PRESS TENTE
ssososses sosesvoes sde Toleste Qui mena vie bele et neste ; Hyldefonsus avait à non, Molt ert haus et de grant non, Moilt ert vaillans, molt ert gentilz, Molt ert à toz biens ententilz, Cet ‘ Hyldefonsus ” aimait d’un grand amour “ Nostre-Dame,” sossesoss sos. la sainte pucele Cui toz li mons sert et apele, Et, Après la Mere au Roi de gloire Molt ot en cuer et en memoire Madame sainte Léocade ; De la pucele doce et sade, De la pucele sainte et digne Fist mainte sequance et mainte hymne (v. 19-24)
Et donc, chaque année, le saint archevêque donnait des fêtes à ‘la Damoisele”’ (v. 29) ; lui faisait entendre souventefois mainte “istoire ”, lui disant sa “grant fiance ”. Or, une fois qu'il lui adressait sa prière plus fervente encore que de coutume, il la terminait ainsi :
Saint Joachim, et tu, sainte Anne, Priez vos fille qu'en cest anne Jamais enchaïr ne me laist,
En ort pechié, vilein ne laist.
C'est après le deux mille deux cent trentième vers que s'offraient ànous ce ‘saint Joachim” et cette “sainte Anne.” —C'est dire que nous avions longtemps cherché, longtemps désespéré, mais c'est dire aussi que, ayant enfin trouvé, nous nous estimions bien payé de notre peine, Encore une fois, nous avions la preuve que, il y a six siècles passés, sainte Anne se recrutait des fidèles, jusque parmi les poètes, ce qui amène sans doute une conclusion beaucoup plus générale pour le peuple lui-même,
Mais poursuivons notre étude, De même que quelques pages plus haut nous nous étonnions de rencontrer Erasme parmi les dévots de notre Sainte, nous ne serons peut-être pas moins surpris maintenant d'y rencontrer FROISSART. Aussi bien l’histoire littéraire a-t-elle pris plaisir jusqu'ici à ne faire mémoire que des vers plus ou moins
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ecclésiastiques du prêtre et chanoine de Chimay, de sorte que pour nous 'tous, depuis nos années de collège, Froissart n'est qu'un profane écrivain, ce qui ne veut pas dire seulement un écrivain profane, Il n’en est pas moins vrai pourtant qu'il a écrit des poésies religieuses, et qu'il a laissé en particulier, sous le titre de Servantois de Notre-Dame, des éloges de la Vierge que mainte académie du temps a couronnés, notamment Tournai et Valenciennes. Ces pièces sont restées inédites, et nous ne les connaissons que sur ouiï-dire, Mais le court extrait que nous en avons de seconde main est aussi pieux que le comportait le sujet même. Le poète célèbre la naissance de la Vierge, et il rappelle en ce point la tradition ordinaire sur la stérilité de sainte Anne:
Bien doit amans essaucier humlement
L'œuvre de Dieu, car nos foi ratefñie
Que sainte Anne ert brehagne (stérile) entirement Quant Joachins conçut en lui Marie,
Celle que Diex saintefye avoit
Ains que née, mon coer ensi le croist,
Bien que les vers suivants n'aient plus rapport à notre Sainte, ils valent qu'on les cite pour la piété qui s’y traduit :
Princes, servons la Viergne en loyauté Car en ses flans par le divin seré Fu concheus li douls frais de plaisance Par qui li sept sacrement estoré Furent, qui sont repos d'âme et substance !, * * *
Nous arrivons à un contemporain de Froissart que nous voudrions aussi connaître en original, parce qu'il ne manquerait pas de nous intéresser vivement, à un autre point de vue toutefois que celui du serieux et du sublime. Son nom est JEAN de VENETTE (1307-1369) et ce nom rappelle un poème de quarante mille vers {c'est de la Curne qui les a comptés) intitulé l'Æ/rstoire des Trois
! Arthur Dinaux, Zes rouvères brabançons, haynuyers etc., in-80, Bruxelles. 1863, p. 534 Le Servantois mentionné ici est le ms n° 7215 de la Bib, nationale, p. 202, M. Dinaux en indique d’autres sous le: numéros 2714 et 2715.
Maries (16). On le conserve à la bibliothèque nationale, à Paris, mais on n’en montre d'ordinaire qu'un abrégé en prose imprimé à Paris vers 15Cc$, et dont nous avous dû nous-même nous contenter,
Pour ce qui est d’abord du poème original, en voici le plan, d’après de Villiers: Le premier livre rapporte, avec les développe. ments qui se devinent, la légende des trois Maries et du #rinubium, Avant d'y arriver, l’auteur raconte toute l’histoire judaïque depuis Abraham jusqu’à la captivité de Babylone, le tout pour prouver que les trois Maries remontent par leur origine, d’abord jusqu’à David, ensuite jusqu’à Abraham. Les livres suivants nous tracent, dans des tableaux immenses, immenses comme le poème, la vie des trois Maries et celle de Notre-Seigneur dans les scènes diverses où les trois sœurs se sont rencontrées avec le Sauveur. De la Curne, que nous citions tout à l’heure, affirme que, sur les quarante mille vers, il en a trouvé à peine deux qui: fussent acceptables. Pour le fond, c'est ce qu’il y a jamais eu de plus extrême comme de plus prolixe dans cette fameuse discussion dont nous avons parlé déjà deux ou trois fois, relative au {rinubium.
L’abrégé porte en titre, dans l'édition dite de 1505: La Vie des trois Maries, de leur mere, de leurs enfans et de leurs marys : nouvellement reveue et corrigée. (A Paris, chez Simon Calvarin, rue St-Jacques.—Sans date ?.)
D'autres éditions lisent: La Vie des trois Maries, translatée de ryme en prose par Jehan Drouin, Bachelier es Loix et en decret (Rouen et Paris, sans date; Troyes, sans date; Lyon, 1513); et c'est en effet l’auteur de l’abrégé que nous avons eu entre les mains (17).
A défaut du poème original, ouvrons le volume qu’on daigne nous apporter, et lisons :
Folio 2 : “ Prologue de religieuse personne Jean Venette, de lordre de nostre dame des carmes, natif de Picardie vers Compiègne de une petite ville nommee Venette dont il portait lesurnom, lequel composa ce livre en rithme françoise.”
1 De Villiers, Bibliotheca Carmelitana, t. 11, p. 132
» Les bibliographes proposent 1505.
nisé, Ceres plante rejouy plaisa E un arr sienne proufi rebus, toutes fait ce ginal, Joach
, à Paris, mprimé à contenter, ci le plan, éveloppeyrinubium, ue depuis ouver que u'à David, cent, dans des trois rses où les urne, que mille vers, r le fond, lus prolixe à deux ou
La Vie des rys : nou- Ivarin, rue
anslatée de en decret 1513); et entre les
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Et merci à Jehan Drouin de n'avoir pas ‘“translaté de ryme en prose ” ce prologue, puisqu'il nous est ainsi permis d’en faire connaître un passage. Nous y apprendrons d’abord que le poète a entrepris de faire son livre ‘au temps qu'il estoit demeurant à Paris,” puis, nonobstant les quarante mille vers :
Qui veut trouver le droict chemin De son salut, il doit apprendre Le livre(,) et de cueur enclin Le savourer et bien entendre(.) Car doctrine y pourra comprendre Pour soi regir et gouverner(.) À son salut chacun doit tendre(:) Servir Dieu est vivre et regner(.) Icy verrez des trois Maries Les croniques tres amplement Avec leurs gestes et leurs vies Et de leur mort finalement(;) De leurs enfans pareillement Et des maris comme ay promis(.) Or le lisez(,) car de bien faire Nul n'est repris(.)
Certainement !
Vient après cela, le prologue du translateur, légèrement florianisé, comme va voir le lecteur : “ Environ le moys de may que Ceres a vestu sa verte robbe(,) et que Flora decore les arbres.) plantes(,) prés et arbrisseaux(,) et que les petits oyseaux du bois se
rejouyssent(,) ie me mis a cheminer par le long d’une lande très plaisante,”
Et le long de cette lande très plaisante, Jehan Drouin rencontre un ami qui le prie detraduire la Wie des trois Maries, “afin que une sienne fille Esglantine y peust comprendre quelque chose utille et proufitable à son âme: Quia anima est præferenda quibuscumque rébus, Par. ainsi donc considérant que lame est a preferer devant toutes choses et afin quelle y peust prendre pasture céleste(,) iay fait ceste translation selon la capacité de mon entendement.”
La “translation ” commence à Abraham, comme, dit-on, l’original, Plus outre, c'est la légende même de sainte Anne: “ Comment Joachim espousa sainte Anne” (fol, 16) ; comment Joachim fit son
offrande au temple (fol. 17); comment l’ange apparut à saint Joachim et à sainte Anne (fol. 18); comment Joachim et sainte Anne se rencontrèrent à la Porte Dorée (fol. 19), etc.” Et à la fin, nous trouvons :
“ Humblement donc ie rens grâces a Dieu de ce que iay mis fin a mon œuvre(:) cest a scavoir a colliger et dresser ce livre lan mil trois cens soixante deux le troisieme iour du moys de may dont ie remercie Dieu et les trois Maries a la louange desquelles iay faict cedict livre.”
L'original, paraît-il, est encore plus précis et porte :
Lan mil trois cent sept et cinquante En may que ly rossignol chante
Un pou de temps devant complie Fu ceste œuvre toute accomplie,
Deo gratias !
Ce serait le lieu maintenant, vu l’époque où nous sommes arri. vés, d'interroger les Âystères, et surtout cet immense drame de la Passion qui, en embrassant, comme il fait, toute l’histoire généologique du Christ, doit nécessairement nous présenter de nouveau sainte Anne. Mais il convient de réserver une place à part à ces vénérables monuments des anciennes lettres françaises, et nous la leur ferons en effet un peu plus loin.
M. Didron, dans ses Annales archéologiques (tome XXII, page 106), mentionne en passant un curieux palinod de la fin du moyen âge, concernant la Nativité de Marie, La Vierge y est louée comme étant “la robe inconsutile” qui enveloppa le Verbe fait chair, et c'est saint Joachim et sainte Anne qui dévident les écheveaux de soie blanche d’où doit sortir cette robe sans couture, Leur rôle respectif est assigné de la sorte :
Anne dressa la trayme sans couppeure Et Joachim par humble affection Fournist de soye et matiere si pure Quel neust jamais tache dinfection.
n’e ver:
dent 4
t Joachim De son côté, Clément MAROT
sinne. 48 célèbre Marie comme la couche
fin, nous immaculée du Roi des cieux. Dieu
ayant résolu de vaincre les enne-
ay mis fin mis qui retenaient captive et
re lan mil “soumise à grands tourments ” ay dont ie
la nature humaine, envoie devant lui “ses fourriers en Tludée pour lui dresser une tente,” ov lui-même prendra son repos, On voit sous un “pavillon ou baldaquin d’or, doublé de vert, trois femmes tendre de leurs mains une couche très pure, et à l’entrée, à distance, une armée qui veille sur ce élit d'élection, La description un peu minutieuse et puérile de cette scène n'est pas très claire, mais ce qui l’est suffisamment, ce sont les quatre vers de “ l’envoy ” :
es iay faict
Fig. 113. Clément Maror.
>pmmes arti rame de la énéologique veau sainte ces vénéraous la leur
Prince, je prens en mon sens puerille Le pavillon pour sainte Anne sterile, Le roy pour Dieu qui aux cieux repos a, Et Marie est, vray comme levangile,
La digne couche où le roy reposa ?.
XXIT, page 1 Marot, Œuvres complètes, $ in-8, Paris 1824, t. IT, p. 44. Voici le passage précésn R dent auquel nous faisions allusion :
n du moyen
2ème strophe :
buée comme
Au pavillon fut la riche paincture hit chair, et Monstrant par qui noz pechez sont remis : heveaux de C’estoit la nue, ayant en si :closture, sl Le jardin clos, à tous humai 5 promis,
Leur role La grand cité des haultz cieulx regardée, Le lys royal, l’olive collaudée, Avec la tour de David, immobile.
Parquoy l’ouvrier sur tous le plus habile En lieu si sant assit, et apposa (Mettant à fin le dict de la sibylle) La digne couche on le roy reposa.
Marot,—t, III, p. 42.
Nous avons déjà nommé ailleurs BERTAUD de PÉRIGUEUX à ï propos de ses 7ria aurea opuscula (1529), et il n’y a pas lieu d'y € revenir, si ce n’est pour ces vers qui terminent l'ouvrage, et le ré- l sument : \
Troys seurs de tres noble lignaige Par ce nom maries nommees t Chascun doibt a vous de couraige Recourir pour vos renommees Jesuchrist vous a tant aymees
Que de vous troys a voulu faire f Sa mere et tantes tant famees ; Qu'on ne pourroit vos sainctz noms taire.
Avec deux noms de plus nous à aurons terminé cet article. Le premier est célèbre, et il n'y a pas eu au seizième siècle de partisan du #/riuubium qui ne se soit appuyé de lui:
nous voulons parler du carme Spagnoli, de plus connu sous le surnom de Mantua- sa nus (né 1444 à Mantoue). Ses œuvres cè poétiques sont nombreuses, mais s'il da faut s’en rapporter au jugement de ne
Scaliger, qui ne paraît pas même excepter les Parthenice, le tout est Fig. 114. Les trois Maries, d'après d’un homme “ mou, langoureux, flasque; une Paix du Xve siècle, a yulgaire, qui n'entend rien à la compomusée de Cluny. Pt + x sition ni au nombre; non pas tout à fait sans talent, mais sans art!” (C'est assez pour que nous ne citions pas l'Awna puerperio, si fameux qu'il soit, et pour nous faire attendre quelque occasion de le rencontrer ailleurs, ce qui ne manquera pas, puisqu'on le retrouve partout, jusque sur les tapisseries (23).
L'autre nom est celui de Sangrinus (24), Sa Vita Virginis Deipare * contient la légende de sainte Anne. Nous nous arrête-
1 6: Mollis, languidus, flaxus, incompositus, sine numeris, plebeius, non sine ingenio, con sed sine arte.” (Cité par de Villiers, 2367, carm., t. I, p. 234.) :
2 Dans Novarinus, t. III des Opuscula.
IGUEUX à as lieu d'y ,€t le ré-
plus nous Le premier pas eu au du #rinuyé de lui:
e Spagnoli, de Mantua- Ses œuvres 5, mais S'il gement de pas même e tout est eux, flasque; à la compopas tout à que nous ne nous faire qui ne manles tapisse-
ta Virgins ous arrête-
bn sine ingenio,
rions avec profit à l'une ou l'autre de ses pages, à celle par exempie, où après avoir fait passer devant nos yeux les femmes illustres de l'Ancien Testament : Sara, Rachel, la mère de Samuel, la mère de Salomon, il donne la palme à la mère de la Vierge Marie.
Mais nous parlions tout à l'heure des Mystères, et de fait, il nous tarde d'interroger ces grandioses et curieuses compositions.
À une époque où le théâtre était comme une succursale de l'église, et où l’histoire, comme les dogmes du christianisme, étaient mis en scène, n’y aurait-il pas eu place pour notre Sainte jusque sur le théâtre ?
C'était à supposer, et nous ne regrettons pas d'avoir dirigé de ce coté nos recherches.