‹ Les trois MarieChapitre 21 sur 25 · XXII. — DEUX PROSCRITS · texte numérisé non relu

XXII. — DEUX PROSCRITS

— Cesl vous! est-il possible? quel bonheur! Tels furent les premiers mots qui s'échappèrent du cœur naïve de la candide enfant, quand elle fut bien certaine qu'elle ne se trompait pas. Pour Tiburoe, il

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n'éproava aucune surprise à l'aspect de Rose-Marie; on aurait pu aisément deviner au sourire qui perçait à travers le voile de tristesse étendu sur son visage, que ce n'était pas un simple caprice du hasard qui l'avait conduit pour y fixer sa dcmenre, dans la maison balutce par la jeune ouvrière : Julie avait parlé. ' Heureuse de le savoir là, mais inquiète, cependant, et surtout pressée d'apprendre ce qui avait déterminé Tiburce à se réfugier dans son voisinage, Rose-Marie allait étourdiment commencer une série de questions qui , ne pouvant être saisies qu'au vol, risquaient en traversant la cour de tomber dans une oreille indiscrète, au lieu d*alleràleur adresse; mais Tiburce avait mesuré le danger. Il mit le doigt sur sa bouche pour recommander la discrétion à sa sœur d'autrefois; puis, après qu'il se fût assuré que toutes les autres fenêtres de la cour étaient closes , il envoya presqu'à voix basse cette question à Rose-Marie : Voulez-vous me recevoir? je vous dirai tout. Une honte pudique rehaussa en pourpre le teint rosé de la jeune fille dont le charmant effroi répondit : NonI avec une singulière vivacité. — Pourtant, je ne peux pas vous inviter à venir chez moi I disait le geste de Tiburce, et à cela la petite ouvrière, bien embarras-, sée alors, répliqua de même : C'est vrai ; mais, mon Dieu ! comment faire ? Tiburce s'avisa. Bientôt après, un feuillet de son agenda , lesté d'une pièce de monnaie, passait, rapide comme une flèche , de sa fenêtre à celle de Rose-Marie. Le papier ramassé, déplié précipitamment, et lu avec une grande émotion, on peut le croire, contenait ces mots tracés au crayon. « Les

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deux toarnans d*un long corridor nous séparent ; fai* sons Fun et l'autre la moitié du chemin. » Sans se demander si sa bonne réputation de sagesse ne pourraitpas être aussi quelque peu compromise par cette rencontre à mi-chemin d*un corridor et sur la route assez équivoque de la chambre d'un joli garçon, Rose- Marie trouva que le terme moyen imaginé par Tiburce levait pleinement la difficulté et satisfaisait à tous les scrupules de sa modestie. D'ailleurs elle était si contente de le revoir, si désireuse de lui parler, que,, sans réfléchir davantage, elle courut prestement, de son pas le plus léger, au devant de celui qui s'avançait vers elle.

L'entrelien dura peu; on devait craindre à chaque instant qn'un importun voisin ne vint à passer. Quel bruit c'eût été dans la maison , si quelqu'un se fût avisé de dire que la jeune ouvrière avait été trouvée causant téle-à-tête, avant six heures du matin, avec le nouvel emménagé de la veille I Le père Juredieu, il n'en faut pas douter, aurait commencé par tomber à force de bras sur les faiseurs de mauvais propos, quitte , plus tard , à s'en prendre à sa fille , si la médisance venait à donner des preuves à l'appui de son dire. Pour éviter tout éclat dangereux, Tiburce et Rose-Marie n'échangèrent que quelques mots; mais c'en fut assez pour que celle-ci , complètement rassurée par les dernières résolutions du protégé de Marie-Laure, pût lui dire : Abl que c'est beau ! ahl que c'est bien , ce que vous faites-làl vous serez heureux, M. Tiburce, car vous êtes bon, car vous êtes généreux. Et nous qui désespérions de vous fléchir !

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Ah I quand madame Laneuville saura que , pour ne pas In eniripromeUre , vous avez sacrifié nn si bel Avenir; que vous vous ftes condamne à vous séparer <Iu monde, a niter iravailler dans une fabrique 1 comnie un simple conlre-mailre, vous qui mériteriei d'iUe le chef de toull quand elle saura cela, ' comme elle vous bénira 1 ou plulùl, non, ellenevoD- i dra pas le oroirc; car c'esl à peine si j'ose y croire mni-mémc, et pourtant c'est vous qui roe le dites' Elle le contemplait avec admiration, et cela seroblail sidonxàl'oi^ucilleux.qu'il comprenait qu'où peut 1 ÈlK tout aussi fier d'une Iwnnc action que d'une grande pensée. — Tenez, H. Titwrce, reprit Rose- , Marie comme frappée d'une heureuse inspiration, il ne faut pas faire le bien k demi ; si vous m'en croyra, vous écrirez h madame Lancuville tout ce que vous I venez de me dire. Ohl oui , continua-t-elle avec chaleur, une lettre qui lui annoncerait que vous avez re- I nonce k la nommer, une lettre qui dirait cela , et si- ' gnéc de voire main ! mais ce serait lui rendre la vie; car alors elle ne pourrait plus avoir d'inquiétude. — Moi I j'écrirais k celle qui m'a perdul interrompit Tiburce. — Nos intentions étaient si bonnes I repartit Bose-Uaric d'un ton chagrin et caressant, et puis, conlinua-t-cUe en joignant les mains et comme pour supplier, elle croyait si bien h vos succès futurs I elle avait deviné ce qu'il y a de beau dans votre talent, ^(Ic noble dans votre ame; et puis encore elle a tant (j jj'Jpèrt pour vous, que vous lui devei bien cette con-

' ^rte s'ouvrit k l'étage inférieur; le bruit

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(l'un pas qui pcsail loardemeiil sur les marches relentil dans l'escalier. — CfSt mon père qui monte pour me réveillcrl murmura avec frayeur Rnse-Maric. Ëh t]ien 1 U. Til>urce, ne Terez-vous pas te que je vi)ii$ demande pour celle qui disait de vous : En lai prâOiil mon appui , c'est au génie lui-même que je viens en aideî — Elle a dil cela? demanda Tiburce. Le temps pressait , la jeune Tille jeta sur lui nu dernier rfgard, — J'écrirai! dil-il, j'écrirai! — En ce cas, glissoï voire lettre sous ma porte; ce matin , k dix heures, je monlenii la chercher.

A peine ces paroles élaîenl -elles achevées, que, déjà parvenue à l'autre l>i)u( du corridor, Rose-Harie se trouvait devant la purie de sa ihamtirc et prête Ji répondre : J'allais descendre , à son pËrc qui venait la gourmaader sur son tardir réveil.

Tiburce tint parole; à l'heure convenue l'ouvrière trouva, glissés sous la porle de sa chambre à coudier, non seulement celle lettre qui devait rendre le repos à madame Laneuville, mais de plus un billet cacheté, à sa propre adresse, avec cette ligne écrite au dessous de son nom :

•I Pour elle. Londres , le 19 septembre 1S3S. »

Rose-Marie décacheta ce billet : il renfermait le de mi -cent d'aiguilles.

— Il pensait h moi 1 dit-elle en s'asseyant, rêveuse. Ensuite , mettant la main sur son coeur, comme pour en arrêter les batlemens précipités, elle ajuiii.i uprés un long silence : Ah l c'est trop de bonheur |mur un jour!

C'était, vraiment, i lui faire tout uublici, lnul.

17i Les TBOIS MARIC.

exceplé pourtant sa bienfaitrice; aussi se souvintelle bientôt qu'elle avait à porter ailleurs, sinon une joie semblable à la sienne , au moins une grande consolation. Rose-Marie s'habilla à la bâte; une demiheure après elle remettait à madame I^ncuvillc la lettre de Tiburce.

Quand la jeune couturière se fît annoncer chez Marie-Laure , celle-ci , seule; , et toujours désolée , se répétait, pour la millième fois peut-être, le désespérant billet que son amie lui avait écrit au sortir de sa courageuse tentât ive auprès de rinflexiblc Tiburce. Préparées tout, hormis à la générosité de celui qui n'avait pas voulu se laisser arracher une bonne promesse, elle accueillit l'annonce de la visite de Rose- Marie comme celle d'un nouveau malheur; elle demeura assise afin de garder assez de courage pour recevoir le coup qui allait la frapper; mais lorsqu'au lieu de la terrible nouvelle qu'elle pressentait Marie- Laure entendit ces rassurantes paroles sortir des lèvres de rhcureuse enfant : Victoire I Madame, plus de larmes! plus de terreur, il ne vous nommera pas, il l'a promis... Tenez, voyez, c'est lui-même qui vous l'écrit I Alors celte pauvre ame, résignée en ce moment aux conséquences les plus fatales de sa faute, ne se trouva pas avoir la force nécessaire pour contenir son bonheur; elle voulut s'élancer au devant de Rose-Marie, mais elle retomba sur son siège, sa voix s'éteignit dans un cri de joie et ses yeux voilés par les larmes se fermèrent : madame Laneuville était évanouie.

Grâce aux soins inlelligens ^e l'envoyée de Ti-

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l>urce , Marie-Laure , remise de celle grave commolion, fui bientôt en état de prendre connaissance de la lettre qui devait rendre, sinon le calme à sa conscience, du moins le repos à sa vie. D*abord parcourue des yeux avec avidité, balbutiée ensuite d'une voix tremblante, et relue enfîn avec un respectueux attendrissement, la lettre de Tiburce fut un moment l'objet d'un culte religieux pour la reconnaissante jeune femme. Elle voulut que Rose-Marie, comme range qui porte le livre de grâce, soutint sur ses mains jointes la lettre inespérée ; puis Marie Laurc, joignant aussi les mains, s'agenouilla sur un carreau de velours pour la relire encore.

Cette nouvelle émotion calmée, madame Laneuville demanda à sa confidente comment cette lettre lui était parvenue ; elle supposait qu'une nouvelle ricmarche d'Ange-Marie, sa dévouée, avait enûn changé les résolutions de Tiburce.

— Madame d'Auberive n'est pour rien dans tout ceci , dit Rose-Marie avec une sorte d'orgueil ; c*esl à ma prière seule qu'il a cédé.

Alors elle raconta son entrevue matinale avec le jeune \oisin. L'admiration et la reconnaissance remplissaient en ce moment si bien l'ame de Marie-Laure, qu'il ne devait y avoir de place pour aucun autre sen* liment : toutes ses pensées étaient chastes et pures; cependant quand la jeune fille lui eut dit que Tiburce était venu , à dessein , demeurer près d'elle, et qu'il s'estimait heureux de pouvoir la rencontrer souvent et lui parler quelquefois, un mouvement intérieur de révolte saisit madame Laneuville; elle

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clnigiM son siogc de cplui ûa Ilose-Maric, cl elle h laissa continuer sans rinlernnn|)rc |>.ir une ilouce caresse, par une vive pression de mains, ciimme elle l'avait rail vîngl Tois au «lelmt <tc son récit. I.a najvc ne remarqua pas ce changemenl dans la manière d'êlrede sa bieiifaitrice; s'animant à parler de Tiburcc, tiiut disparaissait a ses jeux : elle ne voyait . plus que lui. Cependant, au moment où R<tse-Hnne se levait pour prendre congé de madame Laneiivilk', celle-ci, qui s'indignait sans doute de sa jalousie involontaire, s'approcba de la jeune fille et lui dit: Merci, en la haisnnt au frnni; puis, quand l'eiiTant se fut éloignée, itIaric-Laure,qui la suivait des yem, lui envoya dans un clan du cœur ce vœu de l'expiation: Sois heureuse, lu le peux, loi; et mieux que moi tu mérites de l'Ëtrel

Réconcilia; avec elIc-mCme après celle muette et sincère invocation pour le bonlieur de Rosc-Harie, madame Laneuville songea qu'elle avait aussi h rassurer une amie qui ne souffrait pas moins qu'elle de ses propres douleurs. Il était juste qu'Ange-Maric filt mise sur-le-champ dans la confidence du sacrifice que Tiburce s'était imposé.

Depuis le jour où madnme d'Auberive lui avait écrit qu'elle ne devait pas compter sur le silence du Ceilitranic de Londres, Harir-I.aiirc ne s'clajt pas seuli Je courage d'aller demander à son amie de plus aut- |iles détails sur sa démarche auprès de l'inflexiyu |«Une homme; mais aujnurd'tiui il n'y avait plus de ''aîsun pour qu'elle se tint cloigiice d'Angc-Haric, ' iissi , dès que la jeune Hlle fut partie,cllc commanda

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qu'on mit les chevaux à sa voiture. La protectrice do Tihurcc se préparait à sortir de son appartement quand M. Laneuville parut. — Où vas-tu , Marie? lui demanda -t-il. — Chez madame d'Auberive; il y a un siècle que je ne Tai vue. — Oui , depuis la soirée, du ministre, repartit le maître de forges en essayant de dissimuler le pli de mécontentement qui avait creusé son front au nom de madame d*Auberive. — Es-tu donc fâché que je sorte? répliqua Marie-Laure inquiète de l'expression de contrariété empreinte sur le visage de son mari.

— Moi? non, dit-il d'un air embarrassé; mîiis je m'applaudis d'êlre rentré assez tôt pour l'épargner une course inutile : madame d'Auberive n'est pas à Paris. — Et depuis quand? — Depuis... depuis trois jours, répondit-il en hésitant — C'est impossible, mon ami, quelqu'un m'a dit l'avoir rencontrée hier; d'ailleurs je vais le savoir bientôt; car tout à l'heure je serai chez elle.

Jusque-là M. Laneuville avait fait cfTort pour ne pas dire toute sa pensée; mais quand il vil sa femme résolue à sortir, il l'arrêta. — Marie, lui dit-il, je désire , je désire absolument que tu ne voies pas madame d'Auberive.

Stupéfaite, elle le regarda et à voix basse elle murmura : Pourquoi? — Pourquoi, ma bonne amie? parce qu'il n'est pas convenable qu'on te rencontre chez une personne que tu ne peux plus recevoir chez loi. Marie-Laure voulut encore répliquer; mais sou mari la prévint, et, lui pressant la main comme s'il eût Voulu adoucir par une marque de tendre affection

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l'ordre irrévocable qu'il lui donnait, il ajoota : N'en parlons plus ; il me sérail pénible de discuter avec toi sur un tel sujet; tu m'as compris, j'en suis sûr : ainsi voilà qui est bien convenu : tu ne chercheras pas à revoir madame d'Auberive ; Marie , je compte sur toi , tu n'iras pas chez elle.

11 l'embrassa et sortit pour ne pas gêner son émotion prévue.

Oui , le maître de forges disait vrai : Marie>Laure l'avait compris.

Ainsi l'honneur de la jeune femme pouvait demeurer sauf; mais de quel prix lui fallait-il payer le calme apparent qui lui était rendu I D'un côté Tiburce contraint au silence, condamné à l'existence obscure dont elle eût été si Gère de le faire sortir, et cela, parce qu'elle n'avait pas songé qu'au temps où nous vivons toute proctcction cachée suppose un intérêt coupable, et qu'à chaque pas qu'un homme fait en avant, il doit se tenir prêt à répondre de sa fortune sur son honneur. D*une autre part, son amie devait être à tout jamais déshéritée de l'estime de M. Laneuville, car elle ne pouvait justifier Ange-Marie auprès de ce cœur droit, de cette conscience sévère, qu'en s'accusant elle-même. Marie-Laure devait confesser sa faute; elle se disait bien que c'était lâcheté de sa part que de ne pas le faire , elle le voulait , elle se disposait h aller à son mari, résolue à tout avouer; mais après les premiers pas elle s'arrêtait épouvantée : elle sentait son cœur faillir comme si clic eût encore entendu la terrible voix du maitre, et son corps frémissant se couvrait d'une sueur glacée comme autrefois devant

le geste insultant du forgeron de Saint-Georges. <-* Pourtant c'est un crime, se disait-elle, que de laisser suspecter la pureté d'Ange-Marie I elle proscrite de notre maison, et parce que j'ai menti I Ohl non, il n*esl pas possible que cela puisse durer, et si la force me manque pour parler, je puis écrire au moins; M. Laneuville saura tout : j'écrirai!

Et elle écrivit sa confession tout entière. Tremblante, elle alla déposer sur le bureau de son mari la lettre qui justiGait son amie et qui la condamnait. Ce grand acte de courage accompli , Màrie-Laure rentra chez elle et attendit dans une horrible angoisse le retour de M. Laneuville. Il revint : elle pensa mourir de terreur k sa vue, elle se cacha la tête dans ses mains, et se prépara à recevoir le coup qui devait la tuer. Le maitre de forges ne laissa tomber que ces mots : Pauvre enfant I je souffre autant que toi de cette douce intimité rompue; mais nous ne serions pas dignes de l'estime du monde si , pour la conserver, nous ne savions nous soumettre aux sacrifices qu'elle nous impose , quelque cruels qu'ils puissent être. -^ Pour parler de la sorte , il ne savait donc pas encore toute la vérité? Marie-Laure osa l'espérer et elle res* pira plus librement. Son mari voulut encore essayer de lui faire entendre le langage de la raison ; la jeune femme ne l'écoutait plus , elle se leva, passa rapidement devant lui , courut dans son cabinet de travail : la lettre était demeurée intacte sur le bureau. La saisir vivement , la déchirer en vingt morceaux et les jeter au feu vif et joyeux qui pétillait dans Pâtre, ce fut l'affaire d'une seconde, et, tandis que la flamme rè-

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duisait au néant Favcu de son mensonge , la coupable disait : Pardonne-moi, Ange-Marie, Dieu sait que j'ai voulu expier ma faute; mais mon supplice était intolérable; je n'aurai pas la force de le subir une seconde fois. Ainsi s'évanouit la courageuse résolution deMarie-Laure; le mouvement fébrile qui la lui avait inspirée se renouvela souvent encore, mais , à l'avenir, elle ne devait plus y céder.

Quelques semaines s'écoulèrent ainsi. Durant ce temps bien long, madame Tjaneuville écrivit plus d'une fois en secret à Ange-Marie; mais celle-ci ne répondit pas à ses lettres. Cette rigueur de la noble femme lui prouva combien elle était blessée du silence que son amie gardait auprès du maître de foires; en effet, plus un cœur est capable de généreux dévoùment, moins il comprend la lâcheté dans le cœur d'autrui. Un jour pourtant Marie-Laure Gt acte de courage. Ayant appris que madame d'Auberive était gravement indisposée, elle brava l'ordre formel de M. Laneuville, et, au risque de toute fâcheuse rencontre, elle se rendit chez Ange-Marie. Peut-être cette nouvelle énergie était-elle due à ce qu'un malheur pesait de moins sur celte ame triplement éprouvée et par le trouble de la conscience , et par la perte d'une précieuse amitié, et par un amour coupable dont le pouvoir envahissant grandissait chaque jour» comme toutes les forces vives qu'on essaie vainement de détruire en les comprimant. Depuis un mois madame Laneuville avait cessé d'être jalouse du voisinage que Tiburce avait cherché. Expliquons-nous : M. Laneuville, afln de distraire sa femme de la rupture

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d'une liaison qui lui était chère, singéniail à lui procurer tous les jours un nouveau plaisir. Ce Quêtaient que courses, promenades, spectacles et fêtes, il la conduisait partout où il espérait un amusement pour elle, et partout, depuis un mois, Marie-Laure rencontmit un visage dont Taspect lui faisait palpiter le cœur et baisser les yeux. La première fois qu'elle l'aperçut, elle ne crut pas, sans doute, que c'était l'effet d'une préméditation qui la mettait en présence de Tiburce; mais quand elle le revit le lendemain, et puis encore, et puis toujours, force lui fut bien de s'avouer que son protégé ne venait pas sans dessein se placer incessamment sur son passage. Ainsi, à la sortie d'un bal, au détour d'une allée des Tuileries, dans les galeries d'un musée, ou bien encore, le soir, sous sa fenêtre , la première personne qu'elle apercevait, c'était lui! lui, tantôt discrètement caché, tantôt passant avec rapidité auprès d'elle, et toujours quêtant un regard; car il ne voulait pas seulement l'entrevoir : son intention visible était qu'elle le remarquât. La jeune femme ne se voyait pas sans effroi l'objet de cette mystérieuse assiduité; mais il paraissait si heureux quand par un coup d'œil elle lui avait dit : Je sais que vous êtes là, qu'il lui était impossible et de refuser cette récompense à celui qui avait tant sacrifié pour elle , et de ne pas se sentir heureuse, à son tour, de l'innocent bonheur qu'elle lui donnait. Hais comment ce changement aussi imprévu quesubit dans les sentimens de Tiburce, était-il survenu? C'est vers Rose-Marie qu'il s'était senti attiré d'abord; maintenant c'est Maric-Laure qu'il cherchait. On subit

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i'aroour, on ne Texplique pas , dit-on ; ceci poorrait bien être une erreur, car toute énigme a son mol : |K)nr le trouver il ne s'agit que de prendre la peine de le chercher.

L'orgueil seul du jeune rêveur avait opéré la métamorphose et dirigé sur un autre les ^lans de son cœur. Voici ce qui s*était passé :

La correspondance entre l'ouvrière et son nouveau voisin ne pouvait pas se borner à la lettre pour ma- •dame Laneuville et au don du demi-cent d'aiguilles. Tiburce n'ayant aucun prétexte pour se présenter ouvertement chez Rose-Marie, celle-ci ne trouvant nul moyen pour le faire admettre dans l'intimité de la maison , sans risquer de compromettre le mystère 4ie leurs anciens rapports , ils avaient continué à s'entretenir par petits billets glissés chaque matin sous leurs portes respectives. La jeune fille avait ainsi rendu compte à -Tiburce de sa visite chez madame Laneuville; dans sa réponse son ami lui demanda le récit bien détaillé de cette protection fatale dont elle avait été l'active messagère; c'était une tâche longae et difficile qu'il imposait à la pauvre enfant, si inhabile à faire courir la plume sur le papier. Qu'importe! il s'agissait de complaire à Tiburce, elle se dit : J'essaierai ! Elle essaya , elle prit goût à ce travail nouveau pour elle, et quinze veillées, prolongées quelquefois jusqu'aux premières lueurs du jour, suflBrent h peine à l'achèvement de son grand ouvrage. Â chacune des lettres qu'elle remettait en secret à son adresse, Rose -Marie, qui avait fait de son mieux, croyait pouvoir se répéter : Il m'aimera encore un p6u

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plus aprèsavoir lu celle-ci ; à chacune des lettres quo Tiburce recevait, un peu de ce charme qui l'avait conduit près de Rose-Marie disparaissait : les fautes d'orthographe nuisent tant aux illusions de l'amour l £n revanche la vanité du contre-maitre se laissait prendre à aimer cette femme jeune, belle, élégante dont l'esprit supérieur avait partagé la confiance qu'il avait en lui-même. Oui, il l'aima, cette femme, parce qu'elle l'avait deviné, parce qu'elle seule n'avait pas désespéré de son génie, quand tous les autres Irai* laient de folie ses rêves ambitieux ; il l'aima et pour sa généreuse délicatesse si naïvement décrite par Rose-Marie, et pour l'élévation rapide ainsi que pour la chute éclatante qu'il lui devait; il l'aima, enfin» comme Colomb le Génois aima peut-être quelque pauvre cbevrière de sa montagne qui lui dit, pour Ui première fois : Je crois à un nouveau monde; j'y crois parce que lu me l'annonces. Qu'on ne s'étonne donc plus ni de cet amour pour Marie-Laure qu'il avait puisé dans les lettres de Rose-Marie , ni du bon* heur qu'il trouvait à la rencontrer un moment, à la dérobée, sans qu'aucun autre qu'elle s'aperçût de su présence. L'aimer et ne pas parler d'elle , c'était recommencer son supplice d'autrefois, alors que le cœur plein de son œuvre, il ne trouvait personne qui voulût l'entendre; mais Tiburce n'en devait pas rester au seul commerce de lettres avec Rose-Marie. Un dimanche matin, comme Antoine Fargeau attachait des rideaux aux croisées de l'atelier de coulure, il aperçut, en levant les yeux* le nouveau voisin, à sa fenêtre cl le leconnul : C'est ma pratique, dit-il.

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Il salua Tibnrce qui lui rendit- son salut sans savoir ce qui lui attirait celte politesse de la part de ce jeune garçon^dont il n'avait pas conservé le souvenir. L'ébéniste eut bientôt raconté au père Juredieu et à Rose-Marie, qui s'épanouissait de joie, comment il avait fait connaissance de Tibure dans la cour des grandes messageries. — Puisque c'est votre ami, dit l'ouvrière, vous pouvez le prier de descendre ici, mon père ne demandera pas mieux que de le recevoir. — C'est juste, ajouta maître Vincent , les amis de nos amis sont nos amis. — Mais ce n'est pas mon ami, objecta Antoine Fargeau. — Eh bien I il peut le devenir, riposta vivement la jeune fille.

Après un débat qui dura peu, il fut convenu qu'Antoine ferait les avances de bon voisinage au jeune homme qu'il avait autrefois guidé dans Paris ; Tiburce, comme on le soupçonne bien, ne se fit point prier pour rendre la visite qu'on lui faisait, et l'intérêt de son nouvel amour aidant à sa mémoire, il renoua connaissance avec le commissionnaire par occasion de la rue Notre-Dame-des-Victoires. A dater de ce moment, il y eut un causeur de plus tous les soirs chez le père Vincent Juredieu; grâce au nouvel ami de la maison, on fit les veillées plus longues. Le vieux bonhomme en murmura bien un peu ; mais Antoine s'en réjouissait ; il restait plus long-temps auprès de Rose-Marie. S'il avait soupçonné combien souvent il la gênait! Si elle avait pu supposer, elle, la pauvre enfant, qu'en parlant à Tiburce du passé, elle ne faisait qu'attiser un amour dont il allait ailleurs, et dans un seul regard, dépenser tout le feu!

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Un homme comme notre ami ne pouvait se trouver sur le penchant d'une passion sans que son ardente imagination ne]e précipitât bientôt jusqu'au fond de l'abime; cependant comme il se connaissait bien, il eut peur de lui, non pour lui, mais pour celle qu'il aimait. — Ce n'est pas assez pour son repos, dit-il, de vivre obscurément caché dans une fabrique d^un foubourg de Paris; je lui dois un nouveau sacriGce! et il se prépara à l'accomplir.

Comme nous l'avons dit plus haut, à la première alarme sur la santé de son amie, Marie-La ure, ne tenant plus compte de la volonté de M. Laneuville» s'était rendue chez la malade. Au lieu des paroles froides et sévères qu'elle savait mériter, la coupable ne reçut d'Ange-Marie qu'un accueil triste et doux ; le pardon qui était dans le cœur de cette dernière se lisait aussi dans ses yeux où brilla un éclair de bon* heur à l'aspect de Marie-Laure. — Puisque tu m'avais pardonnée, pourquoi ne répondais-tu pas à mes lettres? — Ton mari m'avait défendu de te voir et de t'écrire. — II a pu te dire cela? — Non pas aussi durement que je te le dis, mais ces seuls mots du billet qu'il m'écrivit le jour même de ma visite à notre protégé, car il faut bien que je prenne ma part de la protection, puisque c'est pour elle aussi que je souffre, ces seuls mots, dis-je, me prouvèrent assez que tout devait être fîni entre nous. — Eh! mon Dieu, qu'a-tHl pu te mander ?— Rien que ceci : a Ma femme et moi nous recevrons avec plaisir madame d'Auberive le jour où elle nous présentera M. Tiburce Jourdan, son époux. 1» Tu le vois bien, c'était mon arrêt

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de proscription qu'il m'adressait; c'était one roplttre éternelle qu'il voulait entre nous.

Marie-Laure n'avait pas encore entrevu cette dernière et inexorable conséquence de son mensonge. Un mariage enlre son amie et son amant! cela ne se pouvait pas : c'était un sacrilège, un inceste, à ses yeux. — A quoi me suis-je exposée? pensa-t-elle; je pourrais être par le cœur doublement adultère. Et comme si elle eût entendu retentir à ses oreilles ce cri de la société qu'il faut toujours venger aussitôt qu'on l'offense :Tiburce épousera la veuve du vicomte d'Auberive, c'est l'honneur qui le veut! elle se pressa contre son amie et lui dit avec une sorte de délire : Non! non, tu ne l'épouseras pas, Ange-Marie, car je parlerai, j'en aurai la force, il est bien temps enGn que la faute retombe sur la coupable!— La coupable se taira , reprit doucement Ange-Marie, les choses n'en peuvent venir h cette extrémité. M. Tiburce et moi, tous deux proscrits par ton imprudence, nous ne réclamerons pas contre la justice du monde, son silence t'en est garant, mon amitié te le promet. — Son silence! répéta Marie-Laure. — Mon Dieu, dit madame d'Auberive, aurait-il donc parlé, l'a-t-on revu quelque part? tu me fais trembler... mais tu frémis toi-même ; parle, je veux tout savoir.

La jeune femme, aussi vivement sollicitée, allait révéler l'espèce de persécution à laquelle elle était en butte depuis quelque temps, lorsqu'une femme de chambre entra et demanda si madame d'Auberive voulait recevoir M. Tiburce Jourdan. Ce nom surprit singulièrement Ange-Marie; quant à madame Laneu-

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vîil«, elle eut besoin d'appeler à elle toutes les forces de la vie pour ne pas succomber à son émotion : lui ! cnôore lui I sait-il donc que je suis ici , et que me veut-il? Si bas que ces paroles eussent été proférées, Ange-Marie les avait entendues, et, justement effrayée du trouble de son amie, elle répondit : Je ne puis rc« cevoir personne. La femme de chambre se retira. — Voilà, dit Marie-Laure en cachant sa pâleur dans le sein de madame d'Auberive, voilà comme il me pour* suit depuis un mois; ohl mais je lui croyais de la prudence, du respect pour moi, je ne supposais pas qu'il voulût me perdre ; mais puisqu'il vient me chercher jusqu'ici, je crois le deviner maintenant; sans doute, sa générosité n'était qu'un calcul, peut-être ne retardait-il sa vengeance que pour mieux l'assu* Fer. — Madame, interrompit la femme de chambre en rentrant de nouveau, ce monsieur insiste, il dit que, devant quitter Paris aujourd'hui même pour s'en aller hors de France et même d'Europe, il désire vivement voir madame, attendu qu'il a quelque chose d'impor^ tant à lui confier avant son départ. — A moi? dit madame d'Auberive, puis elle regarda Marie-Laure comme pour l'interroger. — Je ne sais, je ne corn* prends pas, répondit celle-ci; mais je crains bien, dans l'excès de ma frayeur, d'avoir accusé à tort un noble caractère... fVeçois-le, Ange -Marie, reçois-le... que je sache pourquoi il veut partir. Madame d'Auberive refléchit un moment, puis elle demanda à celle qui venait d'annoncer pour la seconde fois Tiburce. — Ce monsieur s'est-il informé si j'étais seule?— Non, madame. — C'est bien , tout à l'heure vous Tinlroduîrez près de moi.

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Et quand les deux amies furent seules r Emue et pAle comme tu Tes, tu ne peux pas assister à notre entretien, dit Ange-Marie. — Je le sais bien; c'est impossible, mais que je Tentende; par grâce, que je puisse l'entendre I — Rien ne s^y oppose; tiens-toi dans ma chambre à coucher; de là, tu ne perdras pas un mot; va, pauvre folle, va, rassure ton cœur; puisqu'il doit quitter la France, tu n'as plus rien à redouter. — Non, mais j'ai peut-^tre plus que jamais à souffrir! murmura la jeune femme en se dirigeant vers la pièce voisine.

Tiburce fut introduit près de la vicomtesse d'Âu* berive.

— Madame, lui dit-il, il ne fallait pas moins que la circonstance d'un départ prochain pour que j'osasse me présenter chez vous, et réitérer mes instances lorsque vous ne jugiez pas qu'il vous fût possible de me recevoir. — M. Jourdan a trop le sentiment des convenances pour ne pas comprendre que c'est le monde, et non pas moi qui lui ferme ma porte. — Oui, j'aurais dû écrire, mais il m'a semblé plus digne de venir à vous, qui étiez si noblement venue à moi; et de vous dire : Madame, ce silence que vous me demandiez au prix de mon honneur, au prix de mon avenir, je l'ai gardé ; cette générosité que vous m'imposiez comme un devoir, je m'en suis fait un bonheur. La réputation de madame Laneuville exigeait mon exil du monde ; maintenant son repos, plus que amais en danger, ordonne que je m'expatrie. — Son repos est en danger! et comment, et pourquoi? — Parce que je l'aime ! Madame, s*écria Tiburce, oh !

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qne ce mot ne vous effraie pas ; voas seale le saurez. D'ailleurs, reprit-il, ce n'est pas la première fois que nous nous disons des choses que personne excepté nous ne doit entendre. Cet amour dont je ne confie le secret qu'à vous, son amie, n'a pas été subit, invo* lontaire; je Tai cherché. Oui, fier de l'intérêt puissant que j'avais inspiré, j'ai voulu voir celle qui m'avait protégé, qui avait cru en moi ; je l'ai vue, et, je vous le répète, je l'aime I... — Monsieur, une telle confidence... à moi. — Elle n'a rien qui doive vous alarmer, car je ne demande pas même à être aimé. Pourtant si je restais il faudrait bien qu'elle m'aimât 1 Oui, Madame, ce n'est pas une fatuité présomptueuse qui me fait parler ainsi, c'est une conviction terrible, je vous le dis encore : si je restais, j'en suis sûr, elle m'aimerait I Mais je pars, je pars aujourd'hui même; hier j'ai signé mon engagement pour New-York avec un négociant américain, et dans huit jours je serai en mer. — C'est bien ! Monsieur, voilà qui est digne d'un noble cœur.— N'est-ce pas. Madame, que je mériterais d'être heureux, d'être aimé?

Ange-Marie garda le silence. Un moment après, Tiburce reprit en présentant une lettre pliée, mais non cachetée, à madame d'Auberive :

Les périls de la traversée m'inquiètent peu ; mais il faut tout prévoir : cet écrit que je vous confie, et dont vous pouvez prendre connaissance avant de le remettre à madame Laneuville, renferme mon testament. Je laisse après moi une pauvre femme qui aura besoin de consolations, et peut-être aussi de secours. Que la main qui s'est tendue vers moi se tourne

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maintenant vers ma seconde mère; c'est la dernière preuve d'intérêt que je demande à votre amie, elle ne pourra me la refuser quand elle songera à mon existence brisée, à mon amour sans récompense. — Monsieur Jourdan, répondit Ange-Marie , vivement touchée des dernières paroles de Tiburce, votre confiance ne sera pas trompée, et si la certitude que madame Laneuville sera instruite de tout ce que vous m'avez dit peut vous payer de ce dernier sacrifice, croyez-le, elle saura tout.

Tiburce murmura : Merci, et s'inclina pour prendre congé d'Ânge-Marie. Au moment où il allait sortir, il s'arrêta tout à coup et porta la main à ses yeux, comme s'il eût été frappé d'un éblouissement subit : il venait de reconnaître le chàle de Marie-Laure, oublie par elle sur un meuble du salon.

— Qu'est-ce donc? demanda madame d'Auberive en se précipitant vers la porte de sa chambre à coucher, qui depuis un moment tremblait sur ses gonds. — Rien! dit-il, le bonheur 1... ah j'en suis sûr à présent, la maman Sophie ne sera pas oubliée ! Puis il disparut.

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