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“ Anne, puissent les cœurs des mortels ne pas te prier en vain,
puisque tout ce que tu veux, et ta fille, et Dieu, le veulent également.—Ave,
“ Anne, si heureuse par tes mérites et par ton enfantement glorieux,
sois aussi notre Mère, et entends favorablement notre prière. — Ave.
Mais pourquoi passer si vite et ne pas cueillir une fleur, une rose encore ? Le passage relatif à la Vierge nous semble si vraiment beau que nous ne pouvons nous défendre de nous y arrêter :
“ Anne, l'enfant bénie que tu portes en ton sein, l’ancienne Alliance
l'a préfigurée, et les prophètes ont annoncé sa venue.
“ Elle, c'est le paradis fermé où croît l'arbre de vie parmi les splendeurs d’une nature encore vierge ;
“ Elle, c’est le jardin gardé jour et nuit par le chérubin à l'épée enflammée ;
“ Elle, c'est la fleur plus belle que le lis à l'éclatante blancheur, la douce violette et la rose empourprée ;
“Elle, c'est l'arche de l'alliance mosaïque, où repose dans une corbeille d’or pur le pain du ciel ;
‘“ Elle, c'est la fiancée du vrai Salomon, et c'est le sanctuaire orné au dedans et au dehors de pietres précieuses :
“ Elle, c'est le temple saint ou résonnent sans cesse des chants et des concerts de fête ;
“ Elle, c'est l’'Immaculée dont le soleil est la couronne d’or, tandis que la lune aux reflets d'argent sert de piédestal à ses pieds blancs comme la neige :
“ Anna, geris sobolem cujus Phæbi aurea vestit Flamma caput, niveos candida luna pedes.—Ave."”
Et puisqu'il fait toujours bon d'entendre l'éloge de notre Sainte, de quelque part qu'il lui vienne, après ce Beisselius si grave, si pieusement sérieux, le poète que nous rencontrons, c'est l'écrivain humoristique, sceptique et railleur, dont un Æ/oge fameux a rendu le nom synonyme de ce qu’il y a en effet de moins sérieux et parfois de moins pieux. On a reconnu ERASME, et peut-être plusieurs de nos lecteurs ignoraient-ils que Erasme, en effet, a écrit en l’honneur de sainte Anne tout un poème de quatre-vingt-quatorze vers, et un poème religieux comme le sujet même. Il a pour titre: Rythmus iambicus in laudem Anne avie Fesu Christi (5%) et nous l'avons trouvé au cinquième volume des Opera Omnia, publiées à Lyon en 1704. Ecoutons-en le début :
Fig. r10. Erasme.
Salve, parens sanctissima Sacro beata conjuge, Sacratiore filia,
Nepote sacratissimo.
C'est noble et grand ce “salut à la femme très sainte qui eut pour époux un saint comme elle, pour fille l'Iimmaculée, pour petit
que leu que pou pet enfi non
Era une An:
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aire orné chants et
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bour titre :
5) et nous publiées à
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fils le Dieu de toute sainteté.” Et le poète, toujours grave à nous étonner, raconte, sans une ombre de scepticisme, toute la légende de sainte Anne, comme l'ont fait les hagiographes de profession. Il croit à tout, à la longue stérilité, aux larmes et aux prières des deux saints époux, aux paroles repoussantes du grand-prêtre, à l'apparition de l'ange, à la rencontre sous la Porte dorée. Bien plus, il finit par une prière, et si simple, si vraie, qu'il faut l’entendre :
O ter quaterque et amplius
Parens beata. Nam, potes,
Juva preces mortalium Tuo vacantum cultui.
Nam, te patrona quidlivet Speramus assequi ; modo
Voles, voletque et filia, Nec huic petenti pusio Negare quidquam noverit.
Amat parentem filius
Neque filio negat Pater Amans et ipse Filium,
“O Mère, trois fois, et quatre fois et cent fois heureuse ! Puisque tu le peux, viens en aide, nous t'en prions, à ceux qui te vouent leur culte filial Ton patronage nous permet toujours d'espérer, quelque chose que nous demandions, parce que tu n’as qu'à vouloir pour que la Vierge, ta Fille, veuille aussi; parce que, à son tour, le petit Jésus ne saurait rien refuser à sa Mère qui le prie; parce que, enfin, le Père aime son Fils, et qu'un père aimant son fils ne peut non plus rien lui refuser.”
Ainsi, quatre noms: Agricola, Antonio de Castro, Beisselius, Erasme, et c'est déjà la fin de ce premier article, où, soit dit encore une fois, nous n'avons voulu parler que de la légende de sainte Anne formant un tout par elle-même et comme un ouvrage à part, Nous ne pouvons citer que sur oui-dire un poème allemand fort ancien, mentionné par Schelhornius dans ses Amænitates litterarie (Francfort, 1725, t. III, p. 40), et dont le titre nous est donné en latin: De parentibus beate Virginis Marie, ejus desponsatione cum Josepho ac nativitate Christi. Ce livre, écrit vers 1492, rappelait,
toujours selon Schelhornius, l'Evangile de Jacques et celui du Pseudo-Matthieu (2).
Pourtant, quoique nous sortions ici de la Légende proprement dite, nous ne finirons pas cette page sans signaler un long et beau poème provençal composé en ces derniers temps par M. l'abbé Gay, du diocèse d'Apt, sous le titre de: Sfanço su lei gloiro de santo Anno (6). L'auteur ne s'est pas contenté de chanter sa sainte patronne dans la langue de son pays, il a voulu aussi se traduire luimême en français.— Poésie française et poésie provençale (autant du moins qu'il nous est permis d’en juger), sont dignes de la contrée qui entendit jadis chanter les troubadours. Négligez, si vous le voulez, la première et la seconde partie, où la veine poétique n'est pas encore ouverte, mais entendez ce début de la troisième, qui raconte la translation des reliques de sainte Anne en Provence :
Oh! je veus vois venir, dépouille bienheureuse, ù Qu'’apporte saint Lazare embarqué sur les flots ! Etoile de Jacob, soyez-lui lumineuse ; Sur l'onde de la mer houleuse, O vous, anges de Dieu, soyez les matelots !
Oh! vogue, vogue en paix, nacelle merveilleuse !
Que l’écueil meurtrier s'éloigne de ton bord :!
Et toi, vent du désert, d’une haleine mielleuse, Conduis la troupe glorieuse ;
Du terroir marseillais pousse-la dans le port 2.
Saints Apotres, salut !...….. Salut, mère adorée ! O doux présent du ciel, salut, corps précieux !
! Le texte porte : ‘‘ Que les écueils meurtriers ”’—sans doute par distraction, ? Texte provençal :
Ao! vous vésé véni, despouillo benheureuso, Que nous adu Lazaré embarqua su leïflots ; Estello de Jacob, siguè-l’y luminouso, Et sus aquello mar houlouso, Vous aoutré Angé de Diou, siguès lei matelots.
Oh! voguo, voguo en pax, nacello merveillouso, Que leïs écueils meurtriers fugeous luen de toun bord ; Et tu vent du désert, d’uno haleino miellouso, Conduis la troupo glouriouso Doou terroir Marseillais poussa-la dins ton port. Etc.