LUI
KA
Emmerich, venaient leur insulter en face! Il fallait qu'ils fussent biens désagréables à Dieu pour n'avoir pas d'enfants! Quand ils étaient ensemble, continue la voyante, ils se tenaient ordinairement assis. par terre, l’un près de l’autre. Ils parlaient de Dieu avec un vif sentiment d'espérance, Je vis souvent des méchants qui se montraient pleins de mauvais vouloir et d’irritation, lorsque, dans leurs entretiens, ils levaient au ciel des yeux pleins de désirs; mais eux, se montraient bienveillants pour ces gens mal disposés, les invitaient dans leur maison en toute occasion, et leur donnaient double. part. Je vis souvent ces mêmes personnes exiger grossièrement et brutalement ce que l'excellent couple leur offrait avec affection.”
Les années s'écoulaient, mais l'espérance est invincible au cœur des saints, et elle vivait toujours au cœur de Joachim et d'Anne. Anne vint dans le Temple pour faire un vœu au Seigneur, le vœu de lui consacrer le premier fruit de sa maternité. Grégoire de Nysse et André de Crète, sans parler des artistes, s'inquiétant ici fort peu des objections de la critique, nous la montrent poussée par sa foi jusque dans le saint des saints, à l'exemple de la mère de Samuel!, Là, à genoux, elle supplie le Seigneur de ne pas la priver de la “ bénédiction de la loi”, elle qui n’a pas péché contre la loi, et elle lui voue par avance l'enfant qu'il daignera faire naître de son sein”
Cependant, la fête de la dédicace, qui se célébrait le 25 casleu, répondant à navembre-décembre d'aujourd'hui, approchait, Les
l'évros tob vaod dytwy ywouerm, (Voir l’appendice). Les ‘objections de la cri-
tique ” ne sont pas d'humeur accommodante. Combefis citant Villalpand :
‘ Anna, intra Sanctum seu Sancta Sanctorum, ad alterius Annæ imitationem supplex Deo ad impetrandam prolem accessit. Quis vero alterutram Annam, sacratissimum illum locum et 2£arpérws Sancta Sanctorum, vel somniet ingressam. Nihil ergo Sancta illa Sanctorum Nysseno (et aliis) sunt, præter ipsum absolute templum, in quo, atque ejus satis humili loco ac feminæ congruo, orans Anna,orare dicta, sit ; ac sic plane Annæ proles Maria inducta fuerit et educata in Sancta Sanctorum. Praterea rogo undenam hoc Mari: :
prodierit portentosum privilegium, ne vel Filio unquam concessum ? ”
Combeñs lui-même : ‘ Sancta illa Sanctorum, ipsum templum, ceu locus orationis ac Dei domus, lata quadam acceptione, sint ; non pars illa abditissima, in qua olim, ut in templo Salamonico, requievisset arca.” Dans les notes aux Canonos et Triodia de André de Crète, Migne, Patrol. gr.-lat., t. XCVN, col. 131858.
? Pour le vœu: S. Grég. de Nysse, S. Jean Damascène, George de Nicomédie,, Photius, Léon, le moine Jacques, etc. - Voir appendice, ;
ent bierv étaient ent assis:
> un vif se monns leurs nais EUX, les invit double ement et tion.” au Cœur d'Anne.
r, le vœu de Nysse fort peu par sa foi Samuel !, iver de la ji, et elle son sein *.
25 casleu, lait. Les
ons de la cri-
bnem supplex imum illum o Sanctailla , atque ejus Annæ proles n hoc Mari: :
beus orationis La olim, ut in Triodia de
b Nicomédie,.
“deux époux s'y rendirent accompagnés de leurs proches, Arrivés au Temple, Joachim se disposait à offrir un agneau, symbole de l'Agneau rédempteur, et Anne le suivait, tête voilée, le cœur plein de soupirs et de larmes.
On se souvient ici de ce que racontent les Apocryphes. Ecoutons pourtant un moment une vieille traduction de la Zégende dorée, conservée à la bibliothèque d'Amiens :
“ Et lors vouèrent au Seigneur que s’il leur envoyoit et donnoit lignée, ilz la donneroyent à servir Nostre Seigneur. Pour laquelle chose ilz alloient chescun an en Iherusalem es trois festes principales, Si que au jour des estraynes Joachim alla en Iherusalem avec ses voysins et vint à l'autel avesque les aultres. Et voulut offrir son offrende, Et quand le preste le vist, si le rebouta par moult grand despit : et le blama pourquoi il venoit à l'autel de Dieu, Et lui dist que ce n’estoit pas chose convenable que ung homme maudit en la loy fist offrende à Nostre Seigneur. Ne que luy qui estoit bréhaigne (stérile) fust entre ceux que avoyent fruit... ” (folio 206 recto.)
Humilié ainsi devant ses amis et tout le peuple, Joachim sortit du Temple en pleurant, Mais au lieu de rentrer dans sa maison, il se réfugia sur une hauteur bordant la route du Jourdain à Jéricho, où se voit encore une colonne érigée en mémoire de ce fait par les premiers chrétiens”. Là, au milieu de ses troupeaux et de ses pasteurs, il se condamnait au jeûne, et se répandait en humiliations et en prières.
Anne, de son côté, rentrée dans sa maison, veuve en quelque
! Le frère Liévin, Guide indic. de la Terre Sainte, p. 31, parlant du Nahr-et-Kelt, entre la fontaine d'Elisée et celle des Apôtres : ‘‘ Au moyen âge, la tradition rapportait que saint Joachim vint en ce lieu prier Dieu de faire cesser la stérilité de sainte Anne. ? Reférences : L’Ygoumène russe Daniel (p. 145) et ie baron d’Englure (p. 115).
(Après l'expulsion du temple) Joachim avait franchi le mont des Oliviers et s'était retiré sur une hauteur à huit milles au-delà de Béthanie. Ilexiste encore en cet endroit un tronçon d’une colonne que les premiers chrétiens y avaient érigée en mémoire de ce fait. (Cochem, Zeben und Leiden Fesu, t. 1, ch. XXIV.) Ces débris occupent un endroit situé au milieu des pics sauvages qui séparent Jérusalem de Jéricho, à proximité de la “Contrée du sang ” (Adommim), gorge tristement “élèbre, qu’on peut considérer comme le théâtre des faits rapportés dans la parabole du bon Samaritain. Sepp, #wsalem, t. 1. p. 596 ; de Saulcy, Dictionnaire des antig. bibl., p. 53; Jamar, Marie, Mère de Jésus,
“etc,
sorte, et n'entendant même plus parler de son époux, s'abimait dans sa double affliction, et répétait sans cesse : ‘“ Seigneur, Dieu d'Israël, Dieu fort, pourquoi m'avez-vous privée d'enfants ? et pourquoi avezvous éloigné de moi mon époux ? Voilà que cinq mois sont passés, et je ne le vois point, et j'ignore s’ilest mort et si on lui a seulement donné une sépulture.”
Ici, les apocryphes, les Pères, les poètes placent l'épisode du jardin, naïve scène devant laquelle nous nous sommes arrêtés déjà, Ces oiseaux qui chantent pendant qu'une femme pleure, c'est un de ces contrastes très communs, très vulgaires dont la vie est pleine, mais on s’en émeut encore comme on fait devant tout ce qui est vivant et vrai.
C'est le drame ae Shakespeare, où le gros comique coudoie le grand tragique, et des éclats de rire viennent se mêler à des sanglots,
ns PEER :
D'ailleurs, un poète du quatorzième siècle, le chartreux Albert de Prague, a pu s'élever ici à de hautes considérations, en faisant de ce laurier du jardin de sainte Anne, le symbole du grand arbre qui pousse en Paradis, et sur les branches duquel les oiseaux viennent
se nicher, pour ‘se rassasier du fruit des vertus!” Avant lui, saint
1 In quo (Paradiso) arbor crevit læta, De quà Daniel propheta, Lata et altissima ; Sub quà vere habitahant Peccatores quos signabant Aves in ramusculis, Per quas boni figurantur Qui ab ea satiantur Virtutibus, ut esculis, Hymne à S. Anne, dans Dreves, Analecta hymnaria, fase, 111, p. 161,
ait dans d'Israël, LOÏ AVEZt passés, ‘ulement
isode du tés déjà.
st un de t pleine, qui est
oudoie le sanglots,
Albert de sant de ce arbre qui
viennent t lui, saint
Fi * 8 AE ig. 53. La Porte Dorée (extérieur), d’après un dessin de Catenacci
Jean Damascène, moins gai, mais aussi vrai, fait de ce même jardin l'image de l'Eden antique, où il fut dit à la mère du genre humain:
“Je multiplierai tes douleurs et tes gémissements.” ; Mais les gémissements vont bientôt se changer en cantiques 1 joyeux, car les temps sont accomplis, A Joachim dans les monta-
* gnes, à l'épouse désolée, dans sa maison, l'ange apparaît, l'ange n Gabriel, dit saint Vincent Ferrier. La naissance d'Isaac, celles de ai Samson et de Samuel avaient été annoncées par des envoyés célestes : ti comment celle de Marie ne l'eût-elle pas été ? “ Levez-vous, est-il à dit aux deux époux, montez à Jérusalem, et laissez s’accomplir en l'a vous et par vous la volonté du Seigneur. Une enfant vous naîtra Ci qui sera bénie entre toutes les femmes, et prévenue de la grâce dès m avant sa naissance ‘.” et
Sous la Porte dorée, Anne et Joachim se rencontrèrent. l'o
L’aire de la montagne sur laquelle se dressait le temple était ‘entourée d’un mur quadrangulaire, construit sur les antiques fondements posés par Salomon, et encore reconnaissables aujourd'hui à Jéur appareil colossal. La face orientale de ce mur servait de retranchement à la ville, et se distinguait par une belle porte, désignée de nos jours et depuis des siècles, sous le nom de ‘“ Porte dorée.”
Détail assez curieux pour l’érudition, et qu’on peut signaler en passant : des neuf portes que comptait l'enceinte du temple, toutes, au témoignage de Josèphe, étaient couvertes d'argent et d’or, excepté celle-ci, qui était, selon le même auteur, d’airain de Corinthe ?,
! Apparition de l’ange : Eustathe, Epiphane, André de Crète, Jean Damascène, Jean ‘d'Eubée, Fulbert de Chartres, etc. Voir les appendices.
? Portarum autem novem quidem auro et argento undique tectæ erant, una cum nié postibus et superliminari : una vero extra templum ex ære Corinthio, quæ multum argento Sau inclusas et inauratas dignitate superabat, Flavii Josephi Opera (éd. Havercamp, Amsterdam, 2 in-fol., 1726), t. 11. p. 333, ou De Bello Fudaïco, lib. V, C. v.
Thilo dit au sujet de la Porte dorée : Non video cur hæc potissimum, quam ex ære gre Corinthio confectam fuisse scimus, aurea dicatur. Aureæ portæ fuere plures, Codex apocr. {in-80, 1832, Lipsiæ), p. 323, note, Où l'abbé Dupuy (/réroduction au plan de érusalem, än-80, 1873, 5. 1., p. 175) a-t il vu que cette porte était recouverte de lames d’or ?
1e jardin humain :
cantiques s montaît, l'ange celles de célestes :
ous, est-il mplir en ous naitra œrâce dès
nt.
mple était ues fondejourd'hui à de retran-
ple, toutes, or, excepté
he :.
mascène, Jean
rant, una cum ultum argento , Amsterdam,
, quam ex &re , Codex apocr.
de Férusalen, d’or ?
Nous ne sachions pas que les prédicateurs ou les mystiques aient pris de ce fait matière à des considérations, Elles étaient faciles pourtant et auraient pu être bien belles. L'or, ici, c'est la Domus aurea des litanies.
Restant dans ses attributions, l'historien se plaît du moins à noter que, selon de vieilles traditions chrétiennes, Notre-Seigneur aurait opéré près de cette porte la guérison miraculeuse du paralytique, et qu'il l’aurait traversée plus tard, dans son entrée triomphale à Jérusalem, le dimanche des Rameaux. C’est encore par elle que, l'an 628 de notre ère, l'empereur Héraclius aurait rapporté la sainte Croix reprise aux Perses', Depuis longtemps les Musulmans l'ont murée, sans doute pour protester après coup contre ce double fait, et peut-être aussi contre l'usage que les croisés avaient établi de l'ouvrir ce même dimanche des Rameaux et le jour de l'Exaltation de la sainte Croix”, D'ailleurs, c'est encore aujourd’hui leur crainte que, si les chrétiens assiègent de nouveau Jérusalem, ils n’y rentrent
par le même chemin.
La Porte dorée
actuelle, abstraction faite des ornements qui la décorent, est attribuée par M. de Saulcy et M. Guérin au temps d'Hérode, Elle remplaça alors une autre porte beau- |coup plus ancienne | dont on reconnaît en- | core les jambages mo- ” nolithes, Le vestibule Fig. 54. Intérieur de la Porte dorée. intérieur a été remanié par les Byzantins, peut-être même par les Arabes, et M. de Saulcy dit que cet intérieur est ‘“ une splendide chose “” Avant lui, les Actes des Apôtres avaient dit (ch, 111, 2) Porta speciosa, dans le grec: “pa wpata, d'où, peut-être, serait venu aurea.
! Guérin, Za Zérre-Sainte (2 in-49, Paris, 1882), t. 1, p. 40. * Trochon, Za Galilée au temps de N.-S., dans l’Zntrod. à la Bible, t, 11, p. 226. " F. de Saulcy, Voyage en T. Sainte (2 in-80, Paris, 1665), t. 1, p. 108 et 133.—
Guérin, #4 sup.
Donc, sous cette “splendide chose”, eut lieu la bienheu. reuse et chaste rencontre dont les arts ont fait le symbole d'une chose incomparablement plus splendide encore: l'Immaculée Conception réalisée dans le temps et dans l’espace. Catherine Emmerich a vu ints époux ‘“s'embrasser dans un mouvement de sainte allégre: et se communiquer leur bonheur, Ils étaient ravis en extase et entourés d’une nuée brillante. Cette lumière était projetée d'en haut par une troupe d’anges qui, portant une haute tour lumineuse, planaient sur Anne et Joachim. Cette tour ressemblait à la tour de David, à la tour d'ivoire dont il est parlé dans les litanies de la sainte Vierge. Elle sembla s’abaisser entre les deux époux, puis disparaître, et une gloire resplendissante les coute On aurait cru voir, au même moment, le ciel s'ouvrir au-dessus d’eux et toute la cour céleste éprouver une joie nouvelle, comme si elle prenait part à la bénédiction mystérieuse accordée aux parents de Marie.”
Sans partager une opinion que l'Eglise a condamnée, et qui ferait ; la conception de Marie une merveille pataiele à la concepti ‘ Christ, on est tenté d’excuser la foi naïve d une époque où lu, : dépassant encore la pudeur artistique, faisait de cette simple rencontre un principe de vie. Saint Anselme ne disait-il pas: “Les préludes de la conception de Marie sont tellement marqués du sceau de de la divinité que nulle pensée humaine n’en peut pénétrer la profondeur ' ?”
Dès 'ors, quoi de plus naturel pour le mysticisme du moyen âge, que de reporter à sainte Anne ce qui ne regarde que PARLE, en raffinant sur les mots de préservation et de sanctification, c’est-àdire, en somme, de faire une vierge de la mère de la Vierge ? Avant le douzième siècle, ce titre était quelquefois donné à notre Sainte P et c'était comme un écho d’une erreur déjà fort AnsIeune que saint Epiphane, au quatrième siècle, avait dû combattre”: l'erreur des Collyridiens, qui voulaient que la “ .erge fût un être tout divin,
1 Non absurde credi potest primordia conceptionis ejus (Mariæ) tanta virtute (? deitatis præsignata ut humanarum conceptio mentium ea plane penetrare non valeret, S. Anselmus, De Conc. B. M. V., Migne, Opera S. Ans,, t. 11, col. 305.
? Passim ante sæculum X11, Anna quoque titulo Virginis ornata, Thilo, Codex, p. 545.
3 Hoc paraloxum jam sæculo 1V refutaverat S. Epiphanius, Acfa SS., t. vi jul. p.
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