‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 81 sur 112 · BÉNIS TA CITÉ · texte numérisé non relu

BÉNIS TA CITÉ

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Salut, trois fois salut, Aïeule vénérée ! Combie Vous serez pour notre contrée, tion à

Un rempart protecteur, un phare lumineux. | qu'elle 1

Et cet appel de la fin: quinziè cette ass Hroswit bon cep perdue 4 l'Orient tout cas

Fêtons donc aujourd’hui la mère bienheureuse

De la mère du Christ, le Sauveur tout-puissant.

Chantns, dans ce beau jour, chantons, troupe joyeuse, Chantons la Mère glorieuse,

Exaltons-la partout par un cri triomphant !

Préparons des concerts et des chants de victoire ;

A l’hozanna des cieux mêlons l'hymne d'amour ; C'e

Que les Anges de Dieu, sr leurs harpes d'ivoire, cents vd Nous aident à chanter la gloire traduise

De l’Aïeule du Christ qui triomphe en ce jour. | la mère

Les moments sont venus, antique cathédrale : ot a.

Ouvre ton sein sacré qui retient tes enfants ; question Sainte Anne, en marche triomphale, PAR

Va bénir ta cité, bénir ses habitants. Soures

Hroswit

d'épithè que pou monume antiquite

avec lui

IT POÈMES ANCIENS DIVERS, DONT QUELQUES PARTIES Un CONCERNENT SAINTE ANNE de Lez.

nouaille, Nous avons nommé tout à l'heure la célèbre religieuse de dans se Gandersheim, HROSWITHA, et avec elle, nous remontons au dixième peut-êtr siècle, en attendant que l’évêque André de Crète nous fasse toucher sa forme à la transition du septième au huitième, et saint Romanus au pus

cinquième. CS C'est une date déjà bien lointoine que ce dixième siècle, quand nitricis, elle se réfère comme ici à sainte Anne et à sin culte en Occident, lat., t, CX3

* 2ir

Combien de fois, en effet, nous avons lu ou entendu dire que la dévotion à notre sainte dans l'Eglise latine n'était pas bien ancienne, et qu’elle n’était devenue vraiment populaire et universelle que vers le quinzième ou même le seizième siècle. Nous discuterons plus tard cette assertion, Pour le moment, sans vouloir faire du poème de Hroswitha une preuve contradictoire à l'opinion commune, il nou, est bon cependant de penser qu'une religieuse du haut moyen âge. perdue dans un coin obscur de l'Allemagne, bien loin, bien loin de l'Orient, connaissait déjà notre Sainte, l’aimait peut-être un peu, et en tout cas, lui faisait une place d'honneur dans ses travaux de plume.

C'est sûrement trop peu dire quand on veut parler des trois cents vers qui commencent l'Æistoria......Dei Genitricis !, et qui traduisent, d’après le Protévangile de Jacques, toute la légende de la mère de la très sainte Viesge (7).

Nous n'avons point à faire l'analyse de cet ouvrage. Le fond est le même que partout ailleurs, et quant à la forme, c’est une question peut-être bien secondaire dans une œuvre de cette importance. Que par l'effet d’une comparaison avec des œuvres supérieures, et en particulier avec le Carmen d'Agricola, le style de Hroswitha semble un peu lourd en certains endroits ; que nombre d'épithètes, et de particules diverses, et de périphrases ne soient là que pour les besoins du vers, il reste toujours que le poème est un monument, un document aussi éloquent que vénérable par son antiquité. Encore une fois, et qu'on ne l’oublie pas, nous sommes avec lui en plein. dixième siècle, et en Occident.

Une autre relique du haut moyen âge, c'est l'épopée bretonne de Les-Breis (8), Ce poème, écrit dans l’ancien dialecte de Cornouaille, et traduit en ces derniers temps par M. de la Villemarqué, dans ses Chants populaires de la Bretagne?, est tout aussi ancien peut-être même plus ancien, au moins dans son inspiration et dans sa forme primitive, que celui de Hroswitha,

1 Titre complet: Æistoria nativitatis laudabilisque conversationis intactæ Dei Ge-

nitricis, quam scriptam reperi sub nomine sancti ÿacobi fratris Domini. Migne, Patrol. lat, t, CXXXVI, col, 1065 ss,

? 2in-120, Paris, 1846.

"TLez-Breiz est le surnom d’un des plus fameux héros du moyen âge. Le vrai nom, le vrai héros, c'est le rival de Louis le Débonnaïire, Morvan, vicomte de Léon, si célèbre dans l'histoire du neuvième siècle comme ayant été alors premier champion de l'indépendance bretonne, et nous allions ajouter: si célèbre pour sa grande dévotion à sainte Anne d'Armor.

Il reste aujourd’hui six fragments complets de cet ouvrage, Le premier nous présente Lez-Breiz quittant la maison de sa mère, à l’âge où l'amour des armes s'éveille fortuitement dans son âme, Le second raconte son retour ; les autres, ses combats et sa mort, ou la péripétie étrange qui termine sen histoire ; et, comme nous l’allons voir, sainte Anne est mêlée à tous ces événements.

Or, maintenant, à quelle époque remonte la composition de cette épopée ? Nous laissons parler M. de la Villemarqué dans la préface de son livre : “Il est inutile d’insister : la contemporanéité des auteurs ressort évidente de toutes les pièces héroïques ou historiques de ce recueil. On peut l'ouvrir au hasard : on verra chaque époque y revivre azec son caractère et les couleurs qui lui sont propres. Si le temps et la circulation ont rendu moins saillant le type de certaines médailles poétiques ; si les traits sont un peu plus vagues et les contoërs moins accentués qu'à l’époque où elles furent frappées, la rude main des siècles n’a pu effacer l'empreinte primitive, toujours distincte et saisissable !,”

A prendre ce texte à la lettre, le poème de Lez-Breiz remonterait donc au neuvième siècle. Ce qui est indiscutable, c'est qu'il est extrêmement ancien; qu'il a été, au moyen âge, l'épopée populaire de la Bretagne ; que tout un peuple l’a su par cœur, comme autrefois la Grèce, l'Z/iade d'Homère, et que les plus grands poètes du douzième et du treizième siècle, comme Chrétien de Troyes, en France, et Wolfran d'Eschenbach, en Allemagne, n'ont pas dédaigné de s'en approprier des passages,

On sait aussi que, de nos jours, Brizeux avait entrepris de faire passer dans le vers français le caractère, la naïveté, les charmants détails, l'allure si dramatique et si leste de l'original breton. Malheureusement, la mort ne lai a pas permis d'achever son œuvre,

L Chants populaires de la Bretagne, page XLIX.

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C'est à M. de la Villemarqué que nous avons recours pour la traduction qui va suivre!:

“ Lez-Breiz allait au combat, son jeune écuyer avec lui pour toute suite,

“ Passant près de l’église de Sainte-Anne d'Armor, il y entre.

“ O sainte Anne, dame bénie, je vins bien jeune vons rendre visite ;

“ Je n'avais pas vingt ans encore, et j'avais été à vingt combats,

“ Que nous avons gagnés tous par votre assistance, à dame bénie !

“ Si je retourne encore au pays, mère sainte Anne, je vous ferai un présent :

“ Je vous ferai présent d’un cordon de cire qui fera trois fois le tour de vos murs,

| Pour satisfaire à ‘a curiosité bien légitime du lecteur, nous citerons quelques strophes du texte même :

Monet eure Lez-Breiz d’ann emgann Nemed he floc’hig iaonank gant-han.

Santez Anna’r vor pa erruaz, Tre ’barz he iliz hen a ieaz.

Itron santez Anna benniget, Iaouankig e teuiz d’hokwelet ;

Ne oann ked ugent vloaz achuet, Hag e ugent stourmad e oann bet ;

Hag bo holl hon euz ho gonezet, Dre ho kennerz, itron benniget,.

Mar dann me c’hoaz war va c’hiz d’ar vro, Mamm santez Anna, me ho kopro,

Me a raio d’hoc’h eur gouriz koer

A rai teir gro endro d’ho moger.

Ha teir d'hoc’h iliz, teir d'ho pered ; Ha teir d’ho touar ; pa venn digouet ;

Hag eur banniel voulouz-satin-gwenn, Eunn troad olifant flour d’he dougen.

Ha seiz kloc’h arc’hant a roinn ouspenn A gano ge, noz-dez, war ho penn,

Ha teir gwech ez inn war va daoulin Da gerc’hat dour evit ho pinsin,

—Ke d’Ann emgann, ke, mare’heb Lez-Breiz, Mont a rann-me gen-ou dde ivez,

“ Et trois fois le tour de votre église, et trois fois le tour de votre cimetière,

“ Et trois fois le tour de votre terre, arrivé chez moi,

“ Et je vous donnerai une bannière de velours et de satin Elanc, avec un support d'ivoire poli ;

“ De plus, je vous donnerai sept cloches d'argent qui chanteront gaiement nuit et jour sur votre tête ;

“ Et j'irai trois fois à genoux, puiser de l’eau pour vatre bénitier.”

C'est bien assez pour que ‘“ mère sainte Anne” s’attendrisse, et aussi-bien, elle répond de suite :

‘“ Va au combat, va, chevalier Lez-Breiz ; j'y vais avec toi.”

Et alors chevalier Lez-Breiz peut se mesurer avec chevalier Lorgnez, et “si Lorgnez n'a pas connu le père, il va connaître le fils!” En effet, voilà d’un coup “ treize guerriers tués sous lui, et le chevalier Lorgnez tué tout le premier ! ”

Et que faire après cette victoire, sinon venir en remercier Celle qui l’avait gagnée ! Le loyal chevalier n’y manquera pas. Aussi bien, “Il n’eût pas été chrétien dans son cœur, celui qui n’eût pas pleuré

à Sainte-Anne,

“ En voyant l’église mouillée des larmes qui tombaient des yeux de

Lez-Breiz,

De Lez-Breiz pleurant à genoux, en remerciant la vraie patronne de la Bretagne :

“ Grâces vous soient rendues, ô mère sainte Anne; c’est vous qui avez gagné cette victoire !”

Après Lorgnez, c'est contre le More du Roi qu’il faut brandir la lance, et celui-là ‘“ combat avec les charmes du démon”. Mais peu importe au chevalier de sainte Anne:

“ Sa lance ne se rompit pas dans ses mains, avec l’aide de ses deux bras et de la Trinité !

“ Sa lance en ses mains ne branlait pas, quand ils chevauchaient l’un contre l’autre ;

# Quand ils chevauchaient dans la salle, front contre front, fer contre fer, leurs lances rapides-aveugles en arrêt.

“ Rapides-aveugles leurs coursiers hennissants s’entre-mordaient à faire jaillir le sang.

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“ Le roi Frank, assis sur son trône, regardait avec les nobles ;

“ Regardait et disait : “ Tiens, tiens bon, noir corbeau de mer! plume-moi bien ce merle !

“ Quand le géant l'assaillait furieux, comme la tempête le vaisseau,

“ Sa lance en ses mains ne branlait pas ; ce fut celle du More qui se brisa. ‘

“ La lance du More vola en éclats, et il fut démonté violemment.

“Et lorsqu'ils furent à pied tous deux, ils fondirent l’un sur l’autre avec rage,

“Et ils se donnèrent de tels coups d'épée, que les murs tremblaient d'épouvante,

“Et que leurs armes jetaient des étincelles comme le fer rouge sur l’'enclume :

“Tant que le Breton, trouvant le joint, enfonça son épée dans le cœur du géant.

“Le More du roi tomba, et sa tête rebondit sur le sol. “Lez-Breiz, voyant cela, lui mit le pied sur le ventre, “Et en retirant son épée, il coupa la tête du géant More.

“ Et quand il eut coupé la tête du More, il l’attacha au pommeau de sa selle.

“Il l’attacha au pommeau de sa selle par la barbe qui était toute grise et tressée.

“Mais voyant son épée ensanglantée, il la jeta bien loin de lui: “—Moi, porter une épée souillée dans le sang du More du roi —

“ Puis il monta sur son cheval rapide, et il sortit, son jeune écuyer à sa suite ;

“ Ei quand il arriva chez lui, il détacha la tête du More ; “Et il l'attacha à sa porte, afin que les Bretons la vissent.

“ Hideux spectacle! Avec sa peau noire et ses dents blanches, elle effrayait ceux qui passaient ;

“Ceux qui passaient et qui regardaient sa bouche ouverte qui bâillait. “Or, les guerriers disaient : Le seigneur Les-Breiz, voilà un homme !

“ Et le seigneur Lez-Breiz, alors, parla lui-même ainsi :

“—/J'ai assisté à vingt combats, et j'ai vaincu plus de mille hommes ;

“Et bien, je n'ai jamais eu autant de mal que m'en a donné le More,

‘“ Dame sainte Anne, ma chère mère, que vous faites de merveilles à mon occasion !

“ Je vous bâtirai une maison de prière, sur la hauteur, entre le Léguer et le Guindy.”

Pourtant la vie ne peut pas toujours être un triomphe, et pour un chevalier, il faut bien qu'elle offre aussi quelques alternatives de succès et de revers. Le malheur vint donc un jour pour Lez- Breiz. Comment ? Nous ne le savons pas bien, les fragments du poème ne le disant pas, mais, selon toute apparence, le jour où il osa croiser les armes contre le Roi lui-même. Quoi qu'il en soit, un soir, vers minuit, un ermite entend frapper à sa porte.—" Qui êtes-vous qui frappez ?” demande-t-il, et on lui répond :

“La Bretagne me connaissait bien : au jour de son angoisse, j'étais Lez-Breiz, son soutien.” Et l'ermite ne veut pas ouvrir au ‘“séditieux,” à “l'ennemi du Roi. —" Vieil ermite, reprend le visiteur nocturne, ouvrez-moi la porte, ou je la jette dans la maison.” Le vieil ermite ne sut pas raisonner contre un tel argument, et aussitôt, il ‘“’sauta à bas de son lit,”

Fig. 112, VICTOIRE |

“ Et il a!luma une petite torche de résine, et il alla ouvrir la porte. “ Or, quand la porte fut ouverte, il recula épouvanté, “ En voyant s'avancer un spectre tenant dans ses deux mains sa tête,

“Les yeux pleins de sang et de feu, tournoyants d’une manière horrible.

“ Silence, vieux chrétien, ne vous effrayez pas, c'est le Seigneur qui l’a permis :

“ Le Seigneur a permis aux Franks de me décapiter pour un temps,

“ Et maintenant il vous permet à vous-même de replacer ma tête, si vous le voulez,

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