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La Famille de sainte Anne, d’après Parmigiano.
Fig. 38.
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de Jacques et Marie de Salomé furent les sœurs de Marie, la mère de Dieu.”
L'hymne qui suit cette antienne commente poétiquement la thèse.
La Collecte ne fait qu'insister davantage : “O Dieu qui avez exalté Marie de Jacques et Marie de Salomé dans leur esprit et leur chair, à ce point qu’elles ont eu pour sœur la mère de votre Fils
unique, brillant elles-mêmes par l'exemple de toutes les vertus, faites, nous vous en prions, etc.”?
L'Invitatoire de Matines répète la même formule: “ Chantons et exaltons le Seigneur en rendant hommage aux bienheureuses Marie de Cléophas et Marie de Salomé, sœurs de la mère de Dieu.”
La seconde leçon fait l'éloge du pêcheur Zébédée, marié à la troisième fille de sainte Anne, Marie de Salomé, et nous montre en
ses deux fils, Jacques le Majeur et saint Jean l'Evangéliste, “ deux nobles poissons apostoliques. ”
La troisième leçon, d'un style moins métaphorique, raconte
nobiles et apostolicos pisces, scilicet Johannem evangelistam et Jacobum majorem, eadem prænobili uxore sua mediante prendere, hoc est generare novit.
Leçon III, Dns Jesus Christus ipsas coronxæ martyrii exilio locun supplente, eas dignas facere voluit Nam quamwvis nonnulli forsan minus provide dissentiant sentiunt tamen hi, qui corpora earum sacerrime apud se habere affirmant Quibus et major videtur utique in hoc credulitas habenda ; quod ipsæ venerandæ domintæ in comitiva illa sanctorum Hierosolymitarum qua Maria Magdalena, Martha, Lazarus, Sedonius, Fronto, et alii complures fideles antiqui sancti, et amici Dei et consanguinei Christi, a perfidis Judæis navi ab'que ramige, et sine necessariis ad submergendum in mari, cum beatissima matre sua, sancta quaque Anna expositi : quos tamen Galliæ maritimæ fines ad portum Marsiliæ nutu divino incolumes susceperunt : ubi et post conversionem plurium illarum gentium, tandem illic diversis in locis in domino quieverunt
A la messe, hymne comme dans le texte, précédée de la mémoire des parents le dimanche, des sœurs le lundi, des custodes le mardi
Suffrag. de parentibus :
Gaudete in domino semper feliciter, beatissi, ti Joachim et Anna in dignitatis vestræ excellentia quæ tanta est quod nulla ei similis inveniri pote:t in cælo et interra. Vos erim soli meruistis habere in filiam matrem Dei gloriosissimam, et per consequens estis Domint et Dei nostri Jesu Christi unus vestrum avus et altera avia. Per hanc, 5 patriar. charum nobilissime, et dominarum illustrissima, Joachim et Anna, vestram excellentiam, etc./’—Dans Wimpina, Farrago Miscellanæorum (in-8*, Coloniæ, 1531), 160 161,
comment les reliques des saintes Maries furent transportées en Provence avec celles de leur mère sainte Anne. Enfin, la séquence de la messe nous redit, pour que nul, à jamais, n’en ignore :
Tres mirandæ propagines Trois rejetons admirables Ex una vite generantur, S’épanouissent sur une même tige ; De quibus sex homines De ces trois sœurs, six enfants Et Dei filius procreantur Et le Fils de Dieu prennent naissance : Hæ sunt sanctæ Annæ Ce sont de sainte Anne Tres puellæ ; Les trois filles, Dignæ maris stellæ Dignes étoiles de la mer.
Sorores egregiæ Deux sœurs illustres, Annæ duæ filiæ Filles de sainte Anne, In cœlis coronantur Tantes du Christ, Felices Christi materteræ Sœurs germaines de la mère de Dieu, Et sorores Christiferæ, Sont couronnées dans les cieux !
On retrouve la même prose dans les missels de Salzbourg et de Padoue, Dans beaucoup d’autres, si la légende diffère quelque peu pour le texte, elle reste la même pour le fond.
On s'explique peut-être, après cela, que tant d'auteurs l’aient adoptée. Au surplus, n’y avait-il pas encore, pour la confirmer, le souvenir d'une apparition célèbre ? En 1446, sainte Anne s'était montrée à la bienheureuse Colette dans un vêtement de gloire et entourée de toute sa noble famille, c'est-à-dire de ses trois filles et de leurs enfants ; et comme gage de sa reconnaissance pour cette insigne faveur, l'illustre franciscaine avait fait construire et consacrer une superbe église en l'honneur de la Sainte’,
Si donc on interroge la littérature et l'art religieux du moyen âge, il faut s'attendre à rencontrer souvent la mise en scène du trinubium, Laissant les arts de côté pour le moment, nous ajoutons à la liste des personnages célèbres que nous citions tout à l'heure, les aoms de tant d'auteurs secondaires tous favorables eux aussi au triple mariage: Brunetto Latini (1230-1294), le maître et l'ami de Dante *; Jean de Venette, un poète avec qui nous ferons plus ample
1 Fait raconté en maints ouvrages, notamment dans les Acfa SS,,t, vit (ter de Mars), p. 555 Les Bollandistes n’adoptent cependant pas le #rinubium,
? Voir seconde partie de ce volume, dans les premières pages.
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ées en connaissance ailleurs ; le carme Spagnoli, plus connu sous le nom quence de Zaptista Mantuanus ; les chroniqueurs Adrichomius et Hartmann Scedel'; les prédicateurs Eckius, Lansperge, Michel de Hongrie, Guillaume Pepin ; les hagiographes et écrivains divers: Pierre de e; Watalibus, Natalis Béda, Pierre Cousturier (Petrus Sutor), Bertaud de Périgueux, Christian Massæus, Gautier Born, Dorlandus, Sébastien Michaëlis, Jean-Baptiste de Lezzana, Etienne Brulefer :, etc. tous gens qui n’ont d’autre tort que d’être peu connus.
sance :
Et maintenant d'où est née cette légende des trois mariages, et comment a-t-elle pu, au moyen âge et jusque dans les temps plus rapprochés de nous, réunir tant de suffrages ? Que les petits auteurs l'aient empruntée aux grands auteurs, on le conçoit, mais où les
Dieu À ‘ 6 $ grands auteurs eux-mêmes l'ont-ils prise ?
rg et de que peu
1 Nous citons dans un appendice l’ouvrage #rès rare de Hartmann Scedel.
* Sic igitur inter scolasticos senserunt Stephanus Brulefer super Comm. S a, ture in ZW Sentent., dist, 30 ; Joannes Major in eamdem dist., quest, 4 Peut Sutotlue 2! Carthusianus in libro de 7Yiplici conjugio Anne ; Natalis Beda Contra ffabrum Stapu- ; l’aient RC MEe Me Le tensem ; Massæus initio lib. WZZ7 Chronici, qui ad hoc probandum alleght’apparitiopem ÿ ; factam B. Coletæ Gandavensi, anno 1446. Item Petrus de Natali in Catalge mer, le B. Coletæ Gand 6. Item Petrus de. Natalib Catar%
e s'était Sanctorum, lib, IV, cap. 4 et 5 ; Baptista Mantuanus, /’urthenices Marianà » D in fine ;
loire et Item, is cujus imperitos versus a!legat Brulefer ubi supra, et Silvester in Lygrrea, filles et in Exposit, Evangelii ferix IV post II Dom. quadragesime : SS
r cette Anna solet dici tres concepisse Marias. \
t consa- Denique valde asseveranter et operose pro hac sententia scripsit Joannes Bertaudus Petragoricus V. IL. Licentiatus, in opere cui titulum dedit : Æwcomium trium Mariarum cu earumdem cultus defensione, solemnique missa et officio canonico, Addita est operi permissio facult, theol, Parisiensis facta in congreg. an. 1529, die 1 sep'. In quo opere multos citat auctores, sed nullo loco allegato,
Extant etiam Gallico idiomate variis locis excusi libri hoc titulo : Vita trium Mariarum, matris earum, prolium et maritorum Horum primus auctor est ,Joannes de Venette, ord, Carmeli, natione Picardus, Gallico rythmo, ex quo, additis multis ex libris latinis, ut ait, in prosam transfudit Joannes Drouen, I, V. Baccalaureatus.
Longtemps auparavant : Idem habet Hugo a S. Victore in id, cap. ad Cal, 9, 5, et uterque desumpsit ex Glossa ordinaria, cujus auctor Walafridus Strabus, Rursus eamdem historiam recitat breviarium Tornacence antiquum,
Item LHartmannus Scedel in Chronicis in fine quintæ ætatis mundi, et Adrichomius in fine sui Chronici,
Colvener, Æalend, Marianum dans la Summa aurea de Bourassé (13 in-40, Paris, 1806), t. 111, p 975.
Pour autres textes dans le même sens, voir appendice,
Le pieux et fécond panégyriste de sainte Anne, Thomas de Saint-Cyrille, semble croire que cette légende a 9our premier auteur, b ou un faussaire, ou un copiste maladroit.
si Pour soutenir cette opinion, dit-il, quelques auteurs s'appuient d'une prétendue lettre de saint Ignace martyr, adressée à l’évangé- FE. liste saint Jean, dans laquelle on lit, on veut lire plutôt: Æst ct Fe Salome quam diligis, filia Anne, lerosolymis et quinque mensibus apud a eam commorans, “ Salomé, la fille d'Anne, que vous aimez, est à à ïl Jérusalem, demeurant depui: cinq mois avec elle (la Vierge Marie)." ë Certes, ajoute Thomas de Saint-Cyrille, si pareille lettre sn existait, elle donnerait beaucoup d'autorité à l'opinion dont il le s'agit, puisque saint Ignace était contemporain des Apôtres, Mais au témoignage de tous les savants, outre que cette lettre est faussement attribuée à saint Ignace, je ferai observer, avec Alphonse 04 Salmeron, qu’elle est mal citée et mal lue, La vraie version est ! Gi
celle-ci: Æst et Salome quam diligis, filia, Anno Zerosolymis et quinque À , » . ‘ ‘r “ 4 Cl mensibus apud cam commorans, ce qui veut dire : ‘“ Salomé, votre fille É N x Re ee k À i mè très chère, est à Jérusalem depuis un an et cinq mois dansla maison à 4 nt Ma de la Vierge Marie,
On voit clairement, conclut notre auteur, que, dans ce passage, il n’est pas du tout question de sainte Anne, mais de la simple durée du séjour de Salomé à Jérusalem, dans la maison de la sainte
Vierge".
Le savant Nourrit, au cours d'une dissertation très sérieuse et très étendue sur les Epitres de saint Ignace, ne reconnaît aucune authenticité à la lettre ici en question. Un de ses arguments, c'est qu'on n'a jamais pu en retrouver le texte grec. Telle qu'elle est cependant, il la croit très ancienne et antérieure à l'an 595, puisque, vol
\ à cette date, elle est citée avec quelques autres du même genre par sur Anastase d'Antioche *, pme text
! Ths. de S.-Cyrille, Mater on. ut sup., p. 224 ; aussi C. de Castro, Z «it, ch, 23. crre
? Quarta epistolarum Ignatii classis duo iilius epistolia ad Joannem apostolum et evangelistam, et tertium ad Deiparam Virginem....continet..., Nullus fere est qui nunc hæc epistolia falso Ignatii nomine inscribi non fateatur, et certe qui vel ex sola paulo attentiore lectione eorum falsitatem confestim non deprehendat, Quid quod illa epistolia latine tantum scripta hactenus inventa sunt, nec Græca unquam fuisse videntur, D, er: Nourrii Dissertatio de Epist, S, Ignat,, Migne, Patrol, gr.,t, V, col, 553. Sur la date de la Lettre à. S, Fan : ibid., col, 554.
omas de r auteur,
appuient l'évangét: Est et ibus apud ez, est à Marie).” le lettre , dont il ss, Mais st fausse- Alphonse ersion est et quinque votre fille la maison
> passage, nple d urée la sainte
sérieuse et it aucune rents, c'est u'elle est 5, puisque, genre par
, cit, Ch, 23:
apostolum et re est qui nunc ex sola paulo d illa epistolia videntur, D, , Sur la date
Quel que soit donc l’auteur de cette lettre à saint Jean, il paraît bien que, au sixième siècle, Salomé était pour plusieurs une fille de sainte Anne et une sœur de la sainte Vierge.
Mais ce prétendu texte de saint Ignace, n’est pas, croyonsnous, la vraie source de la tradition relative au /rinubium, et nous avons lieu de nous étonner que des auteurs graves comme Salmeron et autres n'aient pas songé à la chercher plus loin, où ils pouvaient compter la trouver, nous voulons dire dans les évangiles apocryphes. Car là en effet, malgré le respect que nous professions plus haut pour ces écrits vénérables à plus d’un titre—là, il nous faut bien le confesser, est la vraie source de cette fable, presque la fable même,
Un passage du Pseudo-Matthieu nous fait donc lire ce singulier détail : “Quand Joseph entra dans la salle du festin avec ses fils Jacques, Joseph, Jude, Siméon et ses deux filles, il y trouva réunis Jésus et Marie sa mère, celle-ci accompagnée de sa sœur Marie de Cléophas, “que Dieu avait accordée à son père Cléophas et à sa mère sainte Anne, parce que cette dernière avait offert au Seigneur