‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 74 sur 112 · DIX-SEPTIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

En 1605, Pierre LE GRAND, avocat et procureur du roi à Apt, publie son Sépulchre de madame saincte Anne, un ouvrage où sont exposées et savamment discutées les traditions aptésiennes touchant les reliques de sainte Anne. Déjà cité plus haut, il le sera encore dans la suite,

De même, nous nous contentons de saluer le oacimus et Anna de STENGELIUS (1621), malgré les bonnes pages et surtout les curieuses gravures qui s'y trouvent (figs. 101-102) ; de même encore l’article de Surius dans les Vite sanctorum, et nous arrivons de suite à l'homme très sincère et très aimabie qui nous a jadis retenu toute une soirée dans la bibliothèque de Gand, une de nos bonnes soirées d'outre-mer.

Ce bon homme s'appelle Charles Véron, et son livre est intitulé : Le Triomphe de saint Joachim et de sainte Anne (1624). Voilà qui annonce, dès le début, un ton et une allure toute martiale pour le reste. Aussi bien : “ De cette histoire,” dit-il dans l’épître dédicatoire, “jay banny et forclos les deux prétendus marys que quelques-uns, sans fondement, ont fait epouser saincte Anne après le dece:z de sainct Joachim, la peignant en robbe de deuil pour passer le residu de ses ans morte!s en vefvage.”

Et ainsi il avance, protestant avec énergie contre les traditions erronées, et, comme il faut bien à cette entreprise consacrer quelques pages : “ Pour accoiser, continue-il, les esprits qui ne croyent sinon ce qu'ils touchent avec le doigt, et apprivoiser les entend: ments plus farcuches qui se sont laissé emporter à des opinions telles quelles, qu'ils ont humé de certains petits fatras, bouquins ou livres apocri-

phes composez par ie ne scay quels vieux réveux au dépens de l'honneur de ces saincts, léquels ont dit ce qu'ils devoient taire pour le bien de la vérité et teu ce qu'ils devoient écrire et ne l'ont fait, par ce qu'ils l’ignoraient, et leur eut coûté trop de veilles et sueurs pour en trouver la vraye histoire dans les siècles reculez de l'antiquité : pour désabuser donc plusieurs personnes prevenues de telles opinions fondées sur des arguments de tricnic (sic), je m'élargerai encore un petit sur cette matière...” (p. 248),

Fig. 1o1 et 102. Deux gravures du Yacimus et Anna de Stengelius (1621).

Et.pour ‘“s'élargir” plus sûrement, et “ plonger ” avec plus de confiance “la sonde de sa petite portée dans l’abîme non géable” (guéable) de son sujet, ou en d’autres termes : pour “ énerver la force des raisons” qu’il pourra “alléguer pour luy donner du lustre” (p. 251), il fait appel à saint Bernard, “ce saint de sucre et de miel,” (p. 255.) Après quoi, toutes erreurs étant dissipées et toutes choses mises au clair, il est tout à son aise pour recommander à plein cœur la sodalité de saint Joachim et de sainte Anne, laquelle, il

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affirme, “est préférable presque à toute autre, vray qu'elle semble devoir le devant à celles qui sont érigées en l'honneur de Jésus-Christ et de la Vierge, or que la distinction et différence soit bien petite entre celles-cy et celle-là; car entendu que, entre saint Joachim, la Vierge et Jésus-Christ, il y a un rapport de relation réelle selon la saine philosophie, comme de pere à fille, de pere grand à petit-fils, comment serait-il possible de jetter les yeux d’une pieuse considération sur saint Joachim pour l’honorer et servir, sans se recorder de la Vierge-mère et d'un Dieu homme notre Sauveur ? voire on ne peut dépeindre ce patriarche sinon tenant par la main la Vierge et portant le petit Jésus sur ses épaules.” (p. 213.)

Allons-nous ajouter le trait charmant qui couronne tout, à savoir que “saint Joachim serait comme le capitaine de la bande patriarcale?” L’intention justifie, dit-on.

Charles Véron est l’homme de la discussion et de la lutte. Après lui, si nous négligeons Bernardinus Turaminus et Laurentius Van Beneden, nous rencontrons Jean RABASSE, “le moindre des Récollect ” (sic), l'homme de la piété naïve, qui ne discute pas, peutêtre parce qu'il ne peut pas supposer que la piété, et surtout la piété envers sainte Anne, puisse jamais être discutable, Quand on a lu les quelques cents bons volumes de la littérature française, on est encore pris par le charme tout particulier et pénétrant de celui-ci, Le titre seul, qui n’est pas, quant à lui, le moindre de tous, est une invitation à feuilleter l'ouvrage. Le voici x extenso :

La ROYALE MERE c'est à dire L'EXCELLENCE ET NOBLESSE DE SAINCTE ANNE MERE DE LA MERE DE DIEU ov se voyent les richesses precieuses de lesus, et le Thresor de la Vierge, Qui ornent comme Fleurs de lys Royales la Couronne de saincte Anne, Avec le rabaissement de l'Ame doùote, l’eslevant à la haute perfection.

En quatre pièces :

1, L'Amour de Dieu, 2. L'Amour du prochain, 3. L'Humilité parfaitte, 4. L'Obedience enticre, Le tout par l'Euangeliste S. Jean enseignant vn sien Disciple, Et mis en lumière par F, Jean Rabasse le moindre des Recollect (sic).

Dedié à la royne de France:

A Paris.

Chez Lovys Boulanger, rue Sainct Jacques, à l'Image Sainct Lovys, M.DC.XX VIII,

L'ouvrage lui-même n’est pas minuscule, puisque nous y avons compté 763 pages, sans la préface et sans la table (non paginé, en effet).

Rabasse commence par une lettre dédicatoire à Anne d'Autri. che, et, comme il convenait, la rehausse de poésie, Puis, comme il convenait aussi que la reine connût le but et le plan de l'ouvrage, il ajoute :

“ Voicy, madame, le traicté de saincte Anne, que ie desire offrir à vostre Maiesté, lequel sera fort propre pour vous ayder à bien servir la Royne des Anges: car il contient l'excellence & noblesse eminente de la mere de vostre tres-saincte maistresse, Ie l'ay fait parler conformement aux saincts Docteurs de l'Eglise, & selon le langage ordinaire, pour le désir que i'ay, que vostre Maiesté & tous ceux qui le liront, ayent plus d'égard au suc des paroles, qu'aux belles phrases et fleurs de Rhétorique. Les richesses precieuses de lesus Christ, & le Thresor sacré de la Vierge, sont entrelassees parmy les excellences de saincte Anne, dautant qu’elles sont comme des Fleurs de lys Royales, enchassees sur la couronne de ceste très saincte Royale mere.

“ À la vérité, ie ne pouvais rien offrir à vostre très-Auguste Maiesté, de plus digne, de plus rare, & de plus exquis que ceste pièce, puis qu’elle contient en soy, tout ce qu'il y a de plus beau & de meilleur dans le ciel, et sur la terre... etc.

“ À sainct Denis en France, le iour que saincte Anne a mis au monde sa très saincte fille, la mere de Dieu. 1627.” (fol. VI, verso).

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Voici maintenant la distribution de l'’ouvrage—texte de l'auteur même :

Première Partie:-—Contenant 21 chapitres sur l'excellence de saincte Anne,

Seconde partie :—Contenant en général les precieuses richesses de lesus Christ, et le Thresor de la Vierge en trois chapitres,

pour orner comme fleurs de lys Royales, la couronne de saincte Anne,

Troisième partie :—Contenant quinze chapitres sur l'Amour de Dieu, première pièce des richesses de Iesus-Christ, et du Thresor de la Vierge, pour orner comme fleurs de lys Royales, la couronne de saincte Anne, Avec le rabaissement de l'ame devote pour acquerir l'amour de Dieu,

Quatrième partie :—Contenant 43 chapitres sur l'Amour du prochain, seconde pièce de Iesus, et du Thresor de la Vierge, pour orner la couronne Royale de saincte Anne, Avec le rabaissement de l'ame, pour acquerir l'amour du prochain.

Ciuquième partie :—Contenant 25 chapitres sur l'humilité, troisième pièce des richesses de lesus..... etc. (même rubriqne).

Sixième partie :—Contenant 52 chapitres sur l’obedience. Quatrième pièce... etc,"

Evidemment les ‘“ fleurs de lys Royales ” occupent un peu le

bon Récollet, mais il faut savoir pardonner quelque chose à qui écrit pour une Reine de France,

Et simplement, quant à nous, sans arrière-pensée, nous entamons le texte. Voyons comment ‘le moindre des Recollets ” va s'y prendre :

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