‹ Les trois légendes de madame Saincte Anne [microform]Chapitre 98 sur 112 · NN · texte numérisé non relu

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Fig. 123.

Sainte-Anne d’Auray (abside).

Gloire au Seigneur! il règne et méprise l'impie..……. Le temps passe... Bientôt le grand siècle viendra. Un souffle éveillera la semence endormie :

Aux champs du Bocenno sainte Anne apparaîtra.

Ecoutez ces clameurs qui montent dans l’espace,

Ce bruit sourd que le vent porte au seuil du saint lieu : Est-ce une mer qui gronde ? est-ce un peuple qui passe ? C'est un monde ébranlé par la grâce de Dieu !

Ils se pressent en foule. Elargissez l'enceinte, Rendez le temple auguste aussi grand que vos cœurs! Bâtissez un palais digne de votre Sainte :

Son amour maternel sourit à vos labeurs.

Une pièce en dialecte de Vannes, intitulée les CAouans, et recueillie par M. de la Villemarqué, nous fait lire à son tour, à propos de Julien Kadoudal êt de ses braves :

“ Quand ils en vinrent aux prises, il (Julien) frappait comme un homme : chacun d'eux avait un bon fusil; lui, il n’avait que son bâton et son chapelet de sainte Anne, et quiconque l’approchait était abattu à ses pieds.

* Et tant percé était son chapeau, et percée sa veste, et une partie de sa chevelure avait été coupée d’un coup de sabre, et le sang coulait de son flanc ouvert, et il ne cessait de frapper, et il chantait quand même !.”

Certaines citations reposent des citations mêmes, et ce sera l'office de la délicieuse petite pièce qui suit : Quand un Breton endimanché S'en vient prier dame sainte Anne, A ses pieds bien agenouillé, Il lui dit de toute son âme:

1 De la Villemarqué, Chants populaires de la Bretagne (éd. 1840, 2 in-80, Paris), t. al, p. 165.

Ce qu’il chantait :

Ken a zeuint da grogein, hen darché el ur gwac’h ; Get hé bop a vusul vad, get hen hé benn-bac’h, Hé benn-bac’h, nag hé deuz a Zantez-Anna, Ha kémed é dosteié, a oa pilet gat ha.

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Bonjour, noble dame sainte Anne, Comment va la bénignité ?

Avez-vous encore pour notre âme Quelques petits brins de bonté ?

Ah! de bien grand cœur, je vous confie Nos pommiers, nos enfants, nos aïeux, Nos défunts, nos espoirs, notre vie,

Pour avoir paix sur la terre et aux cieux.

Quand il a dit ses complimetits, Ses vœux, sa prière, il s'arrête, Très fier de tous ses arguments ; A quitter ces lieux il s'apprête,

Pour dernier adieu plein de cœur, Et pour clore ses politesses,

Il reprend en grande ferveur

Et l’âme remplie d’allégresse :

Veuillez bien m'excuser, Madame ; A votre enfant je veux aussi

Offrir des vœux brülants de flamme Et vous les exprimer ici,

Ma femme serait bien contrite

Si je rentrais sans l'avoir fait ; Adieu, Madame, et, s’il vous plaît, Bien le bonjour à /a petite1,

Et après ce tableau de la piété intime et privée, le tableau de:

la piété qui éclate au grand jour. Nous allons reproduire encore

intégralement, malgré l'ombre de la fin, la belle pièce de M. i Rousse, intitulée le Pardon de la Palud :

Sur les dunes, parmi des tentes innombrables, Autour d’une chapelle, au brûlant soleil d'août, Tout un peuple, qui prie en silence, est debout ; On n'entend que la mer se brisant sur les sables,

1 D'après la Divine Hostie, 1890.

Douze tambours soudain battent un roulement ; Du clocher de granit s'éiance une volée ; Et voilà qu'à travers la foule amoncelée, Des bannières, des croix s'avancent lentement.

Salut, vieux étendards! Salut, dômes gothiques ! Saints bretons, bénissez votre peuple à genoux! Avec ses long cheveux et ses habits antiques,

Si riches au soleil, le reconnaissez-vous ?

C'est lui, toujours fidèle à sa vieille croyance,

Et dans ses maux tournant son regard vers les cieux ; C'est lui, toujours fidèle à la voix des aïeux,

Et fermant son oreille aux bruits venus de France, Qui ne vous admirait, vierges au doux maintien, Filles de Plonevez, dans vos robes dorées,

Portant votre patronne avec un air chrétien, Graves comme sainte Anne et comme elle parées ?

Quand, parmi le clergé, brilla la châsse d’or,

Les aveugles tendaient leurs mains vers les reliques : Ils poussaient des sanglots, et les paralytiques, Prosternés, imploraient le merveilleux trésor.

Douze vieux paysans, jadis soldats de France, Ebranlaient la vallée aux éclats des tambours. Les pèlerins suivaient, en multitude immense : Et, ce jour-là, je vis la foi des anciens jours! A l'ombre des ormeaux, auprès de la chapelle, Quelques hommes venus des lointaines cités, Des Français, avec soin du soleil abrités, Regardaient en riant cette fête si belle.

Ils repoussaient du pied, tout remplis de dégoûts, Les infirmes traînant devant eux leurs ulcères ; Ils juraient pour répondre au langage si doux Des enfants demi-nus quêtant avec leurs mères,

Sceptiques au cœur froid, ce peuple vous connaît ! Raiïllez sa foi sublime, il vous laissera dire,

De sa vertu naïve, allez, vous pouvez rire :

Si vous riez toujours, sa foi toujours renaît. !

1 Revue de Bretagne et de Vendée, t. XXVI, VIe de la 3e série, p. 381.

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Faut-il demander pardon aux lecteurs pour tant de citations ? Ne faudrait-il pas plutôt le demander aux auteurs mêmes, quand nous passons négligemment sur des pièces d'un vrai mérlte? La Vision de sainte Anne (KG), par exemple, est de celles-là, et ne peut, malgré l’'anonyme qui l'enveloppe, s'en aller inaperçue.—Marie est assise près de sa mère, au seuil de sa maison ;

D'un fin tissu de lin brodant les plis soyeux, Son âme est en haut : elle pense...

dorer... Comme il est doux d'aimer, De louer le Seigneur et d'être sa servante,

Et d'amour elle pleure ; deseus........@t la mère craintive,

Comprit que l'Eternel sur Elle avait les yeux ; Et elle prophétise en soupirant :

— Je te rends au Seigneur, Car je lis l'avenir, c'est toi qu'il a choisie! Chaste Vierge, bientot mère de mon Sauveur, Je vois ton fils vainqueur aux morts porter la vie !

Et l'Enfant s'abimant dans le mystère immense, Levant son regard pur, vit les cieux s'entrouvrir : Et les anges, émus devant son innocence, Chantaient : ‘“ Alleluia !... Le Paradis commence : “ Les temps sont accomplis, Jésus-Christ va venir !

Ravissant tableau, celui-là, plein de ciel comme cet autre que le P, Vaudon nous dessinait ailleurs quand, pour saluer la Vierge qui venait de naître,

Les oiseaux dans les bois, les anges dans les airs, Donnaient à l'unisson mille divers concerts !,

Touchant hommage aussi, celui que M. Tresvaux de Fraval rend aux soldats de France et à sainte Anne, à la fois (167) :

1 Voir plus haut p.138, et appendice no 166.

Humbles, mais vrais héros! le soir de la bataille, Sur leur cœur on trouvait

Crucifix, scapulaire, et la vieille médaille De Sainte-Anne d'Auray !

De la sainte Anne de Bretagne ,un “ cantique ” provençal (165) qu'une querelle littéraire a rendu célèbre depuis 1862, nous transporte à sainte Anne de Provence,

L'auteur de ce cantique—cantique sans musique, et c'est pourquoi, nous le plaçons ici—était une pauvre jeune fille non autre. ment connue de nous que par son nom ou son pseudonyme d'Arais, mais qui avait eu l'honneur d’être couronnée aux Jeux floraux d'Apt, le 14 septembre de cette même année 1862. Seulement, nul ne conquiert, surtout dès les débuts, toutes les admirations, et il faut voir voir avec quel acharnement, un M. Alfred Artaud, en particulier, entreprit de démolir cette jeune célébrité,

Nous possédons de lui trois plaquettes relatives à cette affaire, et si nous avions pu nous procurer tout ce qu’il fit paraître en l'occasion, l'ensemble formerait tout un gros volume, Tempête fort grosse aussi, on le voit, soulevée par un petit succès, —disons plutôt par l’uni. verselle et sempiternelle petite misère, grande misère, qui s'appelle la jalousie !

Ah! si c'était le lieu, et si nous n'avions pas l'air d'avoir fixé ce moment pour nous eballer et nous faire applaudir !—Mais quand même. Nous pensons en tristesse à cette pauvrette qui a eu le tort d’avoir du talent ; de s’enfermer, de baisser ses rideaux et de travailler, quand il faisait beau dehors,—i: ait toujours beau sous le ciel de Provence ; —qui a peiné des jours, pendant que toutes les autres et tous les autres se reposaient béatement ; qui, surtout, qui, pour dernier comble, s’est avisé de réussir, tandis que la loi, au moins pour M. Artaud, c'est de manquer son coup!

Donc, puisque à lui nous sommes sitôt revenu, ce M. Artaud fait de l'esprit, beaucoup d'esprit aux dépeus de la pichoto Anaïs, comme il l'appelle. Mais le temps a passé là-dessus, et le temps est bon justicier de ces sortes de choses, et l’heure sonne tôt ou tard où, fut-on coupable d'avoir, comme ici, conquis le titre de #éfibresse,

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la Justice vient couronner le vrai mérite, Et qui sait si elle ne se servira pas de l'adversaire même pour tresser la couronne!

En tout cas, elle l'a fait, cette fois-ci. C'est M. Artaud, le premier, qui a traduit en français ce cantique provençal, et quoique sa traduction soit très peu agrémentée, très soulignée, très faite pour provoquer le sourire, le sourire de pitié, telle qu'elle est, nous la lui prenons, et lui disons grand nerci, en le plaignant de n'avoir pas vu les beautés de ce petit poème que la c4atouno, la “petite fille,” — comme il dit encore,-—avait fait avec sa foi et avec son cœur!

Sainte Anne d’Apt, bonne sainte Anne!—Ah! tu en passas plus d'un beau jour, — Quand, pour le fruit de ton amour,—Tu filais le lin et la laine, —Et que sur tes genoux, plan-plan,—Tu le berçais en le trouvant si beau,—Comme dans nos plaines, —La brise berce un lis blanc,

Refrain.

O belle sainte si douce, —Sainte Anne, amène-nous au port! —Sois pour nous compatissante, —AÀ présent et à l'heure de la mort!

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O bénie entre les mères!—Dans ton enfant qui souriait,—Ta foi joyeuse voyait—La Mère future du Sauveur.--Le ciel était dans ta maison,—Et les anges venaient de là-haut—Epier de tout côté—Ta fille dont Dieu était tout réjoui,

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Mais du désert, entre les ondes,—Je vois une étoile qui paraît : —A Bethléem elle amène trois rois —Au pied de ta fillette blonde, — De l’enfant-Dieu, de cet enfant—Qui aux pécheurs donna son sang,— Source qui coule encore, —C'est toi quies la grand'mère,

Aussi bien, sainte Anne, à bonne sainte !— Etoile d'or du Paradis, — Là-haut ton âme s'épanouit ;—Un vol d'anges là-haut te

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DE

chante ;— Et pendant que, autour de toi, —Ils caquettent, beaux d’amour,—Ta fille triomphante—T'enveloppe de sa splendeur,

Et puis, quand à la Reine et Mère,—Rzsine du Ciel, Mère de Dieu, — Tu présentes les pleurs des pèlerins — À tes pieds d’abe:1 agenouillés,—Ta fille, qui de la douleur—N'a vu que trop l’amertume - Sur la terre... Ah! pauvre!......—[ÆEn con. solation change vite leurs pleurs !

Et que d’offrandes, et des plus belles, —Proclamant tous les bienfaits —Que tu as répandus sur Apt, —A-t-on suspendues dans ta chapelle !—Tout, ici, crie que nous't'aimons :—La reine t'apporte des diamants,— Des fleurs la pastourelle— Diamants et fleurs à pleines mains,

De bien là-haut, Ô Bienheureuse,—Te plaise toujours de protéger— Et la Provence et le Coutat—Que tes reliques ont consacrés ! —Les biens de Dieu, que de tes mains, —Tu fis pleuvoir sur nos aïeux,—Anne, si cela te plaît,—Sur nous aussi abonderont,

Toi qui permis à la Durance—De voir et de baiser tes os, - Ecoute. nous quand, sur ta tombe, —Nous chantons en langue de Provence !—-Et si tu veux que nous renouvelions—Cette fête à ton petit-fils, Demande en récompense—Qu'aux félibres il donne

haleine.

- Sainte Anne d’Apt, tu es ma patronne :—Moi je suis la petite Anaïs, Garde pour moi en Paradis, —Garde-moi un rayon de ta couronne

Je bégaie, et je veux te chanter !—Puisse mon piaulement t'agréer! —Je ne suis qu’une petite fille, —Abrite-moi, sainte Anne d'Apt!

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Est-ce si mauvais d'inspiration, de ton, de style ? Pauvre Monsieur Artaud ! qui n’a pas goûté cela, ce piaulement !

Il n’eût guère goûté non plus, pensons-nous, deux autres poésies du terroir, très naïves, comme le cantique de la catouno, et comme la dévotion populaire qui les à fait éclore. Tutes deux très anciennes, l’une est int'tulée Priero du Soir, et il paraît que les pieuses femmes de Provence la récitent encore chaque jour, comme au temps jadis. Voici comment elle se termine :

Grant Sant Calici benisit Adoura de Jesus-Christ, Mettetz moun corps en terro et moun amo en Paradis.

Nouestro Damo, siatz la Reino

Que davant vous tout lou mounde s’enclino, Doou sant fruit que n’avetz pourtat Nous avetz tous illuminats.

Sant Jean, sant Luc, sant Marc, sant Mathiou, Les quatre Evangelistos de Diou, Sieguetz toujours ben eme iou, Coumo eme toutes les mious,

Grand sant Danis de Franço Gardetz me moun bouen sens, ma boueno remembranço. Sant Jause, nourricier de Diou,

De mouert subito gardetz me iou

Et de l’Infer et de ses flammos.

Santo Anno, mero de Nouestro-Damo Et mero-grand de Jesus-Christ Enseignetz me lou sant Paradis,

C’est presqne du français. (Cependant, en voici un peu plus. pour ceux de nos lecteurs qui en désireraient :

“ Grand saint Calice béni,-—Adoré, de Jésus-Christ,— Mettez mon corps en terre et mon âme en Paradis.

“ Notre-Dame, vous êtes la Reine— Devant qui tout le monde s'incline,—Et par le saint fruit que vous avez porté, — Vous nous. avez tous illuminés,

“ Saint Jean, saint Luc, saint Marc, saint Matthieu,—Les quatre Evangélistes de Dieu,—Soyez bien toujours avec moi— Comme avec tous les miens.

“ Grand saint Denis de France, —Gardez-moi bon sens et bonne souvenance.—Saint Joseph, nourricier de Dieu, —De mort subite garde:-moi toujours, —Et de l'enfer et de ses flammes.

‘“ Sainte Anre, mère de Notre-Dame,—Et grand’mère de Jésus-

Christ,— Montrez-moi le chemin du saint Paradis.”

L'autre prière est proprement dédiée à notre Sainte sous le titre de Ouresoun de Santo Anno. Qu'il suffise d’en faire connaitre les premiers vers, le reste, tel qu'on a pu le recueillir, —cet 07 n'est pas ous, "étant trop informe, dit-o7 encore, pour être publié:"

Madamo santo Anno grand matin s’es levado, D'aiguo n'a pres et les mans s'es lavado ;

N'a pres ses chapelets, à l’egliso es anado ; L'y es pas anado per rire ni per parlar Mai per Jesus-Christ adorar.

# Madame sainte Anne grand matin s’est levée, —AÀ pris de l’eau et les mains s'est lavé ; —A pris ses chapelets, à l’église est allée ; —N'y est pas allée pour rire ni pour parler, —Mais pour Jésus- Christ adorer.”

Ces chapelets sont un peu prématurés, mais on ne discute pas avec la muse populaire. La fin de l'oraison nous affirme que, dût-on mourir sans pouvoir se confesser, il suffirait d’avoir dit cette prière trois fois par jour, pour aller tout droit en Paradis. On voit jusqu'où allait, en Provence, la confiance en sainte Anne :

Qu aquest sañt oureasoun saurie,

Et tres fes doou jour lou dirie,

Quand senso counfession mourie, Au Paradis anarie, Amen,

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