SÉQUENCES OU PROSES
Nous avons réservé pour la fin de cette petite étude sur l'hymnographie de sainte Anne, quelques poésies d'un genre particulier, et aussi beaucoup plus rares que les hymnes : nous voulons dire les Séquences ou les Proses, On nous pardonne de faire un peu comme les collectionneurs, et de mettre ainsi à part, marquées d'une plus grosse étiquette, nos raretés de bibliophile, C'est avec raison, du reste, si d’abord la peine que nous avons eue à les trouver leur constitue déjà pour nous un mérite, et si d'autre part, pour au moins quelques-uns de nos lecteurs, ces monuments d’un autre âge ont, comme nous aimons à le croire, un attrait spécial,
De nos séquences dont, la première en date que nous connaissions, commence ainsi (183%) :
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prose d'un ler de cera (153), et doute plus Vo 1413, fol.
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Gaude, Mater Anna, gaude, Mater omni digna laude, Mater tantæ filiæ,
M. l'abbé Chevalier en mentionne un manuscrit qu'il rapporte au quatorzième siècle, On la retrouve dans le bréviaire de Wurtzbourg, imprimé vers 1490, et Polius, à son tour, l'insère dans son Exegeticon, d'où nous-même nous l'avons tirée, Ce qui fait le charme des séquences, c'est, avec le rythme qui leur est particulier, non seulement la rime simple comme ailleurs, mais la rime redoublée, la rime alternée, se répondant d’une fin de strophe à une autre fin de strophe ; c'est cette cadence harmonieuse de la phrase poétique, où chaque syllabe doit se prêter aux exigences d’une même musique toujours renouvelée ; c’est cette mélodie de la langue latine, si musicale elle-même, par le mélange de ses longues et de ses brèves, et que l'on dirait si bien faite de Dieu pour être la langue de l'Église de Dieu, Et c'est pourquoi, faire passer une de ces séquences dans la prose française, c’est lui ôter tout son cachet, malgré la bonne volonté du traducteur. Encore une fois, parce que c’est vrai encore ici: Zraduttore traditore.
Pourtant, au-dessus du rythme, et de la rime, et de la cadence, il y a la pensée, et la pensée est de toutes les langues comme de toutes les proses, Ainsi que nous l'avons fait, une fois déjà, pour la séquence de l'Officiale manuscrit, donnons donc au moins la pensée du Gaude mater Anna, et ensuite, de quelques strophes prises ailleurs :
“ Rejouissez-vous, sainte mère Anne, réjouissez-vous, mère digne de toute louange, mère d’une fille si auguste,
“ En toute justice, vous êtes appelée Anne, vous qui avez fait naître la Gracieuse, la mère de toute grâce :
“ La tige qui devait germer une fleur, la Vierge devenue mère à son tour par le don du Saint-Esprit.
“ Anne, vous êtes la racine bénie, la tige germant une fleur est la Vierge Mère, et la fleur incomparable est le Christ,
“ Elle est digne d'honneur, la racine dont la tige a produit cette fleur, présent du ciel.
“ Anne, par la clémence divine, a fait lever sur le monde l'étoile du matin, l'étoile et la reine des mers :
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“ Et avec elle maintenant, Anne jouit de la félicité, parce qu'elle contemple comme elle Dieu face à face.
“ Salut, Ô mère de la Mère du Christ, qui êtes montée heureuse au séjour du bonheur.
“ Préparez-nous une voie assurée, afin que nous soyons placés un jour à la droite du Seigneur des vertus.” La séquence Vardus spirat in odorem (186) finit par deux
jolies strophes, où le poète fait gracieusement passer par la sainte
Vierge les prières que sainte Anne veut adresser à Notre-Seigneur :
Non avertet aurem Nata Sed et matris ad precata Jesu dona profert grata Ut de nobis cogitet.
Ergo Anna nunc accede Roga natam, nec recede Donec Nepos nos a sede Sua sancta visitet !,
On voit ici en même temps un exemple de ces rimes redoublées et alternées dont nous parlions tout à l'heure.
La séquence Mater Matris Domini (487) du missel de Noyon (1506) n’a pas la régularité des deux précédentes, du moins s’il faut en juger par l'édition que nous avons eue sous les yeux. Ses strophes s'en vont d’abord à cinq vers, ensuite à neuf, ensuite à quatre, ensuite à trois, puis à six, puis encore à quatre, et enfin la dernière, de nouveau à six. Nous avions cru d’abord à une négligence du typographe ; mais nous nous sommes convaincu que, à moins d'y faire des coupures que rien ne justifierait, il est impossible de la construire autrement, Au reste, ce détail de prosodie importe peu, et si nous nous y sommes arrêté, c'était uniquement pour nous demander comment la musique a pu s'accommoder à ces strophes disparates, o. ces strophes à la musique. Il importe davantage
1 & Ja Fille ne fermera pas l'oreille —Aux prières de sa mère, —Mais elle les offrira elle-même à Jésus, —Pour qu’il se souvienne de nous,
+ Approche donc, ô Anne,—Implore ta Fille, —Et ne t'en va jusqu’à ce que ton Petit-Fils, du haut de son trône, —Fasse descendre sa grâce.”
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d'admirer l’aimable simplicité de cette séquence. Ecrite en France, croyons-nous, elle est presque française par la langue, et l’on pourrait en dire, toute proportion gardée, ce que Ozanam disait du S’abat Mater : “ On en comprend la moitié par les mots, l’autre moitié par le cœur.”
La même simplicité de bon goût s'observe dans l’'Ave, Wariæ mater serena (RS) du missel de Minden, cité par Daniel (.. I, p. 240). Les premières strophes sont une reproduction de l’Ave Maria, transformé ici en Ave Anna :
Ave Mariæ mater serena Anna beata Gratia plena, Benedicta tu in mulieribus Quia peperisti pacem hominibus Et Angelis gloriam.
Et benedictus fructus ventris tui, Maria Virgo mater alma Dei Electa per gratiam.
Et pour traduire toujours :
Salut, mère souriante de Marie —Anne .bienheureuse,— Et pleine de grâce ; —Tu es bénie entre les femmes, —Parce que tu as donné aux hommes la paix, — Aux anges la gloire ; —Et béni le fruit d: tes entrailles, —Marie, la douce Mère de Dieu, —Choisie par grâce.”
Enfin, si nous négligeons quelques extraits que nous ont fournis Mone et le P. Cahier, les uns empruntés à un missel de Strasbourg, les autres à un missel suédois des premiers temps de l'imprimerie, nous arrivons à la très courte mais très jolie séquence du missel romain de 1532 (Lyon): Cæœl regem attollamus (KA). Oui, dironsnous nous-même en terminant par un cantique de l'Eglise ces quelques pages sur l’hymnographie de notre chère Sainte,—" Oui, célébrons le Roi du ciel, et faisons retentir nos chants de louanges au pied de Celui qui, par sainte Anne, a fait luire sur le monde l'étoile du salut, la Vierge Mère de Dieu.”
‘ Salut à toi, glorieuse sainte Anne, noble épouse de Joachim, mère de la Mère de toute grâce !
“ Réjouis-toi de ton bonheur, et entends nos perpétuelles louanges, Ô mère d’une fille si grande !
“ Anne est bien ton nom, toi la grâce, qui enfantas la Gracieuse et la Mère de la divine grâce ! ”