LE BOITEUX
Doulce et humaine, Noble dame, Dieu la vous rende !
Que veut-on de plus beau de plus touchant que cette scène ?
Ce n'est pas la seule pourtant, et il s'en trouve une autre, encore dans le manuscrit de Valenciennes, qui peint admirablement la douleur et la résignation de Joachim après l’anathème du grandprêtre :
sense. En tel desconfort,
En mon cueur je dois être fort
A porter ceste adversité,
Si j'endure perplexité,
C'est peut-estre pour mon offense,
Je songe, je rumine, je pense,
Tant de choses que veul-je dire ;
Est-il à moy de contredire
La volunté du Créateur ?
Nenny, je suis son serviteur :
Ce qui luy plaist, il me doit plaire.
Il lui a pleu de rien me faire :
Dois-je doncques en mon couraige
Estre troublé d'un mien outreige,
Et en prendre si grand soulcy
Puisqu'il lui plaist qu'il soit ainsi ?
Victor Hugo ne dira pas mieux dans son fameux vers :
Je conviens qu'il est bon, je conviens qu'il est juste Que mon cœur ait saigné, puisque Dieu l’a voulu! Cependant Anne, l'épouse désolée, arrive. Elle cherche son
mari, elle interroge l’une de ses servantes qui finit par lui dire ce qu'elle vient d'apprendre, à savoir: que Joachim, repoussé du temple par le grand-prêtre, s'est enfui dans les montagnes, La malheureuse épouse, accablée de douleur, laisse échapper ces mots entreco’.pés :
s’'accomplir,
Le vœu des époux est comble,
Lé
O gens meschans !
Que nous sommes à tous infestes (odieux) !
Or sont en tristesses nos festes, Nos bienfaicts et nos dons perdans !.........
O tristesse, Ô misère
Trop me serre, Trop me faict d'ennuict et de paine.
Confort n’ay de mère...
Trop amère M'est ceste nouvelle soubdaine......…….
nn nero conne conte sn ee sonons vus
Dieu qui tiens tout en ton domaine,
Tost ramaine Joachin pour moy désolé, Faict tant que par ta grâce humaine
Tu l’amaine En lieu où il soit consolé,
Que d'intérêt et de charme dans ces derniers vers surtout !
Les saints époux, encore éloignés l’un de l’autre, ont en même temps une même vision qui leur annonce que leurs vœux vont Après la rencontre à la Porte dorée, et le gracieux dialogue que l’auteur prête aux deux époux, le grand-prêtre, informé par eux des miséricordes divines à leur égard, s’humilie de son erreur : ;
J'ai failly. Las! Compassion
Ayez sur moy de ma rigueur.
Ce que je voy me faict le cueur
Perchiet (percé) de doeul, quoy qu’en joye.
O Dieu, tu monstre ta doulceur,
Ou tu voeulx plus que ne pensoye..…….
la voyant si gente, lui adresse ces paroles :
Marie est née, et saint: Anne,
sai
inc
d'a pré
Tu es tant belle!
Jamais de telle
Ne fut au monde, De Dieu l’ancelle Très pure et monde.
Tu es feconde, Nulle seconde
Et n'auras, doulce colombelle, Car la grâce de Dieu redonde, Et jusqu'aux cieux supérabonde !
Anges chantent de la nouvelle,
11 y a de la poésie jusque dans ce désoru:e maternel et saint,
Lorsque Marie est arrivée à l'âge de trois ans, ses parents lui apprennent qu'ils l'ont vouée à Dieu, et lui demandent si elle veut venir au temple pour s’y consacrer au Seigneur et y apprendre les
saintes lettres; ‘“ Père, répond l'enfant en faisant une délicieuse incorrection, j'ai bon vouloir d'apprendre, et
Si une fois suis en ce lieu,
Jamais 7e ne fus si heureuse.” tout !
On s'achemine donc vers le temple au milieu de parents ei
js d'amis. On dirait qu’il y a ici dans le dialogue comme des éclairs
Re vons précurseurs du grand théâtre moderne : gracieux e, informé ARBAPANTER.
lie de son Honneur, santé et vie Vous dou. Dieu, parent Joachin.
JOACHIN,
Très bien soyez venu, cousin, ARBAPANTER, Salut vous fais et révérence, Car je sais par expérience DE Qu'estes notre amy et affin.
nt: Anne,
JOACHIN
Très bien venu soyez, cousin,
Présentation de la Vierge,