‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 82 sur 112 · LS RE · texte numérisé non relu

LS RE

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“ Parce que j'ai été débonnaire et secourable à mes sujets.

—" Si le Seigneur me permet de replacer votre tête selon mon bon vouloir,

“ Parce que vous avez été débonnaire et secourable à vos sujets ;

“ Que votre tête soit replacée, mon fils, au nom de Dieu, Père, Fils et Esprit !—

“ Et par la vertu de l’eau bénite, le fantôme devint homme,

“Quand le fantôme fut devenu homine, l’ermite parla de la sorte :

—" Maintenant vous allez faire pénitence, rude pénitence avec moi ;

“Vous porterez pendant sept ans une robe de plomb cadenassée à votre Lou ;

“Et chaque jour, à l'heure du midi, vous irez, à jeun, chercher de l’eau à la fontaine au sommet de la montagne.

—" Qu'il soit fait selon votre sainte volonté ; comme vous le dites, je le dis.—

“ Quand les sept ans furent révolus, sa robe écorchait ses talons ;

“Et sa barbe, devenue grise, ainsi que sa chevelure, descendait jusqu'à sa ceinture ;

“A le voir, on eût dit d’un chêne mort depuis sept ans. “ Quiconque l'eût vu ne l’eût pas reconnu ;

“[l ne le fut que par une dame vêtue de blanc qui passait sous le bois vert.

“ Elle le regarda et se mit à pleurer: —-Lez-Breiz, mon cher fils, estce bien toi |

“Viens ici, mon pauvre enfant, viens ici que je te décharge bien vite de ton fardeau ;

“Que je coupe ta chaîne avec mes ciseaux d’or : je suis ta mère, sainte Anne d'Armor.” —

Y a-t-il rien de plus gracieux que ce tableau final? Et quant au poème tout entier, que lui manque-t-il pour prendre place parmi les plus renommés? Il la prendra peut-être quand la France, pour ne parler que d'elle, longtemps nourrie et enfin rassasiée d'Agamemnon, “pasteur des peuples,” et d'Achille “aux pieds légers ” et de l'innocent Télémaque (avec ou sans italiques) commencera à se ressouvenir qu’elle a eu pour sa par!, c’est-à-dire pour sa gloire, Charlemagne et saint Louis, Roland et le vicomte de Léon !

Entre-temps, pourrons-nous trouver encore, dans ce même lointain des âges, quelque chose qui ressemble à Les-Bries, et ratta. che de nouveau aux anciens jours le souvenir de sainte Anne ?

Avec regret, nous avouons ne rien posséder des écrivains latins

du moyen âge, pères de l'Egl autres, et à part le poème de Hroswitha dont nous parlion «cr à l'heure, l'immense Parrobogie

latine de l'abbé Migne, consultée pourtant volume par volume, ne nous a fourni aucun poème proprement dit qui soit consacré a sainte Anne, Les œuvres ont-elles péri ? notre Sainte a-t-elle été chantée réellement ?

Nous l'ignorons, mais franchissant deux ou trois siècles, nous voyons que, vers 1170, le prêtre WERNHER de TEGERNSEE raconte en trois chants la Vie de Marie, imitée du latin de saint Jérôme (10); que, à peu près dans le même temps, GODEFROY de VITERBE traduit en vers l'évangile de l'Enfance du Sauveur, en commençant par la légende de sainte Anne (#); que les trouvères Robert WACE et Guillaume HERMAN consacrent à la bienheureuse mère de Marie quelques pages de leurs œuvre:

“ Robert Wace, dit l'ab la Rue, dans ses Æssais istori. ques sur les trouvères anglo nds, composa plusieurs histoires

détachées sur la mort de la sainte Vierge, sur son enterrement par les douze apôtres et sur sa résurrection ; en y joignant tout ce qu'on peut savoir sur la naissance de la Vierge, sur son enfance, sur sa famille, sur l'annonciation qui lui est faite par l'ange, et sur son mariage avec saint Joseph, il fo: na un ouvrage de dix-huit cents vers qu'on peut regarder comme la vie de la Mère du fils de Dieu: on le trouve à la bibliothèque du roi, numéro 2738, et ms. 20, Notre-

Dame.”

Nous ne connaissons Guillaume Herman que par un autre passage du même abbé de la Rue relatif à ce poète. Mais, si, comme nous l'apprend l'abbé, en traitant l’histoire de la Vierge, He nan remonte jusqu à Adam, il est à croire que, avant d'arriver à la Vierge, il a raconté l’histoire de sainte Anne et de saint Joachim, comme l'avait fait déjà Hroswitha, comme l'ont fait depuis tous les poètes qui ont écrit cette même Histoire, et notamment l'auteur du RoMAN

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DE NOTRE-DAME, manuscrit en vers français, conservé à la Préfecture de Blois (11).

Avec ce dernier ouvrage, nous entrons dans le treizième siècle, une ère féconde en poètes, nous l'avons dit, et qui nous ménage sans doute quelques jouissances littéraires.

En effet, au seuil même de ce siècle, et déjà vieux d'au moins cinquante ans, quant à sa rédaction en prose, nous rencontrons, traduit en beaux vers par GAUTIER AUPEIS DE MONTBELLIARD, le Roman du Saint-Graal (A2), un des grands poèmes du cycle d'Arthur ou de la Table Ronde, Et merci, en passant, à M. Francisque Michel de la belle édition qu'il nous en a donnée d'après un manuscrit contemporain du poème lui-même, Il s'y trouve donc, dès le commencement, une page qui est pour nous très atrractive, et qu'il suffit d'avoir signalée de la sorte pour que le sujet en soit déjà tout indiqué. Rien ne vaut peut-être pour nos lecteurs comme pour nous ces vieilles reliques de l'ancienne poésie française, ce charme particulier des choses antiques et lointaines, et nous dirions cette préexistence séculaire de nous-mêmes, de notre pensée et de notre foi, dans la foi et la pensée de nos ancêtres. Peu importe assurément que cette poésie n'ait pas les formes brillantes de la poésie moderne, En restant simple comme la foi qui l’inspira, elle

est encore assez belle. Nous citons :

Marie est dite mer amere.

Fille Dieu est, si est sa mere, Et Ioachins l'engenra,

Anne sa mere la porta.

Mais il y a plus que ces quatre vers : il y a, sous une forme abrégée, à peu près toute la légende telle que le moyen âge l’a connue et si souvent interprétée dans la littérature et dans les arts, Saint Joachim et sainte Anne, continue le poète, étaient bien tristes, parce que

Onques enfant éeu n'avoient, me

ain mo

Mais leur chagrin,

Diex leur eut tost pourchacié Par son Angle, qu'il envoia À Joachyn, quant il ala

Ou desert a ses pastouriaus Et demoura avec aus,

Pour ce que courouciez estoit De s'offrande que li avoit

L'esvesque ou temple refusée... ds

Et que dit l'ange à oachyn ? en pl Va tost, si te mest en chemin, prêt Que Diex le t'a par moi mandé; gral . Et se m'a-t-il out commandé leur Enseurquetout que je te die Ta volonté iert sccomplie, Car tu une pucele aurras Et Marie l'apeleras, * * * La légende se refait encore danile Xoman de Saint-Fanuel mais cette fois avec des détails si n aveaux, «ous dirions si drôlement faouleux, au moins dans les débuts, qu'une citation même nous est impossible, à moins d2 la tronquer, Comme on peut cependant désirer connaître ici le genre et le style, voici un premier passage incomplet :

Si on volez que je vos die De Diex et de sainte Marie, Or faites pais, si m'escostés, | | Comment nostre Sires nasqui die Et qui sa mère engenui fergendra), Nebar Ainsi comme saincte Anne fust née On | Qui ainc ne fust d'omme engenrée..…… Qui f C'est à peine si la suite pourrait trouver place dans une note où (ms, € un appendice (18). La Minerve d'Homère, sortant tout armée du UE? cerveau de Jupiter n'est qu'une première édition non revue, non ) corrigée, non augmentée de ceci! Cependant, et quel que soit le NE

ut-Fannel

si drôleème nous ependant

r passage

e note où rmée du vue, Hon e soit le

merveilleux grotesque de cette naissance, telle qu'ici racontée, nous aimons à saluer avec le poète, quand une fois l'enfant est venue au monde :

Une mult gent damoisele C'onques nus hom ne vit plus bele, Ce fut saincte Anne dont je chant Que Damel Diex parama tant,

Plus loin vient le récit de l'épreuve, Mais tandis que la plupart des hagiographes, et nous venons de le voir, l'auteur du Saint-Graal en particulier, attribuent les humiliations de saint Joachim au grandprêtre ou à un scribe noinmé Ruben, ici ce n’est plus un scribe ni le grand-prêtre, mais les voisins des saints époux qui leur reprochent leur stérilité :

Cil Joachim qui pere fu

À la mere le roi Jeshu, L'Escripture oi tesmoigner

Que XHII anz fu o sa moiller (femme) Onques ne pot avoir enfant,

Muilt en avoir le cuer dolant,

Et sainte Anne en fu mult marrie ; En tristror ont usé lor vie

Car lor voisin erent felon,

Si disoient, par contenchon,

Qu'ils ne doivent el temple entrer Ne lor offrande presenter

Ne faire nule oblation,

Un poème de la même époque, publié par Barbazan dans sa collection de Fabliaux et contes des onzième-quinzième siècles (1} accorde à son tour un souvenir aux saints époux Joachim et Anne. On lit d'abord comme titre: CI COMMENCE DE SINTE LÉOCADE, Qui fu Dame de Tolete, et au saint arcevesque, par Gautier de Coïnsi (ms, de S, Germain, no, 1380). C'est l'histoire d'un archevêque

(!) Zabliaux et contes des poites français des XI, XII, XIII, XIV et XVe siècles, publiés par Barbazan, 4 in-80, Paris, 1808, t, I, p. 270-346.

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