L'ÉVANGILE DE LA NATIVITÉ
L'Evangelium de Nativitate Marie traite à peu près le même sujet que les deux précédents, mais d’une façon plus brève—car il ne s'étend pas au-delà de Noël, —et peut-être aussi le fait-il avec plus de goût et de mesure. Le trait suivant est à relever: “Il serait long et fastidieux pour quelques-uns, dit l’auteur, de retrouver dans ce petit livre tout ce qu'ils ont déjà lu sur les événements qui précédèrent ou suivirent la nativité du Seigneur. Nous négligeons à dessein des faits qui sont racontés en détail dans l'Evangile et nous nous attachons plutôt aux circonstances qui n'ont pas cubote été exposées ‘.”
Au treizième siècle, ce livre est passé en entier dans l'Æistoire lombardique, gracieux recueil qui a mérité de s'appeler Legenda aurea la ‘ Légende d’or.” Ludolphe de Saxe, un siècle plus tard, s'en ir servi pour la vie de sainte Anne, quiaccompagne sa grande Vie du Christ. La poésie, à son tour, y a puisé, pour l'honneur de notre sainte, ses meilleures inspirations *,
* * *# Telles sont les trois légendes les plus anciennes qui existent concernant sainte Anne.
Encore une fois, nous admettons qu'elles n'ont pas d’authenticité historique et qu’on peut les discuter sans crime. Mais, quant à nous personnellement, il nous a semblé que nous n'avions ne le droit d être plus dédaigneux que les Pères de l'Eglise. Eux, avant nous savaient que ces livres n'étaient pas canoniques, mais ils troialent pour expliquer ce fait, d’autres raisons que la question historique si même la question doctrinale. Eux aussi ont dû s’apercevoir que
| Evangelium de Nativitate Marie, cap IX.
2 HAE de Saxe (r 330), Vita D, N, F, Christi (éd. Palmé 1863 et autres), Passim ; Jus e Hits Der XIII evangelium hoc totum fere in Zombardicam histo- "te quæ a plerisque Awrea Leg Ÿ d i :
x I q ea Legenda Sanctorum appellatur, transcriptum est. Thilo, p. > A poème allemand, autrefois conservé à Ulm, dans la bibliothèque de Raymond de
tafft, portait ce titre: De parentibus B. V, M., ejus desponsatione cum Fosepho ac nati-
vitate Christi tractatus germanicus cum figuris. Schelhornius croit qu'il fut écrit 1492. Ameænttates litterarie (14 in-120, Francfart, 1725), t. III, p, 110 " . LE 4] ”
certains détails étaient puérils, risibles, choquants même, maisils paraissent avoir bien compris que rien ne les obligeait de les citer.
Nous ferons comme eux, Il n’y a pas de risque à les suivre, surtout si, au lieu de nous répandre en tableaux d'imagination et en suppositions gratuites, comme font d'ordinaire les hagiographes de sainte Anne, nous nous bornons à citer leurs propres commentaires.
On se plaint, et à bon droit, que la plupart des ouvrages relatifs à la bonne Sainte ne supportent pas la lecture, que piusieurs même ne réussissent qu'à faire sourire, sourire quasi de pitié, mais ce n'est ni la faute de la légende primitive, ni la faute des Pères qui nous l'ont transmise et interprétée, C’est la faute des écrivains ou des soi-disant tels. À force de prétendre tout savoir et de vouloir tout dire : non seulement les moindres faits extérieurs, mais les pensées, les sèntiments, ‘“ l’intime de l’intime ”, comme s'ils avaient vécu avec sainte Anne et reçu ses confidences jour par jour, et heure par heure, ils font douter même des faits principaux et essentiels. Ces faits sont peu nombreux qui nous sont racontés par les premiers biographes, mais les Pères s'en sont contentés, et nous-même nous n'en désirons point d'autres. Heureux serons-nous, si nous appuyant de ces maîtres qui furent des saints en même temps que des écri-
vains de génie, nous aimons du même amour et croyons de la même foi !
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