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artistes, à quelque genre qu'ils appartiennent, semblent s'être donné la main pour confirmer et accréditer cette tradition. L'accord est si parfait, si universel, qu'on dirait un point d’histoire indiscutable,
Nous n’y contredirons pas, à Dieu ne plaise. —Ce serait nous inscrire en faux contre les témoignages accumulés des Pères de l'Eglise et des écrivains les plus graves, tels que saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, saint Eustathe d’Antioche, saint Ildefonse de Tolèce, saint André de Crète, saint Jean Damascène, saint Germain de Constantinople, Jean d’Eubée, George de Nicomédie, Siméon Métaphraste, Nicéphore Calliste, sans parler des modernes, c'est-à-dire de ceut panégyristes, hagiographes, historiens, poètes, tous unanimes sur ce point !.
Une croyance ainsi acceptée par tant d’esprits supérieurs est assurément vénérable, maïs sans la contredire quant au fond ou à la substance, ce que nous avons promis de ne pas faire, ne peut-on pas en discuter la forme ou du moins l’une des expressions? Plus clairement et simplement, encore ici: faut-il croire à tout prix que la fin de l'épreuve ait, pour sainte Anne et saint Joachim, coïncidé avec l’âge très avancé, même la vieillesse, comme bon nombre d'auteurs
1 Greg. Nyss: Joachimus expers sobolis consenuerat..ow, comme &autres disent : sine filiis ad senectutem pervenerat, Oraf, in nat, diem Domini, Nous expliquerons plus loin ce texte.
S. Jérôme : Isti duo cari hominibus, pit, per annos circiter viginti castum domi conjugium sine liberorum procreatione exercebant, Ser». de Nativ. B. Marie V.
S. Eustathe : Voir tout l’extrait dans l’appendice.
S. Ildefonse de Tolède: Maria, nata de Ann sterili et patre jam sene, Se». de Mativ, M.
S. André de Crète :
SS, Deipare,
Hodie sterilis, præter spem, invenitur mater, Et ailleurs.
Orat, Tin Nat.
S. Jean Damascène : Plusieurs passages. Voir l’appendice : Or##. jid. lib. IV, C. 15. S. Germain, C. P., Z# SS, D, N, Genitr. natulem diem, dans les trois disc, et Encomium de Virg. Present.
Jean d'Eubée et les suivants : Voir l’appendice,
Nicéphore Calliste : Ad liberorum procreationem Anna infecunda et sterilis, 27454, lib, I., cap. 7.
S. Vincent Ferrier : Joachim et Anna viginti aruis fuerunt sine prole. Serw. ZZ de. WNativ, B, V,
l'ont voulu ? Le faut-il pour que la Vierge soit plus évidemment, dans notre pensée comme dans la leur, l'enfant du miracle ?
* * * C'est nous poser une question qui peut sembler puérile, mais
qu’il nous plaît de toucher incidemment, à savoir : Quel âge pouvait avoir sainte Anne quand elle épousa Joachim ?
Le plus extrême opinion qui soit à notre connaissance est celle de Cedrenus. Avec une assurance imperturbable, il marie les deux saints époux à quarante-six ou quarante-huit ans, et Christophe de Castro, qui souscrit à cette affirmation, ajoute que, “ certaine. ment, tous deux dépassaient soixante ans quand la Vierge naquit !,”
Comme arithmétique, le calcul est exact, mais en touté révé. rence, nous pourrions demander à l'estimable auteur comment il sait si bien ce que tout le monde ignore, et quelle révélation, à défaut de documents, lui a créé cette certitude? Saint Grégoire de
; Nysse, il est vrai, dit de saint Joachim un mot très clair, très catégorique, disons très embarrassant pour nous, et que Combefis à pi traduit en latin par: Sie filiis ad senectutem pervenerat, La version grecque la plus accréditée porte en effet: ärurs d£ xareyÿpa rùv fin? Mais n’y a-t-il pas une traduction possible autre que celle de Combeñs? Consenuerat ne rendrait-il pas plus littéralement le sens du grec, et ne vaudrait-il pas mieux aussi, abstraction faite de toute thèse et par simple respect pour la lettre, traduire de la sorte: Joachim avait vieilli sans enfant ?—expression qui n'implique pas nécessairement, tant s’en faut, l’idée de vieillesse, puisqu'on vieillit à tout âge.
Au surplus, il existe peut-être une variante de ce texte, si notre copiste n’a pas fait erreur en le transcrivant, Au lieu de xr:yrpa, nous lisons en effet x:yÿue rùy fiv, ce qui donne encore à la phrase non seulement un sens quelconque, mais un sens quelque peu difierent du premier et, en même temps, plus favorable à notre cause. À
1 Ccrte sexaginta excedebant annos cum Mariam genuerunt. C. de Castro, Ait. Deipare (in-120, Mayence, 1610), p. 65.
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D'après cette version, si elle existe, —et si elle n'existe pas, elle mériterait d'exister, —saint Grégoire aurait dit uniquement ceci, avec un peu de recherche toutefois dans l'expression grecque : “ Joachim avait vécu dans le mariage, sans enfant,” *
Mais laissons les discussions philologiques, et revenons aux données diverses des auteurs.
Un ancien bréviaire romain cité par Polius suppose que Joachim et Anne avaient trente ans ou environ lors de leur mariage. Polius lui-même, en se recommandant de Tornielli, suggère vingt-six
Antoine de Saint-Elie, aussi extrême que Castro et Cedrenus, hasarde quarante ans de stérilité, mais nous lui savons gré de faire une concession sur le point qui nous occupe, c'est-à-dire de fixer à la vingt-sixième année de sainte: Anne l'époque de son mariage *, Marie d'Agréda donne à la Sainte quarante-quatre ans quand naît la sainte Vierge, ou vingt-quatre ans, quand elle se marie”. :
Jean Rabasse et l’auteur connu sous le nom de Zirixiensis proposent vingt ans pour le mariage‘.
Catherine Emmerich * met dix-neuf ans, Gautier Born, dixhuit, et enfin Adrichomiue’, Christian Massæus “ et Eckius ‘ seize ans. Selon Massæus, sa. : Joachim aurait eu alors vingt ans,
Polius, ÆZist. SS. Soachim et Anne (in-189, 1652, Wurzbourg), p. 139. Antoine de S.-Elie, S, Anna nel cuore di suo divoti, ut supra, p. 109.
# Marie d’Agréda, Vie divine de la tr, S, V. Marie (in-120, 7e éd., Paris, 1884), p. 62,
1 J. Rabasse, Za royale mère, ut supra.
5 Catherine Emmerich, Aévé/ations souvent citées.
Gautier Born : voir l’append.
7 Adrichomius : Joachim, qui et Heli, Nazarenus, ortus de tribu Juda ac stirpe David cum esset annorum viginti ducit uxorem de tribu sua Annam Bethlehemitem existentem annorum sexdecim, simulque sancte viventes, etc. Z#eatrum 7.5. ut sup., p. 259, 2e col.
* Christian Massæus : Anna cum esset annorum sexdecim juncta est sancto Joachim qui et Helich Nathanitæ vicesimum ætatis annum agenti, de oppido Sephoro Galilææ, non procul à Nazareth. CAronic. multipl. hist. utriusg. Testam. libri XX (Antuerp., 1540,'in-fol.), au commencement du livre VILL.
* Eckius: Imprægnata igitur Anna, peperit Mariam, quo tempore doctores putant Joachim virum fuisse annorum forte quadraginta quinque, Annam vero mulierem annorum triginta sex, — Quelques lignes plus haut : Vixerunt annos circiter viginti sine sobole, Au tome III des Æomélies publiées à Paris en 1579, fol. 284.
Etant posé, comme c'est justice, que toutes ces opinions sont motivées, leur divergence même prouve assez déjà que le cas est insoluble,
Toutefois, puisque la seule vraisemblance peut ici tenir lieu d’argument, n'est-il pas, de ce chef, plus raisonnable d'adopter l'une ou l’autre des dernières versions, depuis celle de Marie d'Agréda jusqu’à celles d'Adrichomius et d’'Eckius ?
On le sait, les Hébreux se mariaient de bonne heure, dès l'âge de puberté’, Ainsi, pour donner du fait quelques exemples, Joram, roi de Juda, mort à quarante ans, laissa un fils de vingt-deux ans”; Amon, à vingt-quatre ans, laissa un fils de huit ans, qui, à son tour, devint père à l’âge de quatorze ans‘; Joiakim, à treñte-six ans, avait un fils âgé de dix-huit ans*,
Selon la tradition rabbinique, les jeun’: filles étaient déclarées nubiles à l’âge de douze ans. De là viennent ces expressions : #xor Dpubertatis, dux juventutis, “ l'épouse de la jeunesse,” ‘ le gardien de la jeunesse ”, pour marquer l'époux ou l'épouse ”.
Est-il besoin de rappeler aussi que la virginité n'était pas en honneur chez les Juifs ? Le plus amer reproche que l’on püût faire à un homme, c'était qu’il ne ‘“bâtit pas la maison de ses pères,” et ne fit pas ‘revivre leur nom en Israël.” La fille de Jephté pleure sur les montagnes, et y promène son propre deuil, parce qu’elle doit mourir vierge, sans avoir donné d’héritiers à son père.
Quand le Seigneur veut faire entendre à son peuple de terribles menaces, il lui dit, se pliant àson esprit grossier, qu’un temps viendra où les hommes seront si rares en Judée, que chaque femme n'aura pas le sien, et que sept femmes rechercheront un homme en mariage, contre l'usage de toutes les nations, en lui disant: “ Nous ne vous demandons rien; nous mangerons notre pain, et nous nous véti-
! Cf. M. de Quatrefages, L'espèce humaine (7e éd., Paris, 1883), p. 306 ss.
2 IV Liv. des Aois, VII, 26.
8 Zbid., XXII, 1.
4 Zbid., XXIV, 8.
5 Super virum pubertatis tuæ, Joel, I, 8 ;—uxorem pubertatis tuæ, Malachie, II, 14, et Isaïe, LIV, 6 ;—Relinquit ducem pubertatis tuæ, Ær02., II, 17. 6 Judic., X1, 37.
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306 ss.
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rons de nos habits ;” agréez seulement “que nous portions votre nom, et délivrez-nous de notre opprobre * !”
Ainsi, la VIRGINITÉ, la céleste chose dont le christianisme a fait une héroïque vertu et la meilleure des gloires de ce monde, Israël en faisait un “opprobre, ” une honte!
Il n’y a qu’à baisser la tête, et pleurer, —et la relever en regardant le crucifix, et dire: Merci!!
vs
Et si, maintenant, négligeant d’autres arguments secondaires que nous pourrions présenter, nous revenons à notre Sainte, y a-t-il des preuves que sa famille ou elle-même aient contredit, d'une part c'est-à-dire quant au mariage, une coutume si ancienne, nous dos une sorte de loi; et d'autre part, quant à la virginité, un sentiment si universellement hostile ?
Prima Virgo Trias est, secunda Virgo Maria est, a dit saint Grégoire de Nazianze. “La première Vierge, c’est la Trinité, la seconde, ce fut la Vierge Marie”. Dans les décrets de Dieu, la première Vierge de la terre, vierge par choix, par volonté ge un sublime désintéressement des espérances messianiques, Hérse ar un incomparable amour, devait être Marie, Mère de Jésus ; et dès lors, si grande, et chaste, et angélique, et idéale que nous ee sainte Anne au matin de sa jeunesse, nous ne pouvons lui prêter des sentiments que sa destinée contredisait, et que Dieu réservait à “ l'unique ” et à la “toute belle ” qui devait être sa Mère, Saint Cyrille d'Alexandrie, l’a fait, il est vrai, à propos d'Émérentienne, la mère de sainte Anne,—il l'a fait, lui ou l’auteur quelconque ni passage que nous citions plus haut sous son nom,—mais il parlait en mystique et pour son temps, il 4e parlait pas en historien, et pour le temps où vivait notre Sainte.
Jeune, et chaste, et ‘gracieuse, ”—c'était son nom même,-—et riche, et réflétant en sa personne la gloire d’une lignée de vin t rois, Anne, croyons-nous, dut être de bonne hédratécharchs . mariage, et encore une fois, il est tout au moins vraisemblable que de bonne heure aussi, elle se soit conformée à des usages ET a qui étaient plus en vigueur dans la famille davidique aie DAME
! Isaïe, IV, 1.
ailleurs, Oublie-t-on les espérances, les certitudes, les visions divines dont cette famille se berçait depuis des siècles? Au reste, si l'on voulait à tout prix tenir pour un dogme le texte de saint Cyrille d'Alexandrie—un texte peut-être inventé—et prétendre que sainte Anne a bien pu faire vœu de virginité puisque sa mère l'avait fait, il faudrait cependant, et au moins, remarquer que ce vœu—si vœu il y eut,—ne retarda pas, de l'aveu même de ce Père, le mariage d'Emérentienne, ‘“ Quand elle eut atteint l’âge nubile, lisons-nous, ses parents voulurent la donner en mariage à un noble jeune homme de leur connaissance,” et la suite du texte ferait croire qu'il y eut très peu d'intervalle entre le désir exprimé par les parents et l'acte d'obéissance accompli par la jeune fille. On le voit, c'est avancer encore de beaucoup le moment de son mariage, et nous concéderions volontiers quelques années de plus à un âge aussi tendre, Mais de grâce, et pour en finir,—dût notre prière faire sourire,—qu'on ne se porte plus, en ce qui regarde sainte Anne, aux extrémités ridicules de certaines légendes.
Plus tard, à propos des beaux-arts, nous devrons peut-être revenir sur ce sujet, mais dès maintenant, disons-le, il nous fait peine de voir tant de tableaux. de sculptures, de motifs divers, où notre Sainte a les traits et l'attitude d’une vieille femme, souvent d'une femme plus que vieille. Certaines de ses images sont simplement repoussantes, et ressemblent plutôt à des caricatures. N'a-t-on pas imaginé de charger le tableau jusqu'au grotesque, c’est-à-dire jusqu'à l'adjonction des lunettes ?
C'est un sacrilège qu’une pareille plaisanterie !
Où est, en tout cela, la femme que nous avions rêvée et que nous attendions, la femme sans doute éprouvée, portant sans doute aussi sur son visage, la trace du double passage de la souffrance et des années, mais belle encore dans la force et la splendeur de sa maturité, plus belle, pour cela même, que jamais! Oh! que Michel- Ange avait bien mieux le sens des choses d’en haut! Quand on lui reprochait d’avoir donné à sa Preta de Saint-Pierre-au-Vatican, une figure trop jeune, il répondait, avec cette conviction qui révèle en même temps le grand chrétien et le grand artiste: “La Vierge est restée toujours jeune, La Vierge n'a pas pu vieillir !”
Quand, longtemps avant les critiques de Michel-Ange et ses censeurs à lui, d’autres soi-disant théologiens, ou mystiques, ou
que le n'eut n'étaid avait Moïse.
huit ed surtout euchari
bien qi sainte d été po voyant trentiè sement (Ps, cri
Lallait ét
Dieu, v 29.) G:
1s divines te, si l'on nt Cyrille que sainte avait fait, si vœu il e mariage [soNs-NOous, ine homme qu'il y eut ts et l'acte est avancer yncéderions re, Mais de qu'on ne se ridicules de
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rêvée et que t sans doute Louffrance et bndeur de sa que Michel- Quand on lui Vatican, une jui révèle en a Vierge est
Ange et ses ystiques, où
artistes, présentaient saint Joseph sous l'aspect d'un vieillard, Gerson leur opposait simplement ce texte des saints livres : Æabitabit Fuvenis
cum Virgine..…..elt gaudebit sponsus super sponsam. “ Le jeu
homme s'unira à la jeune Vierge......et la fiancée fera la joie A Ÿ
son fiancé !.”
Sainte Anne, femme ei mère,
Fig. 51,
Or, est-ce trop faire, toutes réserves demeurant sauves, que
d'appliquer à la mère de Marie, la double parole de Michel-Ange et de Jean Gerson * ?
l'Isaie, LXXII, 5.
* On lira avec intérêt ce passage de Mgr. Gay sur la Jeunesse de la Vierge :
“Pour la vieillesse, quoi qu'il en soit du cours naturel des choses et de ces altérations que le temps produit de lui-même en tout être vivant ici-bas, nous pensons que Marie n'eut point à les souffrir. Il est écrit de Moïse, qu'après quatre-vingts ans, ‘‘ses yeux n'étaient point affaiblis, ni ses dents ébranlées.” (Dent, XXXII, 24.) La sainte Vierge avait en elle, par le fait même de sa constitution physique, plus de vie et de vigueur que Moïse. Elle en avait plus que les patriarches, dont le pèlerinage en ce monde avait duré huit et neuf siècles. Si, comme nous tous, elle dépensait ses forces, n’étaient-elles pas, surtout dans les dernières années de sa vie, surabondamment réparées par cette communion eucharistique, qui, au témoignage de l'Eglise, est établie pour le soutien du corps aussi bien que de l’âme ? {Ad tutamentum mentis et corporis. Orat. ante Comm.) Qui sait si la sainte communion reçue quotidiennement par cette sainte Vierge ne lui fut pas ce qu’aurait été pour Adam l’arbre de vie du laradis terrestre ? Ilest permis de croire, avec une voyante célèbre (Marie d’Agréda, Cité myse., 111 part, |. vint, c. 19), qu’à partir de la
trentième année, qui fut comme la plénitude de son âge, Marie n’eut à subir aucun dépéris-
‘ Sa jeunesse se renouvelait,”” chaque matin, ‘ comme celle de l'aigle, ?”
L (Ps. CIT, v, 5) et déjà se vérifiait en elle cette prophétie qui, s'appliquant d’abord à Jésus, allait être accomplie d’une manière si éclatante dans la mort de son heureuse Mère: ‘O Dieu, vous ne permettrez pas que votre saint soit touché par la corruption.” (Prev, 29.) Gay, Æntret. sur les myst. du Rosaire, t. 11, p. 376.
sement corporel.