‹ Les trois MarieChapitre 5 sur 25 · K8 nOiS MAHI« Sf · texte numérisé non relu

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ploi de premier Gomnais chez mon patron de la rne Mercière, j'allais partir quand ma tante a paru dans ma chambre. — Tiburce, m*a4-e]le dit, j'ai fait des réflexions sur l'engagement que tu as contracté hier; Il me semble que nous* nous sommes tous déeidés bien légèrement. Il ne convient peut-être pas qu*à ton âge et avec ton intelligence tu ne cherches pas à mettre mieux à profit l'éducation que tu as reçue et tes connaissances acquises. — Moi j'écoutais I j'écoutais! la voix me manquait pour répondre; mais que mes regards et les soulèvemens de ma poitrine devaient bien lui dire comme je partageais ses espérances, son ambition ! Cependant, est ceci ce n'est point hypocrisie, quand la parole m'est revenue, j'ai essayé de dissuader ma tante de rompre avec mon patron; mais sa résolution était ihébranlable : elle a prétendu qu'il fallait absolument que je partisse, que mon bonheur et le sien dépendaient de cette séparation momentanée. £lle n'avait pas besoin de faire grands frais d'éloquence pour me convertir à cette idée qui me poursuit, qui m'obsède, qui m'eût tué peut-être! pourtant la digne femme me supplia pouv ainsi dire, d'accepter comme une nécessité à laquelle on se résigne péniblement, ce que tout bas j'implo^ rais comme une grâce; elle alla jusqu'à me dire qu'en souscrivant à ce départ, ce serait lui donner une preuve de ma tendresse et de ma reconnaissance en^ vers elle. Et moi qui craignais tant qu'elle ne m'ac^ Gusàt d'ingratitude! Je ne dirai pas que j'ai cédé,' puisqu'il s'agissait pour moi de voir s'accomplir moll vœu le plus cher ^ mais je me suis laissé rendre bea-^

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uosL um eier la remercier de moa boalieiir. Deux hearef afirès notre eotrelien, nia lanie, qui jugeait COBvenable d'aller seule solliciter la rupture de mon traité de la veille, partit pour la rue Mercière. Avec quelle anxiété j'attendis son retour; car entia nous avions tous signé, et il pouvait arriver que mon patron» désireux de me conserver cbez lui, ne consentit iias à me laisser partir. Comme mon cœur battait violemment dès que je croyais apercevoir de loin ma seconde mère, aussitôt que je surprenais un bruit de pas dans l'escalier; car, tant que dura son absence, je ne cessai de la guetter à la fenêtre, à la porte; il m'était impossible de tenir en place et de rassembler deux idées. Ënlin la clé tourna dans la serrure, la porte s'ouvrit, et ma tante, le visage radieux et l'air triomphant comme si elle venait de remporter une grande victoire, me dit, en me présentant le traite déchiré : Tu n'appartiens plus qu'à Dieu et à toi, mon Tiburce ; dès ce moment tu es libre, et*dans huit jours tu seras à Paris. — Comment aurais*je pu retenir l'élan de ma reconnaissance après de telles j^roles? J'étais ivre, ivre, c'est le mot I Je me suis jeté dans les bras de ma tante; je lui ai baisé les mains; j'ai voulu me précipiter à ses genoux, j'ai ri, j'ai pleuré; je ne sais pas ce qu'elle m'a dit pour calmer ma folle joie ; je n'entendais rien, je n'y voyais plus; mais, après tout, je n'avais plus rien à voir, rien à entendre, puisque j'avais touché de mes mains les deux fragmens de ce traité mis en pièces ; puisque ma bonne tante m'avait dit : Tiburce, tu t'appar- Ueost

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S8 septembre, à deux heures da matin. —Encore quatre heures d*atlente, et puis je serai sur la route de Paris. Qu'ils ont passe vite, ces cinq jours employés en préparatifs de départ. Certes, j'ai lieu de me réjouir d'un bonheur qu'on m'a rendu si facile; cependant, à mesure que le temps me rapproche du terme que je désespérais autrefois d'atteindre, j'éprouve comme une sorte d'hésitation, et il me faut, je dois le dire, presque autant de courage pour oser envisager en face ma bonne fortune qu'il m'en fallait jadis pour me résigner à mon mauvais sort. Je suis toujours heureux de partir, mais je ne voudrais pas que ce fût si tôt. Etrange faiblesse ! je la comprendrais si quelqu'un avait essayé de jeter de l'irrésolution dans mon esprit; mais non, personne n'a combattu mon projet, je n'ai pas entendu une parole de blâme, pas une objection qui pût me donner à réfléchir; le vénérable curé de Fourvières, en me témoignant le regret qu'il éprouve de notre séparation, ti'a pas cru devoir me décourager; ma tante est toujours la iNremière à réveiller en moi la noble ambition qui me possède ; enGn, mon patron de la rue Mercière, celui qui avait le droit de gêner ma route et de me retenir cloué dans son comptoir, mon patron luimême m'a donné hier des lettres de recommandation pour Paris, si bien qu'à mon arrivée je saurai tout de suite où trouver des protecteurs et des amis. Qu'est-ce donc alors que cette inquiétude qui s'est emparée de moi depuis deux jours? £h ! mon Dieu, rien de plus simple à expliquer : on ne se sépare pas impunément de son berceau, on y laisse toujours quelque chose

de soi; ce n'est pas la crainte de ravenir qai nous y rattache, c'est la puissance du passé; et, de même, si 6er qu'il soit d'étendre pour la première fois ses ailes, au moment de prendre sa volée, l'oiseau regarde encore son nid. Je n'ai point à me reprocher d'avoir été oublieux envers un seul de mes souvenirs d'enfance; j'ai été dire au revoir à tout ce que j'avais aimé, depuis les rochers du chemin des Etroits jusqu'au cimetière de Loyasse ; mon dernier pèlerinage a été pour cette simple chapelle de Fourvières, que les pieux ouvrages de mon père recommandent si bien a ma vénération. Quitte envers tout ce qui m'est cher, je vais essayer de prendre du repos.

Au moment où j'allais me mettre au lit , j'ai entendu un léger bruit dans la chambre de ma tante ; il m'a semblé qu'elle ne dormait pas encore, elle que je croyais couchée depuis plusieurs heures. J'ai voulu m'assurer de ce qu'il en était de ce bruit; j'ai regardé au travers de la serrure. Non, la pauvre femme ne s'est pas mise au lit non plus; elle travaille... elle travaille pour moi; c'est de mon trousseau de voyageur qu'elle s'occupe. Si j'osais, je lui dirais : Dormez, bonne tante; il est plus de deux heures du matin. — Mais il faut que je me taise; elle serait trop inquiète de ma santé pendant le voyage, si elle venait k savoir que j'ai passé sans dormir la nuit qui a précédé mon départ. Pour ôter tout prétexte de crainte à sa tendre sollicitude, je vais éteindre ma lumière. Que Dieu vous garde, ma mère I vous travaillez pour moi, je ^ais prier pour vous.

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m. — JOCaNAL DE TIBURCE. — DECXliWB PAETIB,

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