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Ces sortes de choses ne se prouvent pas, mais elles se sentent, et qui sait si de le sentir ne leur fait pas la meïlleure des preuves!
En tout cas, puisque nous sommes ainsi faits que le “vieux ”—passeznous le mot—nous répugne et nous éloigne, tandis que le “jeune” nous attire et nous séduit, qui n’aimera mieux, au lieu de la femme I épuisée, défigurée, brisée par la vieillesse, qu'on rencontre dans les ;
peintures avinées de Rubens et de ses pareils, la femme de trente. I six ou quarante ans, noble, et gracieuse, et majestueuse, que Léonard E de Vinci, Pinturicchio, Luini, Wiertz et autres, nous ont donnée ? P
Ni ces grands maîtres, ni aucun de ceux qui ont ainsi compris et
traité notre Sainte, n'ont fait brèche à la tradition de l'épreuve, et ils & ont mieux senti, pensons-nous, les lois de la convenance et de
l'esthétique. q *
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Cette question incidente ainsi discutée en passant, nous nous D hâtons de reprendre la principale.
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Entre leur mariage et la naissance de Marie, Anne et Joachim virent donc s'ouvrir devant eux la carrière de l'attente. Nous l'avons déjà dit, et de plus nous avons ajouté que cette épreuve dura vingt ans.
Une page d’un orateur aujouid'hui oublié, le Père Martineau, (1640-1720) est ici à lire, parce qu'elle peint admirablement la tristesse de sainte Anne, et sa parfaite résignation pendant cette longue et si douloureuse périod: de sa vie :
“ La stérilité a toujours été pour les femmes de l'Ancien Testament l’humiliation la plus rude, parce qu'elle les privait du bien qu'elles désiraient le plus ardemment
“ Qui ne sait qu'elles regardaient la qualité de mère comme un effet de la bénédiction que le Seigneur avait particulièrement promise au peuple d'Israël, lorsqu'il contracta avec lui l'alliance dont il est si souvent parlé dans l'Ecriture : Von erit infœcunda nec sterilis in terra tua (Exod, XXI, 26)", Qui ne sait qu'elles regardaient
Il n'y aura dans ton pays ni femme qui avorte, ni femme stérile.
sentent, preuves !
—passez- “jeune” la femme dans les de trente- > Léonard lonnée ?
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la qualité de mère comme le moyen de procurer à leur famille, malgré la mort nême, cette espèce d'éternité que Dieu s'était si solenneliement engagé d'accorder aux maisons qui se seraient distinguées par leur attachement à son service, et qu’il distinguait lui-même par ses faveurs ? Æ firmabo solium ejus usque in æternum (1 Paralip., XXVIII, 7) !? Qui ne sait enfin qu'elles regardaient la qualité de mère comme celle dont dépendait l’accomplissement de cette grande promesse que Dieu fit à Abraham, lorsque, pour récompenser la promptitude de son obéissance, il lui dit que le Rédempteur du monde naîtrait de sa postérité: PBenedicentur in semine tuo omnes gentes, quia obédisti voci meæ (Gen. XX, 18) *.
“La stérilité les couvrait de confusion--et pourquoi ? —Parce que ce peuple grossier, jugeant de la probité des hommes par leurs prospérités dans les affaires temporelles, regardait les femmes stériles comme des personnes disgraciées du Seigneur. De là vient que Dieu même, s'accommodant au génie de ces hommes charnels, se servait souvent de la stérilité pour punir ceux qui lui manquaient de fidélité : témoin Jéchonias, ce prince également impie et malheureux: “ Zerra, terra, terra, audi sermonem Domini (Jerem., XXN, 29)‘. N'attendez-vous point qu'il menace Jéchonias de la foudre, qui semblait déjà toute prête à tomber sur sa tête criminelle... Hec dicit Dominus : Scribe virum sterilem”. 11 a choisi la sterilité
comme le châtiment le plus propre à guérir son orgueil et ses désordres...”
Appliquant ensuite ces pensées à notre Sainte, l'orateur ajoute :
“ Vingt années de stérilité dans une sainte et paisible alliance ; se marier pour mettre au monde dès enfants d'où le Messie püût descendre, et n’en avoir aucun; se sentir frappée de cette malédiction légale qui attirait les derniers mépris sur des époux dont le ciel n'avait pas béni le mariage par une glorieuse fécondité ; se voir
| J'aflermirai pour toujours son royaume,
* Toutes les nations de la terre æront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix,
* Terre, terre, écoute la parole du Seigneur.
! Inscrivez cet homme comme devant être privé d'enfants. Jérémie, XXII, 30.
privée de cette faveur qu'on pouvait attendre dans une tribu affectée c à la naissance du Messie, et en un temps où, selon toutes les prophé- ' ties, il devait venir au monde: et, malgré ces humiliations, ne E ‘i:
s'oublier jamais de son devoir, ne murmurer jamais contre les s adorables décrets d’une sévère Providence ; ne dire jamais à Dieu : s “ Que vous ai-je fait pour me punir avec tant de rigueur, et que a
‘ vous ont fait les autres sur lesquelles vos mains paternelles répan- “dent tant de grâces ? .... ”’— Voilà une éminente vertu ‘!”
d Un écrivain de nos jours s’est arrêté, lui aussi, devant cette R grande douleur que la vertu sanctifiait, et cette contemplation s’est s: traduite en de nobles accents de foi et de piété. Qu'on nous per- fi mette de le relire encore une fois, ici même : o! “ Si toutes les femmes juives supportaient difficilement la stérilité EC comme une sorte d’inaptitude à entrer dans le plan divin, comme gl une incapacité d’exaucer le désir du peuple et de donner naissance m au Messie, quel caractère particulier devait prendre cette douleur dans le cœur d’une femme comme Anne! Absorbée dans le désir da du Messie, élevée par ce désir même aux contemplations divines, dé attirée par la toute-puissance vers ce désir impérieux, terrible, év
invincible, et arrêtée, dans un élan qui était son cœur mêr e et sa destinée, par une incapacité particulière d'accomplir la promesse à laquelle sa vie appartenait; entraînée et repoussée, elle demanda à Dieu, par ordre de Dieu, l’accomplissement des desseins de Dieu, et le secours de Dieu tardait à venir, et cette prière tardait à être exaucée, et Anne, suspendue sur l’abîme, levait les yeux vers le ciel, et le ciel semblait d’airain. Elle se sentait née pour une œuvre dent la grandeur l’écrasait, dont la beauté l’attirait, dont l'amour la brûlait, et cette œuvre restait provisoirement impossible, Dieu lui inspirait sa prière, et Dieu n'exauçait pas encore la prière qu'il inspirait. Dieu voulait, plus qu'elle-même, l’accomplissement qu’elle demandait, et Dieu ne levait pas l'obstacle qui arrêtait l’'accomplissement. Il le pouvait, et il tardait à le faire, lui qui le voulait et qui est Dieu,
“ L'apparence d'une contradiction épouvantable entre la volonté de Dieu et la marche des choses devait peser sur Anne d’un poias
1 Dans Houdry, #07, des Frédicatenrs, t, XIV, p. 615-16 (Puris, in-80, Josse, 1868), d’après un sermon manuscrit,
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que Dieu voyait ; ce poids, c'était sa main, et:il tardait à lever sa main, Anne et Joachim étaient admirablement unis. Que devaientils se dire? Essayaient-ils de se consoler ? Chacun d'eux cachait-il sa douleur à l’autre? Que de prières solitaires et que de prières solidaires durent monter vers le ciel avec les parfums du matin, avec les parfums de midi et avec les parfums du soir !
“ Cependant le monde allait son train; les nations se noyaient dans leurs pensées vaines et croyaient faire de grandes choses. Rome étalait pompeusement le faste de ses derniers jours et engraissait leur pâture aux vers de son tombeau. La société païenne, plus fière que jamais, se drapait dans sa rhétorique vieillie ; on parlait, on se battait, on buvait, on massacrait. Marius et Sylla étaient les récents souvenirs de cette société ; Néron était son avenir, et elle se glorifiait de sa puissance, et elle ne doutait pas de sa stabilité. Le mal triomphait dans la sécurité, et son sommeil était paisible.
“Et cependant Anne et Joachim priaient dans la maison ou dans les champs. Qui donc savait, qui donc soupçonnait que ce désir si humble, si impuissant en apparence, était le plus grand événement que vît la terre, le point culminant que le monde eût atteint et la plus haute montagne que le soleil éclairât ? Profondeur des profondeurs ! Quelle histoire lirons-nous quand nous lirons l'histoire véritable !
“Cette longue prière d'Anne et de Joachim est un des plus
grands souvenirs de l'humanité, mais comme l'humanité est distraite, il est bon de suppléer à son inattention.
“Anne veut dire grâce, et Joachim, préparation du Seigneur. Ce qui se préparait pendant les années de leur attente, c'était l’immaculée conception de Marie, Mère de Dieu. Si nous ne connaissons pas en détail tous les jours qui remplirent ces années et tous les moments qui remplirent ces jours, nous pouvons, pour nous aider : mesurer un peu la préparation, contempler l’œuvre qui se préparait. Celle qui devait naître c'était Marie, Mère de Dieu, le chef-d'œuvre
immaculé que la Trinité contemplait depuis l'éternité dans le transport de la joie,
“Il faut se plonger quelque temps dans la profondeur de l'incompréhensible, et arrêter ses regards sur Dieu contemplant dans
son Verbe le type de la Mère de Dieu, pour concevoir, d'une façon telle quelle, l'œuvre qu'il s'agissait d'opérer, et plus notre conception sera haute, plus elle sentira combien elle est imparfaite. O sagesse éternelle! /psa conteret caput tuum ! L'antique promesse qui avait consolé nos premiers pères, planait sur le monde et son écho vibrait d'une vibration particulière dans certains lieux et dans certains temps.
“ Mais en dehors de la tradition pure, la Vierge promise était attendue; les Druides pensaient à elle. Si les forêts de la Gaule la saluaient d'avance, sans savoir son nom, comment devait la saluer et l’attendre celle que Dieu lui avait choisie pour mère!
“La longue et immense prière d'Anne et de Joachim me représente d'abord l'attente de l'humanité, attente consciente ou inconsciente, l'attente de la race d'Adam qui soupirait et demandait la nouvelle ve. La prière d'Anne et de Joachim me transporte dans une région encore plus haute et me conduit là où les paroles me manquent. Elle me conduit dans la région des décrets divins, là où il n'y a pas d’époques, là où Dieu contemple éternellement dans son Verbe le type des créatures. La prière d'Anne et de Joachim éveille en moi le souvenir de l'amour éternel de Die:: pour Marie, le souvenir de son amour avant que Marie ne fût! Je relis ulors les paroles que l'Ecriture dit de la Sagesse, et je dis, comme les marins dans la tempête: Sainte Anne, priez pour nous '!”
À la ‘longue et immense prière”, les deux saints époux joignaient en vain l’aumône et les œuvres de charité, ne se réservant de leurs biens que la petite part, celle qui était rigoureusement nécessaire pour leur modeste entretien. Et cependant le ciel restait sourd à tant d'appels *,
Et comme ceux qui ont de grandes destinées sont d'ordinaire condamnés à la honte avant que d'arriver à la gloire; et comme souvent cette honte est en contradiction directe avec le genre de gloire qui les attend, “ de méchantes gens du voisinage, dit la sœur Catherine
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l Ernest Hello, dans la Aevue du monde cath, 1863, p. 680-92.
? A part les Pères et les hagiographes de sainte Anne, les théologiens, et notamment S. Antonin de Florence (Swrma theol., part IV, tit, 15, cap. 4, $2 et cap. 6, $1) parlent de vette division des biens en trois parts.
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