‹ Les trois MarieChapitre 9 sur 25 · SO LK8 TROIS MAI · texte numérisé non relu

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stroa ]e passage; si bien que les cavaliers vîsileais ne pouvaient qu*avec peine pénétrer dans Tintérieur du château. On s'appelait , on se montrait les Parisiens^ les mangeurs de Paris , comme ils nous nomment. Car le paysan des environs de la capitale vient voir les Parisiens qui paient bien et généreusement partout où ils passent, à peu près comme les oisifs des pays conquis vont voir passer la revue des troupes qui ont battu les leurs.

Ce sentiment hostile et timide à la fois que nous constatons ici sans l'examiner pouvait se lire dans le regard et dans l'attitude du plus grand nombre des rustiques curieux qui se trouvaient là. Tous , la fi-* gure étonnée, attendant ce qui allait survenir , contenaient en eux-mêmes des injures prêtes à sortir au besoin contre ces hommes de goût, qui avaient défiguré la vétusté de leur château : comment donc 1 les écuries avaient été nettoyées, la paille fraîche se voyait partout répandue avec abondance, un fourrage savoureux ruisselait dans la crèche , les croisées du manoir avaient été ornées , la porte principale, qui va tomber bientôt, était décorée avec élégance, des festons s'étalaient sur des draperies, et, comme les gradins d'un théâtre antique , les larges pierres tombées étaient couvertes d'un épais drap vert. Hé bien! tout cela c'était porter tort à leur donjon de Massy, c'était gâter leurs ruines. Ils se le disaient, mais non pas tout haut, puisque , après tout, ce bouleversement était une bonne aubaine pour le village. Alléchés par l'appât du gain, ils venaient là pour donner un coup de chapeau au tintement de chaque

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éca qui se heurtait contre un autre dans la poche du iiODrgeois , et pour haïr toujours un peu.

Mais parmi ceux-ci il en était qui ne se gênaient guère pour donner avec ironie et amertume leur libre avis : c'étaient Téleveur, le nonrrisseur, le boucher et jusqu*à la laitière, car tous cesgetts-là se piquent de connaître le cheval, ils le font maigrir, le frappent, le tuent, Taccablent de travail, tous ces gens-là peuvent en parler. Critiquer et jalouser les belles et riches races, est chose qui leur est due; à l'éleveur surtout, hous parlons de réleveur vulgaire, dont tout Tart consiste à mettre un pouce on deux de graisse entre les os et la peau d'un cheval amaigri, et réieveur était là; il donnait le ton à ce petit coiti de singuliers connaisseurs, sorte de loge infernale en plein air, d'où pleuvaient les sarcasmes et les quolibets, lorsque, tour à tour, les chevaux enfermes de< puis la veille dans leurs docks improvisés, mettaient le nez à l'air et paraissaient l'œil alerte, la tète fière, piafTant orgueilleusement sous leurs couvertures brodées. Déjà les -mots piquans avaient été lancés des chevaux aux jockeys, ils allaient ricocher bientôt peut-être des jockeys aux maîtres, si les idées n'avaient pris subitement un autre cours.

— Dieu de Dieu ! voilà de belles bétes ! venait de dire avec sa brutale. ironie un rustique maquignon. C'est habillé par la marchande de modes, et ça doit se nourir d'ailes de volaille. De l'avoine à ces mus-» cadins, fi donci n'est-ce pas, Jean ? Hé I dis donc, Jean le boucher, n'est-ce pas que c'est joli! fringant 1 friand! n'est-ce pas qu'on en mangerait? — J'en .ai

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mangé, mes en fans, dil avec un sérieux aplomb an vieillard qu'on pouvait facilement reconnaître pour un ancien militaire. A ce mot, qu'il était heureux de trouver occasion de placer, il avait caressé de la main droite une moustache blanche qui faisait encore 1c crochet, et de la gauche, il avait remonté de deux crans les branches usées de ses bretelles, ce qui tendait son pantalon d'uniforme comme aux anciens jours. C'était annoncer qu'il avait l'intention de continuer militairement une des nombreuses histoires qu'il contait d'ordinaire au foyer du bouchon où se vendait le meilleur vin du crû.

— J'en ai mangé, continua-t-il sans reprendre haleine, invitant du regard à former le cercle autour de lui. C'était à Mayence. Ah ! dame! l'armée française battait ferme les ennemis alors, mais elle n'avait pas toujours ses aises. L'armée avait du malheur pour les vivres, mais la gloire se nourrit de ce qu'elle trouve. Ahl par exemple, ce fut un triste jour que celui où l'intendant militaire décida la chose; car, voyez- vous, cnfans, à la guerre on estime le cheval. Ça pare une armée, ça anime, ça court dans les rangs, ça court sur les flancs, ça a la force du grenadier et la légèreté du voltigeur; c'est là et là, c'est partout, ça enfonce les carrés ennemis, ça aime la poudre comme un vieux soldat, ça trépigne au bruit du canon , ça sonne comme la trompette. Ah f sacrebleu, ajoutat -il, pressant toujours son débit et portant le revers de sa main ridée sur ses yeux où l'on voyait briller une larme^ quand il fallut, pour la première fois, porter la dent sur la chair de ces braves amis, quand,

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tenant son morceau à la main, chacun se disait le nom du camarade qui vous refaisait Testomac, c'était pas gai du tout. J'en ai vu fameusement pleurer, de ces hussards réduits à être fantassins et à mettre en daube le coursier généreux qui les avait portés au champ d'honneur; mais, voyez-vous, à la guerre comme à la guerre, et quand c'est le vétérinaire qui fournit la viande de boucherie, il faut bien se soumettre.

Après ceci lemilitaire se tut ;ildonnaàses lèvres un mouvement qui, se communiquant aux moustaches» leur fit faire une saillie toute guerrière, puis il resta sur le temps, et, comme il le disait lui-même quand il faisait une pause, immobile et Tarme au bras. Mais comme on ne voulait pas qu'il s'en tint là, après ce mouvement si bien commencé, il n'y eut qu'un cri de poussé : c'était du doute, c'était de la curiosité, mais la curiosité même prenait l'accent du doute; car, paysans ou bourgeois, les auditeurs de toute espèce ont un point où leur connaissance du cœur humain est égale; partout on sait de quelle excitation est le mot : allons donc l prononcé en signe d'incrédulité et à la suite des premières paroles d'un orateur.

Celui-ci fut poussé en avant {par la puissance de cette provocation bien entendue. 11 continua, et comme tous les conteurs qui veulent donner un cadre éclatant au fait qu'ils ont à faire valoir , notre soldat émérite fit d'abord dans les règles le siège de Mayence pour en arriver à son pot au feu de cheval.

Afin de mieux entendre, les auditeurs attentifs

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s'étakHrt Mielonnés sur les décombf^ que l'on avait innées, comme nous l'avons dit, le long des murs du corridor voûté qui fait le portail de Massy. L*homnie au récit s'était placé là, tout auprès et presqu'en face des chevaux si fringans et si pleins de vie, qu'il avait ainsi sous les yeux comme s'il eût cherché dans cette vue, et par le contraste et le souvenir, à exciter en lui-même les vibrations de la fibre sentimentale dont il avait besoin pour attendrir et émouvoir autour de lui.

Depuis un quart d'heure il battait en brèche la ville, et le siège n'était pas près de finir, lorsqu'une voix rauque et brutale couvrit la voix du vieux soldat.

— Eh bien donci qui est- ce qui pousse corn oie ça? disait-on à quelque distance. Les paysans jetèrent les yeux sur celui qui interrompait ainsi l'intérêt d'une narration si religieusement écoutée. C'était le maquignon qui, grâce à un énorme dogue dont il était accompagné, avait trouvé le moyen de se faire •faire une large place dans l'assemblée, et qui voulait -86 maintenir, poussant des épaules, menaçant du bâton et de la colère de son chien les camarades qui le jetaient en avant. Mais celui qui provoquait ce mouvement n'était point un camarade, et il ne prenait pas plus garde à l'attitude hostile du rustre qu'au mécontentement général qu'il provoquait. C'était un jeune homme élégamment vêtu, beau de taille et de visage, et qui , depuis un instant , cherchait à se faire ouvrir les rangs pour sortir du chàl|eau; mais il parlait à des sourds : on tenait bon ^ et

depois riBtemipti<m malencontreose, on semUatt se foire un malicieox plaisir à loi barrer le chemin et à froisser réconomie d'one parare fraiehe et bien entendue.

Après quelques efforts inutiles, il eut bientôt compris qu'il ne viendrait pasà beat de traverser la foule sain et sauf, s'il ne s'avisait.

— Mes braves ! cria-t-il sans demander de nouveau qu'on le laissât passer, il y a cinq francs à gagner pour celui qui retrouvera une pièce d'or que j'ai laissée tomber ce matin dans le réservoir*

A ce mot, il n'y eut qu'un mouvement : la porte Cut libre.

Le jeune homme, dégagé, s'avança vers le sentier qui coupe k angle droit les lignes du grand chemin et de la rue principale du village. Alors, et cette rue et ses environs se remplissaient d'arrivans. C'étaient des cabriolets, des fiacres et grand nombre de bour^ geois à pied, harassés, étanchant la sueur de leurs fronts ; amateurs innocens qoi de leur vie n'auront de chevaux, mais gens fort curieui d'aller où va tout le monde , gensqui ne manquent à nul spectacle; destinés à faire la toile de fond de toutes les fêtes, tapisserie nécessaire dont on se moque fort et qu'on serait Caché de ne point voir; peuple badaud, mais peuple indispensable qui meuble et remplit les vides. Ce n'était peint parmi cette multitude sans tmt que le jeune homme dont nous nous occupons cherchait, car il cherchait. Son regard inquiet se portait en avant, et bien au dessus de la ligne onduleuse formée par la foule, il attendait vraisemblablement un ca-

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valier on an éqiil(Nige. Mais les équipages ne se montraient pas encore, et parmi les cavaliers i^ n*étatt arrivé que les enthousiastes ou les intéressés à la course. L'heure aristocratique n'était pas encore venue.

Plusieurs fois il tira- sa montre et la remit avec une colère assez bien dissimulée; car il paraissait craindre d'être remarqué s'impatientant ainsi. Plusieurs fois il revint dans l'enceinte où se tenaient les chevaux, donna des ordres et lalla flatter un cheval noble et fier dont l'œil étincelait à des caresses qu'il semblait comprendre. Enfin, n'y pouvant plus tenir: Victor! dit-il sans plus de paroles à l'un des nombreux domestiques qui se trouvaient là. Puis il lui désigna un autre cheval que celui dont il avait semblé s*occuper.

— Mais Monsieur va se fatiguer , répondit le valet en faisant pourtant avancer le cheval demandé.

Sans tenir compte de l'observation, le jeune homme se mit prestement en selle. Le coursier partait, une main vigoureuse le saisit à la bride : On ne trouve pas votre pièce d'or, dit, faisant la grosse voix, rindividu qui venait d'arrêter le cavalier. On pense que Monsieur s'est fichu du pauvre monde. Voyez! nous avons ôté la bonde. Le réservoir est à sec. €es braves gens ont pris de la peine, et, quant à moi....

Précisément alors une voiture découverte débouchait par la rue principale de Massy.Une femme était seule dans cette voiture ; un cavalier trottait assez maladroitement à la portière.

— Enfin ! s'écria le jeune homme en pressant les

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flancs de soa cheval qui s'échappa, aHa&t où iMmi toas les vœux de son guide.

Le maqulgoon, car c'éUU Uiî qui avait lait oh*; slacle au cavalier, poussa un rugissemeni de rage. H venait de recevoir un vigoureux coup de cravachfe : sa main était en sang. 11 regarda partir le jmÊUB homme. La menace à la bouche et la veugeaiice an cœur, il allait s'élan6er, mais tout à coup il changea de pensée, et, ({e sa main meurtrie « il retint parla collier son molosse furieux qui obéit : on peut dm que tous deux se continrent.

Cependant le jeune homme était arrivé auprès dm landau, gouvernant son cheval avec grâce et aisaaee» Il salua d'abord la dame et reçut une poignée de main cordiale du cavalier, dont ce geste, un peu aventuré pour sa science hippique , dérangea fort la manœiH vre. Un regard prompt et significatif fut échangé^ entre les deux autres personnages. Puis le nouveau venu passa d'un coup de bride derrière le landau» où le suivit encore un regard de la dune. Dalis ce prompt trajet, deux mots furent dits, mais si bas et si rapidement, que l'œil dut les comprendre plutôt que l'oreille ne les entendit.

— £h bien ? dit le jeune homiqe avec toute l'anxiété de quelqu'un qui désire une réponse de laquelle va dépendre sa destinée. — Ils viendront! répondit la dame. Ensuite elle se retourna sans affectalion , mettant sur sa bouche un doigt myslérieQX.

Un éclair de joie traversa la figure. du jeune cavalier. Il s'essuya le front et respira comme quelqu'un qui, après un chemin difficile et laborieux, arrive au

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lMil.9ttii9 ûtkàê et raffermi , il se dirige» fers la portière inoocapée aa momeat où le landaa tournait sur hii>4iièiDe et remontait le chemin qa'il venait déjà 4e (larooarir.

Partonl où va la maltitnde, les riches, on, dcr moins, ceux qui tiennent ce qu'on est convenu d'appeler un état de maison , ne sauraient paraître sans qu'aussitôt on ne les nomme. Entre tous les spectatairs il y a toujours un fournisseur.quelconque qui Mt qui vous êtes; et , vingt fois sur trente, on gagnerait en pariant que tel homme du monde se promenant à dieval ou en voiture en un lieu public, trowera quelqu'un à pied qui a en poche un mémoire àpawr qui le concerne. Les personnages de cet épisode n'étaient pas dispersés encore , qu'un bijoutier et un selUer^carrossier avaient nommé le baron et la baronne de Ternay, leurs pratiques, et qu'un taiUeur, fort en |vogue parmi la fashion, avait dit que ce beau cavalier, H. Donatien Stévens , lui faisait l'honnear de s'endetter chez Im.

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