’immobilité de l’extase, au

moment de la naissance du Sauveur ; les astres qui s'arrêtent dans.

le firmament, et les troupeaux dans la plaine devenus sourds à la voix qui les presse ; les chevreaux qui penchent la tête sur une onde transparente et qui oublient d'y tremper leurs lèvres ; les villageois

attablés dont la main s'arrête dans la corbeille, pendant que leurs.

fronts se lèvent vers le ciel, il y a dans ce tableau un éclat, une magnificence et une impression de majesté qui étonnent,

De même, pour signaler une autre page qui intéresse plus spécialement notre sujet, c'est un mélange ravissant de naïveté, de vérité et de grâce que telle scène précédente où notre sainte Anne, vêtue de sa plus riche parure, pleure son infortune sous le laurier de son jardin, pendant que des eaux limpides et jaillissantes, un paradis de verdure, des arbres qui donnent leur ombrage, un nid de passereaux

1 Le Hir, Ztudes bibliques (2 in-80, Paris, 1869), t. Il, p, 102:4.

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