‹ Les trois MarieChapitre 23 sur 25 · XXV. —LA CAVATINB DES PURITAINS · texte numérisé non relu

XXV. —LA CAVATINB DES PURITAINS

Heureux les temps qui avaient accepté le vice comme un hôte incommode, à la vérité, mais quiiui donnaient place au feu, place à la table. Voyez ce dix-huitième siècle tant bafoué, peut-être parce qne ce n'est pas la première fois que les en fans se raoquenl de leurs pères I Le vice pauvre était défrayé alors Je vice riche avait la main percée, il faisait vivre autour de lui. il était parasite ou grand seigneur, il avait des iiitendans ou des patrons ; aujourd'hui il est son propre intendant, il protège, il reçoit, et ne le faut il pas? qui le recevrait? qui le verrait passer sans le montrer au doigt comme vieux, insolvable, et de mauvais goût? Nous l'avons relégué à la cour d'assises avec le peuple en guenilles, mais il existe pourtant, mais il veut vivre; il faut donc qu'il fasse fortune. Or, si le siècle a supprimé le vice, il a prescrit les richesses, et, du coup, celui-ci qui vivait paresseusement et la face au soleil s'est drapé en honnête

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lionmic : il couduie la vertu, il devance Téniuiâlioii, ,il est plus actif et plus ambitieui qu'elles, et Dieu sait par quels moyens à lui il écrase ses rivaux! Heureux dune, heureux les temps qui voyaient passer leurs vicieux, comme Naples voit passer ses lazzaroTii ; car le siècle qui a crié si haut : Je vous per« mets le vice, a été plus moral que celui qui a dit à tous : Je vous prescris les richesses. Les baronnes de Ternay sont les inexorables résultats de cette nouvelle prescription.

Ces paroles que l'indignation justifiait, Tiburcc les avait dites en sortant de chez Donatien. La dépravation qui se cache et qui veut tenir sa place dans le monde, venait de se montrer à lui dans toute son audace, et il était lui-même trop homme dfriîartution pour n'avoir pas lu clairement l'irrémissible résolution de la femme du gentilhomme. Toutefois, ici, la chaîne do ses idées était brisée, et, après une matinée d'angoisses passée à se consulter, sa première pensée fut de se présenter chez madame d'Aubciive. 11 la croyait encore malade, mais elle pouvait écrire I Ëcrire ! et tant de traîtres étaient à la solde des Ternay 1 et déjà la seule lettre qu'il eût écrite avait été interceptée! où commençait l'inquisition des infilmes, et où s*arrêlait-cllc? Dans cetle pressante situation madame d'Auberivc ne pouvait donc avertir son amie du coup qui la menaçait. Il pensa bientôt à llose-Marie, elle seule, zélée, intelligente, instruirait madame Lancuville. Mais quoi I cette enfant n'aimet-clle pas Tiburce? il le sait , il a tout compris : la jeune fille u'a-t-cUc pas avoué son douloureux secret.

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le soir où elle lai demanda de la laisser pleurer? ira-t-il tout lui conter, à elle? ce serait lui réTéleran anour qu'elle doit être la dernière à connaître; certes il déniera cet amour qu'il renferme si profondément eu lui-même, mais il faudra bien qu*il dise qu'on l'en accuse. Or, Tinslinct de la jeune Glle ne sera-l-il |)as aussi puissaut que la méchanceté des Ternay ? Oui, Rose-Marie croira tout véritable, car parmi les choses humaines qui ont la foi sans examen , la douleur de l'amour déçu est la plus croyante. Une déiicate&ve qui ne demande pas à être expliquée retint d(Kic Tiburce qui ne pouvait plus avoir recours qu'en luimême; mais pour pénétrer jusqu^à Marie-Laure, lo franc garçon ne trouva en lui qu'une qualité bien inutile en cette circonstance. La ruse et la ûnessc n'eniraient pas dans le contingent ordinaire de ses pensées, et pourtant que pouvait en ce cas même sa turbulence énergique? H s'agissait de voir et de parier à Marie-Laure, et pour cela il fallait, ou qu'elle sùrlil de l'hôtel Laneu ville, ou si elle n'en sortait pas, il fallait absolument aller jusquà elle. Presque à pi)Slc fixe dans la rue de la Victoire, il passait et repassaii devant la maison du riche industriel, fort inquiet de savoir si les espions qu^on avait mis sur ses traces ic suivaient, ou s'il était deviné par les indifférens. Il n'allait pas en avant, il ne revenait pas sur son chemin, sans avoir interrogé du regard chaque passade qu'il rencontrait, et cette fatigante manœuvre dora jusqu'à l'heure où s'allument les premiers réverbères. Cétait pendant les plus courtes journées de l'hiver, personne encore, hors des commis et quelques dômes-

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tiqnes, n*étaii sorti de Thôtel, quand la porte cochère s'ouvrit avec fraoïs; un cabriolet rapide passa, le cœur de Tiburce bondit dans sa ppitriné : M. Laneu- ?ille partait] il était seul avec celui de ses gens qui tenait les rônes. I/heure des diners aristocratiques était proche, et s'il sortait à ce montent c'est que le député avait reçu quelque invitation à laquelle il devait se rendre. Marie-Laure resterait donc à la maison? elle serait donc seule ce soir-là I —Obi merci à la destinée qui me favorise ainsi I s'écria Tiburce, en abandonnant son premier poste, maintenant inutile, pour courir dans la rue Saini-Oeorge, sur laquelle donnait le jardin de la maison.

Les brillantes habitations, les riches hôtels de Paris ont une sorte d'endroit et d'envers. Tout l'appareil et tout le faste sont sur la façade ; c'est là qu'on frappe les regards, qu'on éblouit, qu'on impose; c'est là que la richesse grimace le bonheur et ment quelquefois; mais l'envers des hôtels est tout différent : là est le vrai secret de la vie qui n'est que jouée sur le terrain où se pose le public; le secret des mœurs et des habitudes est là, et s'il y a un jardin, quelques

, arbres, quelques vestiges de la nature, des fleur» au printemps, des feuilles jaunies en hiver, c'est là quon vient rôver et donner de l'allégeance aux pensées du ccBur, ou débattre les pensées soucieuses. Peinant

' ses mystérieuses stations dans la rue Sainl-^eorge, Tiburce avait étudié et appris la maison de IkU Laneuville. Il savait, à l'heure où le jour (init, ce que signifiait ce cheminement et ce repos de toutes les lueurs qui parcourent une maison et jettent en dehors leurs

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