‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 97 sur 112 · partie de notre chère ompte par t et nous la · texte numérisé non relu

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Est-ce tout l'hommage du célèbre personnage à sainte Anne ?> n'est-ce qu’un extrait d’un poème plus étendu ? Quoi qu'il en soit, ces quelques distiques en valent des centaines, et des centaines ne diraient pas davantage :

“ À toi mes premiers vers, dit le poète, à toi dont il est chanté que, en nous donnant la Vierge ta fille, tu as jeté en notre terre les premières divines semences du salut.

“Tu as tracé le sillon; Marie, comme une tige féconde, nous a donné le fruit, et celui qui est le principe de toutes choses a voulu trouver en elle son principe.

“ Et dès ces premiers mots, je pourrais déjà mettre fin à ce cantique,

si mon pieux amour ne m'emportait comme dans un immense tourbillon.

“O Sainte, dis-moi quelle sera ma place dans le royaume du Dieu très riche, du Seigneur dont la libéralité est infinie comme tout ce qui est lui-même,”

Il y a bien aussi quelque poésie dans ce salut qu'adresse aux saints noms de Jésus, d'Anne et de Marie, le vieux poète inconnu cité par Polius: “Noms sacrés, chers à tous les chrétiens, doux comme une rosée d’ambroisie, comme le nectar, comme le parfum des fleurs, comme le miel” (150) :

Hæc nobis rorant pigmenta salutis opima Ambrosiamque sacram, nectar, aroma, favum,

C'est aussi une pieuse pensée de terminer par un Carmen à sainte Anne (1654), comme fait Raymond Sébunde!, un livre qui s'intitule Viola anime (Milan, 1517); et si, après ce doux petit poème, il faut passer rapidement sur le long Æligidion Guolfi Cyclopii Cycnei (151), très cyclopéen de fait, et aussi peu traduisible que le nom de l'auteur même (Wittemberg, 1511); sur l'extrait rapporté par Wimpina à l'appui de sa thèse des trois Maries, et pris d’un vieux manuscrit de la bibliothèque de Brandebourg ; sur la dédicace qui

l Si de faire parler de soi par un ‘grand homme” peut rendre un homme célèbre, ce Raymond Sébunde devrait l’être, puisque Montaigne, le fameux Montaigne, un libre

diseur, encore à la mode, a beaucoup parlé de lui. (Voir, si l’on veut, les Æssais.... quelque part.

précède la ZLegenda publiée en 1497 chez Melchior Lotter de Leipzig (148), on s'arrête au contraire avec plaisir à l’ode gracieuse de Jacques Montanus de Spire (1513), en attendant l'Æymnus Sera- Lhicus d'Antonio de Saint-Elie (1739).

Jacques de Spire fait défiler sous nos yeux toutes les femmes de l’ancienne Loi: Rébecca, Lia et Rachel, épouses de Jacob, Ruth la Moabite, la mère de Samson, la mère de Samuel, toutes les prophétesses ; et Rébecca, si ‘‘ resplendissante de beauté” (#ifens mira specie), si “grande par sa sainteté” (valens veri pietate cultus), s'efface pourtant devant sainte Anne, et se réjouit de lui laisser le premier rang ; et Lia et Rachel contemplent sans jalousie Celle dont le trône est plus élevé que le leur (Sede prelatam sibi celsiore) ; et Ruth, et la mère de Samson, et la mère de Samuel, et la chaste Abigaïl, placées sous les pieds de sainte Anne, lui rendent un continuel hommage :

Sub tuis pulchre pedibus locatæ Semper honorant ;

et “toutes les prophétesses de l’ancienne Alliance, et toutes les saintes de l'ère nouvelle pâlissent devant elle, comme toutes les étoiles ensemble devant le rayonnement du soleil” (154).

“ Antoine de Saint-Elie est peut-être plus grandiose encore (155) :

O dies grandis, nimiumque felix Anna, quà mater Genitricis almæ Anna fulgens redimita luce Munera spargit.

“ © jour fortuné pour la trop heureuse Anne, où, mère de la Mère de Dieu et resplendissante de lumière, elle répand sur le monde les divins bienfaits.”

Et il continue avec la même solennité de bon aloi :

“ Chantons le Roi suprême; célébrons avec un grand amour au cœur la fête de l’auguste femme sainte Anne.

“ Qu'aux éclats de la trompette et aux sons de la cithare, se mêlent nos cantiques, :t que notre hymne d’allégresse retentisse jusqu'aux cieux !

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Que, là-haut, tous les chœurs des anges se réjouissent avec nous, et joignent leurs louanges aux mille louanges de tout un peuple !

“Avant que les fontaines eussent versé sur la terre leurs eaux fécondes ; avant que le soleil eût doré nos campagnes de sa rayonnante lumière ; avant que ce vaste univers fût créé ;

“ De toute éternité, le Dieu un, le Dieu bon, avait choisi et résolu par avance de la combler de ses dons celle qui devait être la mère de la très sainte Vierge Marie ;

“Et, comme l'étoile du matin nous annonce le lever prochain du soleil, ainsi la naissance d'Anne annonça au monde la naissance du Christ Rédempteur.”

Et l'hymne se poursuit dans des strophes nombreuses encore, toutes également belles, celle-ci peut-être plus que les autres :

Sicque lætantes adeamus omnes

Obviam tantæ celeres Patronæ

Atque dicamus Domino canentes :

Vivat in ævum.

“ Ainsi pleins d’allégresse, venons tous, et bien vite, au devant de notre Potronne, et disons, en benissant le Seigneur :

Vive sainte Anne à jamais!

Il y a ici comme un écho antidaté des cantiques que nous entendions naguère encore à Sainte-Anne de Beaupré, quand des milliers de pèlerins chantaint d’une seule voix le refrain si populaire :

Vive sainte Anne!

Elle est notre patronne, etc.

C'est le Vivat in ævum du carme de Turin.

2, Poésie française.

On se rappelle peut-être ce que nous avons dit dans le préambule de cette étude à propos de la poésie française ; on n'a peut-être pas oublié non plus les emprunts assez nombreux que nous avons déjà faits à d'anciens poèmes comme ceux de Zes-Breis, du Saint- Graal, de Saint-Fanuel, de l'Histoire de sainte Léocade, ensuite aux poètes Froissart, Jean de Venette, Jehan Michel, Marot, Bertaud de Périgueux ; et l'on s'étonnera moins que, sous ce titre de Poésie

française, si plein par lui-même de promesses, nous offrions en réalité très peu de chose, le peu qui va suivre.

Du seizième siècle avec Marot, nous passons au dix-neuvième avec Brizeux, faute de documents poétiques intermédiaires qui puissent nous occuper ici. —Les cantiques anciens que nous possédons auront leur place ailleurs.—Nous n'avons trouvé dans les œuvres de Brizeux aucun poème proprement dédié à sainte Anne ; mais au chant sixième des Bretons, Loïc, racontant à Anna son retour en Cornouaille, lui dit ces touchantes paroles :

Triste et seul, jeune fille, ainsi longtemps j'errai, Cependant, arrivé dans Sainte-Anne d’'Auray, Anne, j'ai voulu voir notre digne patronne Que d’un respect si grand la Bretagne environne. C'est notre Mère à tous : mort ou vivant, dit-on, A Sainte-Anne une fois doit aller tout Breton. Beaucoup de gens priaient: or, mon âme affligée A prier avec eux se sentant soulagée, J'ai repris mon chemin ; et le nouvel espoir Qui me rendait léger, chacun l'aurait pu voir. Car ils sont faits ainsi ceux que le cœur entraîne : Ils montrent leur plaisir comme ils montrent leur peine 1. On lit ailleurs, dans la Sagesse de Bretagne : Da zantez Anna neb ia Anna n’ankoua ;

A Sainte Anne, celui qui prie, Sainte Anne jamais ne l’oublie ?,

Nous réservons pour l’article des cantiques notés et des chansons populaires le CXant des Arsonnais à sainte Anne, ainsi que d’autres pièces du même genre, mais puisque nous sommes entrés avec Brizeux dans la catholique Bretagne si franchement dévote à sainte Anne, nous ne pouvons sitôt en sortir. Il faut auparavant écouter

ce passage de la tragédie de M, l’abbé Nicol, intitulée Le Druide du Bocenno * :

l Brizeux, Œuvres complètes, 2 in-12, Paris, 1866, t, 1, p. 143. ? Id., #6id,, t. 1, p. 177.

% Chez Galles, Vannes, 1874, in-8.

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