LES NOMS DE JOACHIM ET D'ANNE
tions trop décisives, mais lui-même ne prend pas parti pour la négation.—I[l est prudent, il n’est pas hostile,
Le mot de saint Augustin, quant à lui, est très connu: “ Faustus a beau m'affirmer que Marie a eu pour père un prêtre du nom de Joachim, de la tribu de Lévi, comme c’est loin d’être canonique, je ne me rends pas.” La phrase n'est peut-être pas très claire, mais les commentateurs du grand évêque ont au moins autant que d'autres le droit de l’interpréter, et pour eux, saint Augustin, dans ce passage, ne nie pas que le père de la Vierge se soit nommé Joachim, mais qu'il ait été prêtre”. On le voit, la question n'est plus la même,
Fulbert de Chartres, dans sa troisième homélie sur la Vativité de la Vierge, relève, il est vrai, le sens mystique des noms de Joachim et d'Anne, ce qui ne l'empêche pas cependant de les considérer comme des noms propres. Il l’affirme au contraire sans une ombre d'hésitation, dans sa seconde homélie sur le même sujet : ‘“ D’après la tradition des saints Pères, dit-il, Marie est née à Nazareth d’un père nommé Joachim, originaire de cette méme ville, et d’une mère nommée Anne, originaire de Bethléem :.”
Qui nous défend de penser comme Fulbert de Chartres, et, en
somme, quoi de plus raisonnable ? Si un nom ne peut pas être un nom propre parce qu'il a une signification mystique, tous les noms
hébreux ayant un sens mystique, il s'ensuivrait qu'aucun d'eux ne pourrait être un nom propre. Cette observation est du Père Gotti”
! Quod de generatione Mariæ Faustus posuit, quod patrem habuerit ex tribu Levi, sacerdoten temdam, nomine Joachim, quia canonicum non est, non me constringit, Aug., lib, 111 Contra Faustum, cap. 9.—De patre Virginis Joachim non negat Augustinus patrem illius fuisse, sed sacerdotem. C. de Castro, //istoria Deiparæ (in-12, Mayence, 1610), p. 23.
2: Nata est autem (Maria) juxta relationem et scripturas sanctorum Patrum in civitate Nazareth, patre nomine Joachim ex eadem urbe oriundo, matre vero Anna nomine oriunda ex civitate Bethlehem, Migne, ?atrol, lat, t. CXLI, col. 324. Nous étudions plus loin la question du lieu de naissance de la sainte Vierge.
! Non valet hoc effugio se tueri, ea esse nomina mysticæ significationis, quæ ex ignoratione propriorum nominum Ecclesia eis imponere potuit : Anna enim gratiam sonat... Nam cum omnia nomina hebraïca suam mysticam habeant significationem, ut patet, ex hoc sequeretur omnia nomina mystica esse et nullum proprium. Gotti, Veritas Aeligionis christian (2 in-fol., Venise, 1750), t. 1, p. 799, col, 2.
et il suffit de parcourir un catalogue des principaux personnages bibliques pour en apprécier la justesse. Que signifient Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, David, Salomon, Nathan, Joseph, Marie, Zacharie, Elisabeth, Jean, Simon- Pierre, et Jésus lui-même ? Parce que ces noms ont une signification n.ystique, et nous dirions toute personnelle, s’ensuit-il qu'ils sont de pure convention, et que si l'Eglise les reconnaît, c'est parce qu'elle ignore les noms véritables? A ce compte, mille personnages de l'antiquité, et même des temps modernes, devraient être regardés comme des fictions, à commencer par Démosthènes qui n'était peut-être que la puissance populaire personnifiée, et à finir par Napoléon Bonaparte qui n’a été sans doute qu'une réviviscence heureuse du vieil Apollon, un mythe inventé par l'Histoire de France en quête de grands hommes ?,
Cette pauvre critique historique nous fait sourire avec ses soidisant raisonnements, Nous aimons mieux la simplicité tout honnête et confiante des Pères de l'Eglise. Or, parmi eux, les plus anciens et les plus dignes de fixer l'opinion en cette matière, ont pris pour des zoms propres véritables, les noms de saint Joachim et de sainte Anne. Ainsi: saint Cyrille d'Alexandrie, Eustathe d'Antioche, les deux Epiphane, Modeste, évêque de Jérusalem, saint André de Crète, saint Jean Damascène, Jean d'Eubée, George de Nicomédie, saint Germain de Constantinople, Hippolyte de Port, et tant d'autres. Au cours de ces pages, nous avons lieu sans doute, sous des titres ou des arguments divers, de rapporter leurs témoignages, et qu'il suffise ici de les invoquer sommairement. Ils nous permettent de conclure à l'avance, avec Benoit XIV, que l'Eglise d'Orient et l'Eglise d'Occident, ayant cru devoir, depuis des siècles, appeler les parents de la Vierge des noms d'Anne et de Joachim, il n'est ni juste, ni raisonnable de la contredire sur ce point, d'autant qu'on ne peut fournir aucune preuve solide à l'encontre ..
l Un fort joli chapitre de Marcadé (Sesence religieuse, p. 318), tend à prouver,
moyennant les arguments mis en usage par la Critique historique, que Napoléon 1er n'a jamais existé, C'est à lire, si l’on sent le besoin de s'amuser, et qu’on n'ait pas autre chose,
? Verum cum in Orientali et Occidentali Ecclesi: + tot usque swculis opinio sit, patrem B. Virginis Joachim, matrem Annam esse appellatos, haud æquum est huic adversari opinioni, cum præsertim nihil adversus eam inferatur quod firmis rationibus non amoverimus, Bened, XIV, #/ supra.
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après un dessin de Schnorr de Carolsfeld,
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N homme très riche de la tribu de Juda.”
“ Anne, fille d’'Achar, de la tribu de Juda et à de la race de David.”
Nul, ici, n’a songé à contester la légende.
Il est certain, il est de foi, par les prophéties et par tout le Nouveau Testament, que Jésus est originaire de Juda et Fils de David. “C'est chose manifeste, a dit saint Paul, que le Seigneur est sorti de Juda,” (Æebr., VII, 14) et qu'il “est né de la postérité de David.” (Rom. 1, 13.) Fils de David,
c'est le nom qui se donne partout et toujours au Messie, le nom que Jésus se donne lui-même.
“ De qui le Messie est-il fils ?” demande-t-il.
Et les juifs répondent: ‘“ De David.” C'est sous ce nom que les foules l’acclament ou l’implorent, et tout le monde chrétien répète après elles depuis dix-neuf cents ans: Æosanna filio David, ou : “ Jésus, fils de David, ayez pitié de nous!”
Or, Jésus ne peut descendre de Juda et de David que par sa Mère, puisqu'il n’a de Père qu’au ciel ; et sa Mère ne peut lui avoir transmis cette noble origine que parce qu'elle la tenait elle-même,
ou de son père, ou de sa mère, ou des deux à la fois.—Elle la tenait des deux à la fois. :
Le Seigneur avait dit à Abraham: “ En ta race toutes les nations seront bénies.” (Genèse, XXI.) Jacob mourant s'était écrié : “Le sceptre ne se retirera point de Juda......jusqu'à ce que vienne