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Marie, la mère de Jésus ’.
Après la mort de Joachim, sainte Anne avait donc, suivanc l'Apocryphe, pris un second mari. Or, ce fait bien reconnu pouvait amerer la découverte d’un troisième mari, découverte importante pour la généalogie des trois sœurs dont parle l'Evangile, Quant à ne pas prendre dans le sens large de l’hébreu les noms de ‘“ frères ” et de “sœurs” dont se servent les saints livres, il fallait bien expliquer comment ils étaient pris au sens premier et absolu.
De là, dans tout le cours du moyen âge, des pages et des volumes sur les frères du Seigneur, des pages et des volumes aussi sur les sœurs de la Vierge.
C'est une de ces généalogies, appuyée plus ou moins sur des textes inventés à plaisir ou des données fausses, qui aura induit en erreur les hagiographes de notre Sainte,
Et en effet, nous nous croyons fondé à dire qu'il y a erreur.
l Voir, dans l’Appendice, texte du Z'sewao-Matthien, à la fin,
L'erreur ici pourrait d’abord se prouver par l’invraisemblance, pour ne pas dire, comme Fulbert de Chartres : l’indécence. Vingt auteurs ont usé de cet argument, et comme il nous semble inutile de refaire leurs dissertations sur ce point, nous nous contentons de nommer les principaux d’entre eux, c’est-à-dire : Sylvius d'Eger, Lefèvre d’'Etaples, Agrippa de Nettesheim, Malvenda, Laurent Cuyper, Martin Anastase, Charles Véron, Jacques Polius, Thomas de Saint-Cyrille, Gotti, Christophe de Castro, les Bollandistesi, etc.
Tous ces auteurs ont laissé sur la question de vrais traités ex professo.
Et combien d’autres, théologiens, historiens, orateurs et critiques, ont exprimé leur pensée dans le même sens! Après les Pères que
1 Sylvius Egranus : Apologia cantra calumniatores, in qua divam Annam nupsisse Cleophæ et Salome (id quod vulgo sentiunt) evangelicis et probatissimis testimoniis refellit S. E, Sans lieu, 10 ff. in-4°, 1518.
Faber Stapulensis (J. Lefèvre d’'Etaples) : De A/aria Magaalena, Triduo Christi, ct una ex tribus Maria, disceptatio (3e éd., pt. in-8® carré, Paris, 1519), de p. 40 verso à p. 90. Voir l’Appendice biogr. à ce nom.
Agri pa de Nettesheim : De beatissime Anne monogamia ac unico puerperio propositiones abbreviate et articulatæ juxta disceptationem Facobi Fabri Stapulensis in libro De Tribus una, Sans lieu ni édit., 1534, 144
Malvenda : De Monogamia Beatissimæe Anne Dei genttricis matris, 1585. Voir le chap. de la bibliographie et l’appendice
Martinus Anastasius, abbas Cassinensis hanc sententiam singulari tractatu oppugnat, docte refutat, ac ipsam veritatem præcipua oratione vindicat et confirmat, Ths. de S.- Cyrille, A/ater hon., ut infra, p. 233.
Laurentius Cuperus (Cuper) : 2. Anne Christi servatoris nostri avie materne, ex optimis et vetustissimis ecclesiæ doctoribus studiose collecte genealogia et vita, etc Antuerpix, 1592, in-18°, de p 114 à 139.
Charles Véron : Ze triomphe de S Soachim et de S. Anne (in-32°, Tournay, 1524) pp. 406-544
Jacques Polius : Æxegeticon historicum S, Anne, etc., (Coloniæ, 1640, in-18°) cap. XIV, p. 119-127.—Du même: /7ist, SS. Goachim et Anne etc. (Wurzbourg 1652), les 8 premiers articles de la 2e partie.
Thomas de S.-Cyrille, A/ater honorificata etc. (in-8° Naples, 1665), chap Xvu1, pp. 223-247.
Gotti, Veritas relig, christ. (2 in-fol, Venise, 1750), t. 1, p. 272, 279, 560. Bollandistes, Acta Sanctorum, t, Vi juillet, p. 237-242,
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nous avons nommés plus baut, nous pourrions citer, au neuvième siècle, Théophylacte, évêque de Bulgarie, et plus tard l'écrivain grec Euthymius (1180); puis les théologiens les plus éminents, depuis saint Thomas d'Aquin, jusqu’à Melchior Cano, Bellarmin, Médina, Suarez, Vasquez; puis les commentateurs de la Bible, comme Salmeron, Estius, Jansénius, Cornelius à Lapide; les historiens, hagiographes, prédicateurs, comme Baronius, Molanus, Colvener, Christophe de Castro, Pierre Canisius, Pelbart de Themeswar, Coppenstein, Marchant, et tant d’autres écrivains de toutes catégories ',
On le voit donc, si la légende du /rinubium est forternent défendue d’un côté, elle est fortement contredite de l’autre, —il faudrait plutôt dire victorieusement réfutée,
1 Théophylacte, Z7 cap. XIX Yoannis, v. 253; Euthymius Zigabonus, 7 id. cap, Foannis. Cités par T. de S.-Cyrille.
S. Thomas: Dicunt enim quod Anna mater B. V. nupsit primo Joachim....quo mortuo nupsit Cleophæ....etc, Sed huic opinioni dupliciter contradicit Hieronymus, etc. Zn d, Pauli ap. epistolas, in cap. I Epist. ad Galatas.
Melchior Cano, De locis theolog., lib. XI, cap. 5.
Salmeron : Hæc sententia, quamquam pervulgata sit, et multorum testimoniis confir mata, nonnullis tamen catholicis de fide suspecta habita est et parum honorifica aut conveniens sanctitati Annæ, aut dignitati Mariæ Virginis ejus filiæ, denique ipsi Christo, cujus gloria matris est. Commentaria, t. IV, p. TI, tract. II,
Baronius : Univiram fuisse Annam, nec post obduratam sterilitatem ex voto conceptam repromissione obtentam susceptamque in senectute Filiam, alios novisse partus, tam vèteres quam recentiores orthodoxi Patres sunt professi. Apparatus ad Annales.
Bellarmin : Hæc opinio penitus explodenda est..., Vera igitur sententia est Mariam Cleophæ appellatam fuisse sororem V. Deiparæ, quia Cleophas frater erat S. Josephi sponsi V, Mariæ ; conjuges enim duorum fratrum recte dici possunt inter se sorores, etc De septem verbis Domini, Vib. I, cap 8.
Medina : Huic sententiæ ab omnibus contradicitur, quippe quæ nullum habeat fundamentum, neque in Scripturis neque in historiis. Z# 227 part. D. Thome, q. 23 a. 3.
Suarez : Hæc sententia nec verosimilis est, neque ullo nititur probabili fundamento. , Insuper has plures nuptias confingere, B. Annæ gravitati, ac temperantiæ illius parum esse consentaneas, et amori quem erga B. Virginem habuisse credéndum est, /» 7277 part, D, Th., q. 28, disp. v, sect. 4.
Vasquez : Hæc sententia merito ab omnibus exploditur, /# 277 part, disp. 122, cap. 2
Coivener : Sciendum est historiam illam de S. Annû et tribus ipsius maritis non esse authenticam, sed verisimiliter ex apocryphis desumptam neque veritati consentaneam, Kalend, B, V, AL, ad diem 2$ maii.
Christophe de Castro : Probari nequit hæc sententia non solum quod Annam Virginemque dedecent, sed quod ipsi repugnet veritati. Z/és/. Deiparæ, cap. III, nos 15 et 16.
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Si l'on voulait des preuves plus complètes, on saurait par nos notes où les trouver,
Et à ces preuves d'autorité prises des Pères de l'Eglise ou des théologiens les plus considérables, pourrait encore s'ajouter le sentiment dé l'Eglise, car l'Eglise n’a jamais adopté ni approuvé cette légende, À une époque où sa liturgie était moins sévère et moins uniforme qu'elle ne l'est maintenant, elle a pu, il est vrai, la tolérer, et de fait elle l'a tolérée en ce sens qu’elle ne l’a pas condamnée, Elle a laissé faire, Quand on étudie les usages et cérémonies de certaines églises aux siècles passés, on conçoit que, sur ce point, l'autorité ecclésiastique ait fermé les yeux, comme elle les a fermés sur tant d’autres. Les évêques eux-mêmes, de ce côté-là, poussaient très loin l'indulgence, et Lefèvre d’Etaples, pour un, s'en plaignait: Utinam accurala censura circa ea que in sacris templis leguntur adhibita, etc. “Plût à Dieu qu'une censure fût exercée à l'égard des rites qui se pratiquent dans les églises!” et ii demandait pour cet effet des ‘pontifes vigilants ” et ‘des pasteurs amis de la vérité.”
Quant à l'Office des trois Maries dont nous parlions plus haut, ce même Lefèvre ne pensait pas qu'il eût jamais été approuvé
par aucun évêque’, Aujourd’hui, en tout cas, après la réforme du bréviaire, ce n’est pius qu'un monument littéraire d’un autre âge, et nous ne sachions pas qu'aucune Eglise l’ait conservé dans sa liturgie, pas plus que tant d’autres hymnes d'inspiration analogue.
Estius : Annoë, in S. Script, in cap. XV Tudith et X Marci, V. 35. Itemin Comment, Epist Zad Cor, cap IX v.5
Jansenius ; Concordantie evangelicæ cap. CXLIHI.
Molanus : De Picturis, lib. 111, cap. 28.
P Canisius : De B. Maria, lib 1., cap. 4.
Pelbartus de Themeswar : Sée/lariun coronce ben, M. V, (in-40o s. d. (1501), lib. vint, part. II, art 3, Cap. I.
Amadeus, O, M: Zilium propheticum, raptus 8.
Aloysius apud Surium : Vite Sanctorum, t, 11, die 25 martii.
Lorinus : Comment. in cap. I Act. ad illud : Cum Maria matre ejus et fratribus ejus.
Ludovicus de Tena : Zsagoge ad sacram Script, lib. 111, diffic. Viri, sect, 2.
Jacques Marchant : Concio de S Anna, cité par Ths. de S.-Cyrille,
Rabasse : Nostre saincte donc ayant conçeu et enfanté au monde sa premiere et derniere fille son aisnée et sa puisnée Marie, n’ayant iamais eu enfans qu’elle (nonobstant ce qu'on en pourrait dire en certains Livres)....Za Aoyale Mère, etc. (Paris, 1618, in-120) pe 94
! Voir l’appendice bibliogr. à Faber Stapulensis.
Et maintenant, que penser de l'apparition à la bienheureuse Colette ? D'abord, plusieurs biographes de la sainte n'en font pas mention, où bien la racontent très différemment, en supprimant, par exemple, les qualificatifs “ d'époux ” ou “d'enfants” donnés aux personnages qui accompagnent sainte Anne; ou encore en supprimant les personnages eux-mêmes, ce qui, dans les deux cas, laisse subsister, quant au fond, le fait de la vision, mais en modifie N singulièrement les circonstances. Du reste, à supposer, bon gré, mal gré, que la sainte se soit montrée avec tout le cortège de sa famille ; qu'elle ait négligé de dire l’exacte relation de chacun des personnages avec elle-même et quasi approuvé par là chez la bienheureuse une croyance erronée, on pourrait encore répondre avec Papcbroch :
“ Dieu refuse sa lumière aux inutiles recherches de la curiosité humaine, et, en général, il ne dissipe ses erreurs que quand elles font obstacle au bien chez ceux qui les partagent !,”
Or, sans doute, pour la bienheureuse fille de saint François, et pour tant de belles âmes simples du moyen âge, la légende du #rinubium ne produisait pas l'effet qu'elle produit sur nous. ‘“ Autres temps, autres mœurs,” c’est le cas de le dire, et c'est aussi pourquoi, tandis que Wimpina, et Natalis Beda, et Sébastien Michaëlis croyaient faire œuvre bonne en entassant les syllogismes pour prouver la vraisemblance, l'authenticité, et jusqu’à la convenance de ce triple mariage, nous au contraire, et nous ne serions pas seul sans doute, nous aurions plaisir à faire, de tout le monceau de leurs très doctes arguments, un feu de joie!
Et après le feu de joie, i! resterait ce mot de l’Esprit-Saint que l'Eglise applique à la Vierge Marie :
Una est columba mea perfecta, una est matri sue, electa Genitricis SU :
UNE SEULE EST MA COLOMBE, MA PARFAITE ; ELLE EST L'UNIQUE DE SA MÈRE, LA BIÉN-AIMÉE DE CELLE QUI LUI DONNA LE JOUR.
! Cité par les Acfa SS, (t. VI juillet), p. 242 : In vita S. Coletæ, VI martii, num. 68, observasse memini, Deum humanæ curiositatis inutilia scrutinia declinantem, quandoque natos ex eis errores non tollere, nisi quatenus forte incommodant potiori, quod a sic errantibus requirit, bono. ...etc,
heureuse font pas primant, donnés ncore en eux Cas, modifie gré, mal famille ; sonnages use une och :
curiosité elles font
nçois, et du érinu- “ Autres pourquoi, croyaient er la vraitriple maoute, nous ctes argu-
Saint que Genitricis ELLE EST