ACTE II, SCENE II
y renoncer et attendre le jour de la délivrance! (Avec énergie.) Mais quand ce jour-là arrivera...
LA PRÉSIDENTE
C'est ce que disait hier monsieur le duc d'Orléans : Si jamais je suis régent... ce sera terrible !
LA DUCHESSE
C'est tout simple, ce sont les digues qui amènent les inondations. (Elles vont s'asseoir à droite.)
LA PRÉSIDENTE, à demi-voix.
Il y a cependant, on en parle à Paris, un bal ce soir, mardi gras... à Versailles.
LA DUCHESSE
Oui... Il n'y avait qu'un prince assez hardi, assez brave pour oser le donner! c'est le futur régent, sous le nom de la princesse palatine, sa mère; et encore, vu la disgrâce complète dont il jouit, il ne risque rien ! Il ne court qu'un danger, celui de n'avoir personne à son bal.
LA PRÉSIDENTE
Il l'a bien compris (c'est mon mari qui me l'a confié) ! Pas un courtisan, jusqu'à ce jour, n'avait répondu à son invitation et n'aurait eu le courage de se montrer à sa soirée; mais le prince a fait annoncer ce matin que ce serait un bal masqué.
LA DUCHESSE, gaiement.
Ah ! tout le monde ira !
LA PRÉSIDENTE
11 y compte bien ! (a la Duchesse.) Irez-vousl
LA DUCHESSE, avec un soupir.
Mon mari ne me le permet pas! jEt le vôtre, chère Présidente?
LA PRÉSIDENTE
Il me le défend expressément, tant il a peur de se compromettre dans la personne de sa femme.
LA DUCHESSE
J'ai cru que Thémis était indépendante.
LA PRÉSIDENTE
Mon mari le répète tous les jours. Magistrat inflexible, il ne craint qu'une chose, c'est de déplaire à madame de Mainte-
non... Voilà pourquoi, nia belle Duchesse, je ne vais ni au concert, ni à l'Opéra, ni au bal... le tout, par autorité de justice!
LA DUCHESSE
Comment alors, chère Présidente, vous trouvez-vous aujourd'hui à Versailles? Votre mari, qui y passe sa vie, ne vous y amène jamais.
Il doit me présentera la marquise, et j'ai accepté... d'abord pour vous embrasser, duchesse, et puis pour l'amour de la musique, pour la Maupin, que je n'ai pas encore entendue.
LA DUCHESSE
En vérité !
LA PRÉSIDENTE
Il n'est bruit que d'elle, en ce moment, à Paris comme à Versailles. On prétend qu'elle vient de Madrid, où elle maniait d'abord le fleuret, où elle faisait des roulades et des armes. Tout cela est-il vrai ?
LA DUCHESSE
Je sais son histoire de la bouche môme de Campra, qui -me l'a racontée dans tous ses détails.
LA PRÉSIDENTE
Oh! parlez, chère duchesse, je vous écoute.
LA DUCHESSE
Campra, qui en sa qualité de surintendant de la musique du roi, est à la recherche de toutes les belles voix, lui avait, sur sa réputation, envoyé, il y a près de deux ans, un engagement à Madrid où elle venait d'obtenir de grands succès. Il se passionnait d'avance pour sa nouvelle cantatrice, lorsqu'un bruit court qu'elle a perdu sa voix!
LA PRÉSIDENTE
Ah ! mon Dieu !
LA DUCHESSE
Rassurez-vous, le rossignol chantait toujours. La Maupin arrive à Versailles, il y a six mois, plus brillante que jamais. Transports de Campra ! admiration de la cour ! triomphe de la débutante! car jamais accents plus purs et plus1 suaves n'avaient retenti dans la chapelle de Versailles! Du reste, une jeune personne douce, timide, et de fort bonne conduite, au