‹ Les trois mousquetaires. IllustrésChapitre 12 sur 35 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

»<TALITt.

Cependaiitniilady, ivre de colère, rugissant sur le pont du b.ntinient comme une lionne qu'on embarque, avait été tentée de .se jeter à la mer pour regagner la côte, car elle ne

j pouvait se Faire a l'idée qu'elle sivait été insultée par d'Ar- ' tagnan, menacée par Athos, et qu'elle quittait la France sani se venger d'eux.

Bientôt cette idée éiail devenue pour elle tellement insupportable, qu'au risque de ce qui pouvait en arriver de terrible pour clle-ninme, elle avait supplié le capitaine de la jeter sur la LÔte.

Mills le capitaine, pressé d'échapper à sa fausse [insition, placé entre les croiseurs français et anglais , comme la cliauvc-soiiris entre les rats et les oiseaui, avait grande hâte di' regagner l'Angleterre.

' l\^f II

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Athos prit la lettre, l'approcha de la lampe, y mit le feu et ne la lâcha qu'elle ne fut réduite en cendres.

LES TROIS MOUSQUETAinES.

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LES TROIS aiOUSQUETAlRES.

II. refusa donc obstinément d'obéir à ce qu'il appelait un caprice de femme, promettant à sa passagère, qui, au reste, lui était particulièrement recommandée par le cardinal, de la .jeter, si la mer et les Français le permettaient, dans un les ports de Bretafîue, soit à Lorient, soit à Brest. Mais, en ittendant, le vent était contraire, la mer mauvaise; on louvoyait eî l'on courait des bordées.

Neuf jours dpres la sortie de la Charente, milady, toute pâle de ses chngrins et de sa rage, voyait apparaître seulement les côtes Bleuâtres du Finistère.

Elle calcula que, pour traverser ce coin de la France et revenir prés du cardinal, il fallait au moins trois jours; ajoutez un jour pour le débarquement, cela faisait quatre.

Ajoutez ces quatre jours aux neuf autres : c'étaient treize jours de perdus, treize jours pendant lesquels tant d'événements importants se pouvaient passer .i Londres.

Elle songea que, sans aucun doute, le cardinal serait furieux de son retour, et (jue, par conséquent, il serait pins disposé à écouter les plaintes qu'on porterait contre elle que les accusations qu'elle porterait contre les autres.

Klle laissa en conséquence passer Lorient et Brest sans insister prés du capitaine, qui, de son côté, se garda bien de lui donner l'éveil.

Milady continua donc sa route, et, le jour même où Flanchet s'embarquûit de Portsmouth pour la France, la messagère de Son Eminence entrait triomphante dans le port.

Toute la ville était agitée d'un mouvement eilraordioaire.

Quatre grands vaisseaux récemment achevés venaient d'être lancés à la mer.

Debout sur la jetée, chamarré d'or, éblouissant, selon son habitude, de diamants et de pierreries, le feutre orné d'une plume blanche, on voyait Buckingham entouré d'nn étatmajor presque aussi brillant que lui.

C'était une de ces belles et rares journées d'été, où l'Angleterre se souvient qu'il y a un soleil.

L'astrL pâle, mais cependant splendide encore, se couchai: à l'horizon, empourprant à la fois le ciel et la terre de bandes de feu, el jetant sur les tours et les vieilles maisons de la ville un dernier rayon d'or qui faisait étinceler les vitres comme le reflet d'un incendie.

Milady , en respirant cet air de l'Océan , plus wf et plus balsamique à l'appioche de la terre, en contemplant toute la puissance de ces préparatifs qu'elle était chargée de détruire, toute la force de cette armée ([u'elle devait combattre à elle seule, elle, femme, avec quelques sacs d'or, se compara mentalement à Jtidilh, la terrible .luive, lorsqu'elle pénétra dans le camp des Assyriens et qu'elle vit la masse énorme de chars, de chevaux, d'hommes et d'armes qu'un geste de sa main devait dissiper comme un nuage de fumée.

On entra dans la rade; mais, comme on s'apprêtait a y jeter l'ancre, un petit cutter, formidablement armé, s'approcha du bâtiment marchand, se donnant comme garde-côte, et fit mettre à la mer son canot, qui se dirigea vers l'échelle.

Le canot renfermait un officier, un contre-maitre et huit rameurs.

L'officier seul monta à bord, où il fut reçu avec toute la déférence qu'inspire l'unifornie.

L'officier s'entretint quelques instants avec le patron, lui fit lire un papier dont il était porteur, et, sur l'ordre du capitaine marchand, tout l'équipage du bâtiment, matelots et passagers, fut appelé sur le pont.

Lorsque cette espèce d'appel fut fait, l'officier s'enquit tout haut du point de départ du brick, de sa route, de ses atterrissements, el à toutes les questions le capitaine satisfit sans hésitation et sans difficulté.

Alors l'officier commença de passer la revue de tontes les personnes les unes après les autres, et, s'arrêtant à milady, la considéra avec un grand sois, mais sacs lui adresser une seule parole.

Puis il s'adressa an capitaine, lui dit encore aeelques nH>i>-

et, comme si c'était à lui désormais que le bâtiment dùl obéir, il commanda une manœuvre que l'équipage exécuta aussitôt.

Alors le bâtiment se remit en route, toujours escorté du petit cutter, qui voguait bord à bord avec lui, menaçant son Uanc de la bouche de ses cinq canoBS, tandis que la barque suivait dans le sillon du navire, faible point près de l'énorme masse.

Pendant l'examen que l'officier avait fait de milady, mi lady, comme on le pense bien, l'avait de son côté dévoré du regard.

Mais, quelque habitude que celte femme aux yeux d tlamme eut de lire dans le cœur de ceux dont elle avait be ■soin de deviner les secrets , elle trouva celte fois un visag d'une impassibilité telle, qu'aucune découverte ne suivit son investigation.

L'officier qui s'était arrêté devant elle et (|iii l'avait s' lencieusement étudiée avec tant de soin pouvait être âgé d vingt-cinq à vingt-six ans, était blanc de visage, avec dei yeux bleu clair un peu enfoncés; sa bouche, fine et biei dessinée, demeurait immobile dans ses lignes correctes; son menton, vigoureusement accusé, dénotait celte force de volonté qui, dans le type vulgaire britannique, n'est ordinairement que de l'entêtement; un front un peu fuyant, comme il convient aux poètes, aux enthousiastes el aux soldats, était à peine ombragé d'une chevelure courte el clair-semèe qui, comme la barbe qui couvrait le bas de son visage, était d'une belle couleur châtain foncé.

Lorsqu'on entra dans le port, il faisait déjà nuit.

La brume épaississait encore l'obscurité et formait, autour des fanaux et des lanternes des jetées, un cercle pareil à celui qui entoure la lune quand le temps menace de devenir pluvieux.

L'air qu'on respirait était triste, humide et froid.

Milady, celte femme si forte, se sentait frissonner maleré elle.

L'officier se fil indiquer les paquets de milady, fit porter son bagage dans le canot, et, lorsque cette opération (ut fai^e, il l'invita à y descendre elle-même en lui tendant la main.

Milady regarda cet homme et hésita.

— Qui êtes-VGUs, monsieur, demanda-t-elle, qui avez la bonté de vous occuper si particulièrement de moi.'

— Vous devez le voir, madame, à mon uniforme. Je suiofficier de la marine anglaise, répondit le jeune homme.

— Mais enfin, est-ce l'habitude que les officiers de la marine anglaise se mettent aux ordres de leurs compatriotes, lorsqu'ils abordent dans un port de la Grande-Bretagne ei poussent la galanterie jusqu'à les conduire à terre?

— Oui, milady, c'est l'habitude, non point par galanterie, mais par prudence, qu'en temps de guerre les étrangers soient conauits à une notellerie désignée, afin que^ jusi|u' < parfaite information sur eux, ils restent sous la surveillant ■ du gouvernement.

Ces mots furent prononcés avec la politesse la plus exactet le calme le plus parfait.

Cependant ils n'eurent point le don de convaincre mi

lady.

— Mais je ne suis pas étrangère, monsieur, dit-elle ^wec l'accent le plus pur qui ait jamais retenti de Portsmouth a Mùricliesler ; je me nomme lady Clarick de Winier. et cette mesure...

— Cette mesure est générale, milady, et vou? tenteriei inutilement de vous y soustraire

— Je vous suivrai donc, monsieur.

Et, acceptant la main de l'officier, elle commença de crescendre l'échelle au bas de laquelle l'attendait le cano;.

L'officier la suivit; un grand manteau eiait étp^du à la poupe; l'otlicier ia fit asseoir sur le manteau et s'assit près d'elle.

— Nagez, dit-il aux matelots.

Les huit ranie> retombèrent dans la mer ne formant qu'un lieu! bruit, ne frappant qu'un seul coup, et le canot sembla Toler sur la surface de l'eau.

Au bout de cinq minutes, on louchait à terre.

L û/iirier sauta sut le quai et offrit la main é miladv.

Une voiture attendait.

— Cette voiture est-elle pour nous ? demanda railady

— Oui. madcime, répondit l'officier.

— L'hôtellerie est donc bien loin ?

— A l'autre bnnt de la ville

— Allons I dit miladv

L'ofTicier sauia sur le quai el onrii la in«in « muaaf

El elle monta résolument dans 11 voilure.

LofliciRr veilla à ce que les paquets fussent solidement •Itachcs derrière la caisse, el, celle opération terminée, prit ta place près de niilady el referma la porliere. ■ Aussitôt, sans c)u'aucuD ordre fût donné el sans qu'on eût besoin de lui iridii|uer sa destination, le cocher partit au galop et s'enfonça dans les rues de b ville

Une réception si étrange devait être pour niilady une ti» pic matière à réQexioa.

Aussi, voyant que le jeune officier ne paraissait nullenieiil disiiosé à lier conversalion, elle s'accouda dans un angle d« •la voilure et pa.ssa les unes après les autres eu revue loulei les suppositions i|ui se iiréstntcrent à sou esprit.

Cependant au bout d'un quart d'Heure, étonnée de U Ion-

fi.?

gueur du chemin, elle se pencha vers la portière pour voir ou on la conduisait.

On n'apercevait plus de maisons : des arbres apparaissaient dans les ténèbres comme •de grands fantômes noirs courant les uns après les autres-

Miladf frissonna.

— Mais nous ne sommes plus dans la ville, monsieur, dit-elle. '

Le jeune officier garda le silence.

— Je n'irai pas plus loin si v«us ne me dites pas où vow I Wf conduiset. je vous en préviens, monsieur.

= — ?;-liriii''"l ' , - ■ 4i

Et.'.l-

On homme pa^ul sur le aeiiil de la purie. — I'aue ùo.

Celte menace n'obtint aucune réponse.

— Ah; c'est trop fort! s'écria milady. Au secours ! au cecours !

Pas une voli ne répondit é la sienne; la voiture continua 4e rouler avec rapidité.

L'officier semblait être une statue.

Milady regarda l'ofQcier avec une Je ces ojpressions terribles, particulières à son visage, et qui manquaient si rarement leur eCet; la colère faisait étincclcr ses yeux daot l'ombre.

Le jeune homme resta impassible.

Milady voulut ouvrir la portière et ae (iricipilor.

— Prenez garde, madame, dit froidement le jeune hoimne, TOUS vous tuerez en sautant.

Milady se rassit écumante.

L'officier se pencha , la regarda à son tour, parut surpris de voir cette figure, si belle naguère, bouleversée par la rage et devenue presque hideuse.

L'astucieuse créature comprit qu'elle se perdait en laissant voir ainsi dans son Sme ; elle rasséréna ses traits, et, d'une voix gémissante :

— Au nom du ciel, monsieur, dites-moi si c'est à vous, si c'est à votre gouvernement, si c'est à un ennemi, que je dois ittribuer la violence que l'on me fait.

— On ne vous fait aucune violence, madame, et ce qui vous arrive est le résultat d'une mesure toute simple que nous sommes forcés de prendre avec tous ceux qui débarquent en Angleterre

— Alors vous ne méconnaissez pas, monsieur?

— Cest la première fois que j'ai l'honneur de vous voir.

— Et. sur votre honneur, vous n'avez aucun sujet de haine contre moi?

— Aucun, je vous le jure.

Il y avait tant de sérénité, de sang-froid, de douceur, dans la bouche du jeune homme, que milady fut rassurée.

Enfin, après une heure de marche à peu prés, la voiture s'arrêta devant une grille de fer qui fermait un chemin creux conduisant à un château sévère de forme, massif et ;.-olé.

.\lors, comme le» roues tournaient sur un sable Gn , milady entendit un vaste mugissement qu'elle reconnut pour 't bruit de la mer qui vient se briser sur une ''Me es- ^irpée.

La voiture passa sous deux voûtes et enfin s'arrêta dans "ae cour somure et carrée

Presque aussitôt la portière s'ouvrit, le jeune homme auta légèrement à terre et présenta sa main à milady, qui <i'appuya dessus et descendit à son tour avec assez de calme.

— Toujours est-il, dit milady en regardant autour d'elle et en ramenant ses yeux sur le jeune ftfficier avec le plus ^acieux sourire du monde, que je suis prisonnière; mais je ne le serai point pour longtemps, j'en suis sûre, ajoutât-elle. Ma conscience et votre politesse, monsieur, m'en sont garants.

Si Qatteur que fût le comiiliment, l'officier ne répondit rien ; mais, tirant de sa ceinture un petit silUet d'ari;enl pareil à celui dont se servent les contre-maitres sur les b.itimenls de guerre, il siffla trois fois sur trois modulations différentes ; aussitôt plusieurs hommes parurent, dételèrent les chevaux fumants et emmenèrent la voiture sous une remise.

L'officier, toujours avec la même politesse calme, invit» .sa pri.sonniere à entrer dans la maison.

Celle-ci, toujours avec son même visage souriant, lui prit !e bras et entra avec lui sous une porte basse et cintrée qui, par une voote éclairée seulement au fond, conduisait ,i un escalier de iiierre tournant autour d'une arête de pierre; nuis on s'arrêta devant une porte massive, qui, après l'introduction d'une clef que le jeune homme portait sur lui, roula lourdement sîir ses gonds et donna ouverture à la chambre deslinée a milady.

D'un seul regard la prisonnière embrassa l'appartement dans se.s moindres détails.

C'était une chambre dont l'ameublement était n la fois 'ulrii iirnpre pour KP.e prison et bien sévère pour une habitalion u'IioMiiiie libre

Cependant des barreaux aox fenêtres et des verrous extélieursà la porte décidaient le procès en faveur de la prison- Un instant, toute la force d'ilme de cette créature, Ireip-

pée cependant aux sources les plus vigoureuses, l'alua-

donna.

Elle tomba sur un fauteuil, croisant les bras, baissant la tête et s'attendant à chaque instant à voir entrer un juge pour l'interroger.

Mais personne n'entra, excepté deux ou trois soldftts de marine, qui apportèrent les malles et les caisses, les déposèrent dans un coin et se retirèrent sans rien dire.

L'officier présidait à tous ces détails avec le même calme que milady lui avait constamment vu, ne prononçant pas une seule parole et se faisant obéir d'un geste de sa main ou d'un coup de son sifQet.

On eût dit qu'entre cet homme et ses inférieurs la langue parlée n'existait pas ou était devenue inutile.

Enfin milady n'y put tenir plus longtemps, elle rompit le silence

— Au nom du ciel, s'écria-t-elle, monsieur, que veut direj tout ce qui se passe? fixez mes irrésolutions; j'ai du courage pour tout danger que je prévois, pour tout malheur que j«: comprends. Ou suis-jeetque suis-ie ici?Suis-je libre? pour-' quoi ces barreaux et ces portes? Suis-je prisonnière? quel crime ai-je commis?

— Vous êtes ici dans l'appartement qui vous est destiné, madame. J'ai reçu l'ordre d'aller vous prendre en mer et d« vous conduire en ce château. Cet ordre, je l'ai accompli, j« crois, avec toute la rigidité d'un soldat, mais en même tempi avec toute la courtoisie d'un senlilhorame. Là se termine, du moins jusqu'à présent, la charge que j'ai à remplir prêt de VOUS; le reste regarde une autre personne.

— Et cette autre personne, quelle est-elle? demanda milady; ne pouvez- vous me dire son nom?

En ce moment, on entendit par les escaliers un grand bruit d'éperons; quelques voix passèrent et s'éteignirent, «* le bruit d'un pas isolé se rapprocha de la porte.

— Cette personne, la voici, madame, dit l'officier en démasquant le passage et en se rangeant dans l'attitude du respect et de la soumission.

En même temps, la porte s'ouvrit.

Un homme parut sur le seuil de la porte.

Il était sans chapeau, portail l'épée au coté et froissait ui mouchoir entre ses doigts.

Milady crut reconnaître cette ombre dans l'ombre; e\li s'appuya d'une main sur le bras de son fauteuil, et avançj la tête comme pour aller au-devant d'une certitude.

Alors l'étranger s'approcha lentement, et, a mesure qu'J s'avnçait, en entrant dans le cercle de lumière projetée pa" la lampe, inihidy se reculait involontairement.

Puis, lorsqu'elle n'eut plus aucun doute :

— Eh quoi ! mon frère, s'écria-t-elle au comble de la si» peur, c'est vous '.'

— Oui, belle dame, répondit lord de Winter en faisant un salut moitié courtois, moitié ironique, m,ai-même.

— Mais alors ce ciiâteau?..

— Est à moi.

— Celte chambre ?.

— C'est la vôtre.

— Je suis donc votre prisonnière ?

— A peu près.

— Mais c'est un abus affreux de la force !

— Tas de grands mots; asseyons-nous et causons tranquillement, comme il convient de faire entre un frère et uu« sœur.

Puis se retournant vers la porte et voyant que le jeune officier attendait ses derniers ordres :

— C'est bien, dit-il, je vous remercie; maintenant laissa» nous, monsieur FellOD.

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