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Fig. 104, Sainte Anne, Arche de Noé. point produite par l'eau rie Gravure prise de Zerle-Mwder (1665). de la mer, mais par la rosée
du ciel dans la mère perle, ainsi le corps de la bénie sainte Anne,
comme une mère perle, remplie de la rosée de la grâce divine, a été miracüleusement préparé pour produire le très saint fruit qui fut la Mère de Dieu: ce qu'il faut attribuer plus à l'œuvre de la grâce qu'à celle de la nature, car Anne étant stérile, a obtenu par ses prières ferventes, ses jeûnes et ses aumônes, ainsi qu'il a été dit plus haut, ce très saint fruit et cette chaste perle, qu’elle n'aurait pu obtenir de la nature, Et c'est en considérant ces choses que saint Antonin a pu écrire: ‘“ Marie a été conçue comme une perle dans la mère perle, ce qui veut dire dans le sein de la bénie sainte Anne ; et engendrée par la rosée céleste, ce qui veut dire: par la grâce et la vertu divines.”
Ce n’est pas l'unique belle chose que puisse nous fournir cet opuscule, Nous lui emprunterons plus tard quelque passage, et pour le moment, une gravure qui est—sans allusion à ce qui précède—une vraie perle. Gravure originale, la seule que nous connaissions de ce genre, et représentant sainte Anne sous le symbole de l'Arche de Noé, (Fig. 104.)
Par ordre de dates, nous rencontrons maintenant Kernatoux, (Vannes, 1659), Emmanuel Hortigas (Sarragosse, 1663), Auriemma (1665), Asiain (1665), le polonais Adalbert Tylkowski (Vilna, 1674), Petranius (Drepani, 1685), de la Court (Bordeaux, 1690), Emmanuel de Jésus- Marie (1691), François Garcia, Maria De : / Brancaccius, Etienne Binet, Massimo da Fig. 105. Vignette de Kernatoux, À
Vie de sainte Anne (1659). Monza, Tent s’en faut que tous ces auteurs
aient mis de côté comme Trithème, Laurent de Cuyper et Charles Véron, les Zistorioles ou les légendes fabuleuses.
Le Père de la Court, en particulier, est un bel exemple du contraire et il faut vraiment de la bonne volonté pour lui pardonner certains passages, où la haute fantaisie se donne libre carrière, Si nous le pouvons sans porter atteinte à la gravité générale de notre sujet, nous allons citer une page prise entre tant d’autres. Quand on l'aura lue, on comprendra mieux pourquoi tant de soi-disant Vies de Sainte Anne, construites sur le même modèle, sont tombées dans un discrédit absolu.
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VIES OU I ÉGENDES 285
L'auteur veut nous montrer
“« Coinment sainte Anne fut tentée plusieurs fois par le démon dans le desert, et tâchons de l'écouter sans rire:
“ Comme elle était obligée d'aller chercher de l’eau fort loin, et que, pour se mortifier davantage, elle ne buvait que dans une soif extrême, un jour qu'elle fut à la fontaine pour étancher la soif qui la dévorait, le diable en ferma l'ouverture avec une grosse pierre qui empêcha notre sainte d'y puiser. Les prières étaient son refuge ordinaire, si bien que, s'étant adressée à Dieu, pour avoir du seco: :s dans une nécessité aussi pressante que l'était celle-là, la même pierre que le diable avait jetée à l'entrée de la fontaine se creusa, et il en sortit en même temps une source d’eau aussi claire que du cristal, Le diable, enragé de ce qu’il n'avait pu tenter notre sainte, qu'il espérait le devoir prier de lui laisser prendre de l'eau de la fontaine qu'il avait fermée, jeta une seconde pierre dans l'eau que Dieu avait envoyée à sainte Anne, qui la rendit si amère et si sale qu'elle fit de l'horreur à notre sainte; cependant comme la soif la tourmentait de plus en plus, elle fut contrainte d’en boire et aussitôt elle tomba pâmée. Un ange descendit du ciel qui la releva incontinent, lui apporta à boire et étancha enfin sa soif.
“ Austitôt que notre sainte fut dans sa caverne, elle se coucha par terre pour se délasser des fatigues du chemin. Elle n’y fut pas plutôt que le diable, enragé de la faveur qu'elle venait de recevoir, la porta à Jérusalem et la laissa sur le haut d’une maison, Quand elle fut éveillée, entendant crier une profusion de monde qui la regardait, elle fut saisie d'une surprise qui ne peut s'imaginer ; Chacun cherchait des moyens, mais inutilement, pour la retirer d’un endroit d’où elle ne pouvait descendre sans un grand péril; cependant notre sainte qui vit bien que le diable l'avait mise là pour se venger du miracle de la pierre, leva les yeux au ciel et pria le Seigneur de la délivrer du péril où elle était, et aussitôt un ange l'emporta à la vue de tout le monde et la rapporta dans l'endroit où
le diable l’avait prise.” ?
Tout comme si ce bon de la Court avait vu, de ses yeux vu, ce qui s'appelle vu !!
Tel était en plein dix-septième siècle, en pleine splendeur littéraire, au temps d’un Bossuet ou d’un Bourdalone si sobres et si sérieux, le goût des amplifications romanesques, poussées à outrance, sans aucun souci de la doctrine,-des traditions et nous dirions, du bon sens, D'ailleurs, il y eut mieux encore ou pire que cette page, puisque de 1673 à 1678, c’est-à-dire en cinq années seulement, nous trouvons sept opuscules sur sainte Anne mis à l'Z#dex,