‹ Les trois mousquetaires. IllustrésChapitre 17 sur 35 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

noisiÈME jon» Ht captivttï.

Pelton était venu ; mais il y avait uu second pas à faire : I fallait \e retenir, ou plutôt il fallait qu'il restât tout seul.

et milady n'entrevoyait qu'obscurément le moyen qui devait la conduire à ce résultat.

Il fallait plus encore, il fallait le faire parler, afin de lai parler aussi, car miladv le savait bien, sa plus grande séduction était dans sa 'voix, qui parcourait si habilement toute la gamme des tons, depuis la parole humaine jusqu'au langage céleste.

Et cependant, malgré toute celte séduction, milady pouvait échouer, car Feïton était prévenu, échouer contrt U moindre hasard.

ly* soldat de g«rde •'était arrét£ comme s'il eftt été changé en pierr». ~ P»oi 83.

Dés lors elle surveilla toutes ses actions, toutes ses parole», jusqu'au plus simple regard de ses yeux, jusqu'à son ;estc, jusqu'à sd respiration, qu'on pouvait interpréter comme un soupir; enfin clic étudia tout, comme fait un habile comédien à qui l'on vient de donner un rùle nouveau dans un emploi qu'il n'a pas l'habitude de tenir.

Vis-a-vis de lord de Winter, sa conduite était plus facile; aiuii avait elle été arrêtée dé« la veille.

Rester muette et digne en sa présence, do temps en temns l'irriter par un dédain affecté, par un mot méprisant, le pousser à des menaces cl à des violences qui feraient un contraste avec sa résignation à elle, tel était son projet.

Felton vcrrcit; peut-être ne dirait-ii rion. mais il verrait.

Le m atin,Fel Ion vint comme d'habitude, mais milady le

LES TROIS MOLSQUETAIRES.

laissa préluder à tous les apprêts du déjeuner sans lui adresser la parole.

Aussi, au moment où il allait se retirer, eut-elle une lueur d'espoir, car elle crut que c'était lui qui allait parler.

Mais ses lèvres remuèrent sans au'aucun son sortit de u bouche, et. faisant un effort sur lui-même, il renferma

dans son cœur les paroles qui allaient s'échapper de ses lèvres, et partit.

Vers midi, lord de Winter entra.

Il faisait une belle journée d'été, et un rayon de ce pâle soleil d'Angleterre qui éclaire, mais qui n'échauffe pas, passait à travers les barreaux de la prison.

— Seigneur, seigneur, pardonnez â cet homme comme je lui pardonne moi-même I — P»gb 86.

Milady regardait par sa fenêtre et fit semblant de ne pas entendre la porte qui s'ouvrait.

— Ah ! ah ! dit lord de Wiuter, après avoir fait de la comédie, après avoir fait de la tragédie, voilà que nous faisons de la mélancolie.

U prisonnière ne répondit pa».

— Oui. oui, continua lord de Winter, je comprends; vous voudriez bien être en liberté sur ce rivage ; vous voudriez bien, sur un bon navire, fendre les Qots de cette mer, verte comme de l'émeraude; vous voudriez bien, soit sur terre, soit sur l'Océan, me dresser une de ces bonnes petites embuscades comme vous savez si bien les combiner. Patience I patience! dans quatre jours le rivage vous sera permis, la mei- ?ous sera ouverte, plus ouverte que vous n*

Toudrez, car dans quatre jours l'Angleterre sera débarras- «ée lie vous.

Milady joignit les mains, et, levant ses beaux yeux vers le ciel .

— Seigneur, Seigneur, diï-elle avec une angélique suavité de geste et d'intonation, pardonnez à cet homme comme je lui pardonne moi-même!

— Oui, prie, maudite ! s'écria le baron, ta prière est d'autant plus généreuse, que tu es, je te le jure, au pouvoir d'un homme qui ne pardonnera pas.

Et il sortit.

Au moment où il sortait, im regard perçant glissa par la porte entre-bàillée, et elle aperçut Felton qui se rangeait rapidement pour n'être pas vu d'elle.

Alors elle se jeta à genoux et se mit à prier.

— Mon Dieu ! mon Dieu! dit-elle, vous savez pour quelle sainte cause je souffre ; donnez-moi donc la force de souffrir!

La porte s'ouvrit doucement.

La belle suppliante Qt semblant de ne pas avoir entendu, et, d'une voix pleine de larmes, elle continua .

— Dieu vengeur! Dieu de bonté! laisserez-vous s'accomplir les affreux projets de cet homme?

Alors seulement elle feignit d'entendre le bruit des pas de Felton, et, se relevant rapide comme la pensée, elle rougit comme si elle avait été honteuse d'avoir été surprise à fenoui.

— Je n'aime point à déranger ceux qui prient, madame, dit gravement Felton, ne vous dérangez donc pas pour moi, je vous en conjure.

— Comment savez-vous que je priais, monsieur? dit milady d'une voix suffoquée par les sanglots ; vous vous trompiez, monsieur, je ne priais pas.

— Pensez-vous donc, madame, répondit Felton de sa même voix grave, quoique avec un accent plus doux, que je me croie le droit d'empêcher une créature de se prosterner devant son Créateur? A Dieu ne plaise! D'ailleurs, le repentir sied bien aux coupables, quelque crime qu'ils aient commis ) un coupable m'est sacré aux pieds de Dieu.

— Coupable, moi ! dit milady avec un sourire qui eût désarmé l'ange du jugement dernier. Coupable! ômon Dieu! tu sais si je le suis ; Dites que je suis condamnée, monsieur, à la bonne heure! mais, vous le savez, Dieu, qui aime les martyrs, permet que l'on condamne quelquefois les innocents.

— Fussiez-vous condamnée, fussiez-vous innocente, fussiei-vous martyre, répondit Felton, raison de plus pour prier, et moi-même je vous aiderai de mes prières.

— Oh! vous êtes un juste, vous! s'écria milady en se ^écipitanl à ses pieds; tenez, je n'y puis tenir plus long-

jmps, car je crams de manquer de force au moment ou il me faudra soutenir la lutte et confesser ma foi ; écoutez donc la supplication d'une femme au désespoir. On vous abuse, monsieur; mais il n'est pas question de cela; je ne TOUS demande qu'une gr.1ce, et, si vous me l'accordez, je TOUS bénirai dans ce monde et dans l'autre.

— Parlez au maître, madanie, dit Felton, je ne suis heureusement chargé, moi, ni de pardonner ni de punir, et c'est à plus haut que Dieu a remis cette responsabilité.

— A vous. Non, à vous seul. Ecoutez-moi, plutôt que de contribuer à ma perte, plutôt que de contribuer à mon ignominie.

— Si vous «»ez mérité cette honte, madame, si vous avez encouru cette ignominie, il faut 1 1 subir en l'offrant à Dieu.

— Que dites-vous? Oh! vous ne me comprenez pas! Quand je parle d'ignominie, vous croyez qui \e parle d'un

châtiment quelconque, de la prison ou de la mort. Pliit au ciel ! que m'importent à moi la mort ou la prison?

— C'est moi qui ne vous comprends plus, madame, dit Felton.

— Ou qui faites semblant de ne plus me comprendre, monsieur, répondit la prisonnière avec un sourire d» doute.

— Non, madame, sur l'honneur d'un soldat, sur la foi d'un chrétien !

— Comment ! vous ignorez les desseins de lord de Winter sur moi ?

— Je les ignore.

— Impossible! Vous, son conGdentI

— Je ne mens jamais, madame.

— Oh ! mais il te cache trop peu cependant pour qu oi ne le devine pas.

— Je ne cherche à rien deviner, madame, j'attends qu'on me confie, et, à part ce qu'il m'a dit devant vous, lord de Winter ne m'a rien confié.

— Mais, s'écria milady avec un incroyable accent de vérité, vous n'êtes donc pas son complice? vous ne savez donc

fias qu'il me destine une honte que tous les châtimer ts de a terre ne sauraient égaler en horreur.

— Vous vous trompez, madame, dit Felton en rougissant, lord de Winter n'est point capable d'un tel crime.

— Bon, dit milady en elle-même, sans savoir ce que c'est, il appelle cela un crime.

Puis tout haut :

— L'ami de l'infâme est capable de tout.

— Qu'appelez-vous l'infâme? dit Felton.

— Y a-t-il donc en Angleterre deux hommes à qui nn semblable nom puisse convenir?

— Vous voulez parler de Georges Villiers, dit Felton, dont les regards s'enflammèrent.

— Que les païens, les gentils et les infidèles appellent duc de Buckingham, reprit milady. Je n'aurais pas cru qu'il y aurait eu un Anglais dans toute l'Angleterre qui eût eu besoin d'une si longue explication pour reconnaître celui dont je voulais parler. .

— La main du Seigneur est étendue sur lui, il n'échappera pas au châtiment qu'il mérite.

Felton ne faisait qu'exprimer à l'égard du duc le sentiment d'exécration que tous les Anglais avaient voué à celui que les catholiques eux-mêmes appelaient l'exacteur, le concussionnaire, le débauché, et que les puritains appelaient tout simplement Satan.

— Ohl mon Dieu! mon Dieu' s'écria milady, quand je vous supplie d'envoyer à cet homme le châtiment qui lui est dû, vous savez que ce n'est pas ma propre vengeance que je poursuis, mais la délivrance de tout un peuple que j implore.

— Le connaissez-vous donc? demanda Felton.

— Enfin il m'interroçe ! se dit en elle-même milady au comble de la joie d'en être arrivée si vite à un si grano résultat.

— Oh ! si je le connais ! oh ! oui, pour mon malheur pour mon malheur éternel !

Et milady se tordit les bras, comme ariivée an paruxysm de la douleur.

Felton sentit sans doute en lui-même que sa force l'abandonnait; il fit quelques pas vers la porte.

La prisonnière, qui ne le perdait pas de vue, bondit à sa poursuite et l'arrêta.

— Monsieur, s'écria-t-clle, soyez bon, soyez clément, écoulez ma prière. Ce couteau, «fire là fatale prudence du baron m'a enlevé parce qu'il sait l'usage que j'en veux faire... Oh 1 écoutei-raoi jusqu'au boiitl Ce couteau, renaes-

Feltoîi.

LES mois JIOUSQUETAIBES.

Page 87. - II.

te-moi une minute seulement, par grâce, par pitié! J'embrasse vos genoux ! Voyez, vous fermerez la porte ; ce n'est pas à vous que j'en veux. Dieu ! vous en vouloir, à vous, le seul être juste, bon et compatissant que j'aie reqconlré! à vous, mon sauveur, peut-être ! Une mniute ce couteau, une minute, une seule, et je vous le rends par le guichet de la porte! Rien qu'une minute, monsieur Felton, et vous m'aurez sauvé l'honneur.

— Vous tuer ! s'écria Felton avec terreur, oubliant de retirer ses mains des mains de la prisonnière ; vous tuer !

— J'ai dit, monsieur, murmura milady en baissant la Toix et en se laissant tomber affaissée sur le parquet, j'ai dit mon secret! il sait tout , mon Dieu ! je suis perdue I

Felton demeurait debout, immobile et indécis.

— Il doute encore, pensa milady, je n'ai pas été assez vraie.

On entendit marcher dans le corridor; milady reconnut le pas de lord de Winter.

Felton le reconnut aussi et s'avança vers la porte. Milady s'élança.

— Oh! pas un mot, dit-elle d'une voix concentrée, pas un mot de tout ce que je vous ai dit. à cet homme, ou je suis perdue; et c'est vous... vous...

Puis, comme les pas se rapprochaient, elle se tut de peur qu'on entendit sa voix, appuyant avec un geste de terreur infinie sa belle main sur la bouche de Felton.

Felton repoussa doucement milady, qui alla tomber Sur une chaise longue.

Lord de Winter passa devant la porte sans s'arrêter, et l'on entendit le bruit des pas qui s'éloignaient.

Felton, pâle comme la mort, resta quelques instants l'oreille tendue et écoutant; puis, quand le bruit se fut éteint totit à fait, il respira comme un homme qui sort d'un songe, et s'élança hors de l'appartement.

— Ah I dit milady en écoutant à son tour le bruit des pas de Felton, qui s'éloignait dans la direction oppo.sée à ceux de lord de Winter, enfin, tu es donc à moi!

Puis son front se rembrunit.

— S'il parle au baron, dit-elle, je suis perdue, car le baron, qui sait bien que je ne me tuerai pas, me mettra devant lui un couteau entre les mains, et il verra bien que tout ce grand désespoir n'était qu'un jeu.

Elle alla se placer devant sa glace et se regarda; jamais elle n'avait été si belle.

— Oh oui ! dit-elle en souriant, mais il ne lui parlera pas ! Le soir, lord de Winter accompagna le souper.

— Monsieur, lui dit milady, votre présence est-elle un accessoire obligé de ma captivité, et ne pourriez-vous m'épargner ce surcroit de tortures que me causent vos visites .'

— Comment doue, chère sœur, dit da Winter, ne m'avez- Tous pas sentimentalement annoncé de cette jolie bouche, si cruelle pour moi aujourd'hui, que vous veniez en Angleterre à cette seule fin de me voir tout à votre aise, jouis- -wnce dont, me disiez-vous, vous ressentiez si vivement la privation, que vous avez tout risqué pour cela, mal de mer, tempête, captivité? Eh bien! me voilà, soyez satisfaite. D'ailleurs, '•ette fois ma visite a un motif.

Milady frissonna, elle crut que Felton avait parlé.

Jamais de sa vie peut-être cette femme, qui avait éprouvé lant d'émotions puissantes et opposées, n'avait senti battre •on cœur si violemment.

Elle était assise.

Lord de Winter prit un fauteuil, le tira à ses côtés, et s'assit auprès d'elle; puis, prenant dans sa poche un papier qu'il déploya lentement :

— Tenez, lui dit-il, je voulais vous montrer cette espèce de passe-port, que j'ai rédigé moi-même et qui vous servira désormais de numéro d'ordre dans la vie que je consens é vous laisser.

Puis, ramenant ses yeux de milady sur le papier, il lut

« Ordre de conduire à... »

— Le nom est en blanc, interrompit de Winter; si vous avez quelque préférence, vous me l'indiquerez, et, pour peu

3ue ce soit à un millier de lieues de Londres, il sera fait roit à votre requête. Je reprends donc .

« Ordre de conduire à... la nommée Charlotte Backson, flétrie par la justice du royaume de France, mais libérée après châtiment.

« Elle demeurera dans cette résidence sans jamais s'en écarter de plus de trois lieues.

« En cas de tentative d'évasion, la peine de mort lui sera appliquée.

« Elle touchera cinq schellings par jour pour son hgement et sa nourriture. »

— Cet ordre ne me concerne pas, répondit froidement milady, puisqu'un autre nom que le mien y est porté.

— Un nom ! est-ce que vous en avez un?

— J'ai celui de votre frère.

— Vous vous trompez : mon frère n'est que votre second mari, et le premier vit encore. Dites-moi son nom, et je le mettrai en place du nom de Charlotte Backson. Non, vous ne voulez pas?... vous gardez b silence? C'est bien; vous serez écrouee sous le nom de Charlotte Backson.

Milady demeura silencieuse; seulement, cette fois ce n'était plus par affectation, c'était par terreur.

Elle crut l'ordre prêt à être exécuté; elle pensa que lord de Winter avait avancé son départ; elle crut qu'elle était condamnée à partir le soir même.

Tout dans son es | rit fut donc perdu pendant un instant, quand tout à coup elle s'aperçut que l'ordre n'était revêtu d'aucune signature.

La joie qu'elle ressentit de cette découverte fut si grande, qu'elle ne put la cacher.

— Oui, oui, dit lord de Winter, qui remarqua ce qui se passait en elle, oui, oui, vous cherchez la signature, et vous vous dites : Tout n'est point désespéré, puisque cet acte n'est pas signé. On me le montre pour m'effrayer, voilà tout. Vous vous trompez : demain cet ordre sera envoyé à lord Buckingham ; après demain il reviendra signé de sa main et revêtu de son sceau, et vingt-quatre heures après, c'est moi qui vous en réponds, il recevra son commencement d'exécution. Adieu, madame, voilà tout ce que j'avais à vous dire.

— Et moi je vous répondrai, monsieur, que cet abus de pouvoir, que cet exil sous un nom supposé sont une infamie

— Aimez-vous mieux être pendue sous votre vrai nom, milady? Vous le savez, les lois anglaises sont inexorables sur l'abus que l'on fait du mariage; expliquez-vous franchement : quoique mon nom, ou plutôt que le nom de mon frère se trouve mêlé dans tout cela, je risquerai le scandale d'un procès public pour être sûr que du coup je serai débarrassé de vous.

Milady ne répondit pas, mais devint pâle comme ua ca davre.

— Oh! je vois que vous aimez mieux la pérégrination. A merveilU oudame. et il y a un vieux ;>royerbe aui dit aiM

îes voyages forment la jeunesse. Ma foi, vous n'avez pas tout à' fait tort, et la vie est bonne. C'est pour cela que je ne me soucie pas que vous me l'ôliez Reste donc à régler "affaire des cinq schellings ; je me montre un peu parcimoaieux, n'est-ce pas? cela lient à ce que je ne me soucie point que vous corrompiez vos gardiens. D'ailleurs, il vous restera toujours vos charmes pour les séduire. Usez-en, si

votre écliec avec Felton ne vous a pas dégoûtée des lent»tives de ce genre.

— Felton n'a point parlé, se dit milady à elle-même rien n'est perdu alors.

— Et maintenant, madame, à vous revoir! Demain je reviendrai vous annoncer le départ de mon messager.

— Cet ardr* ne me concerne p», répondit rruidemcni mila>l;, puisqa un >uire nuni que le luien y ut porte. — Vtet (H.

Lord de Winter se leva, salua ironiquement milady et sortit. Milady respira.

Elle avait encore quatre jours devant elle; quatre jours 'tji sufGraient pour achever de séduire Felton. • Une idée terrible lui vint alors, c'est que lord de Winter enverrait pnut-étre Felton lui-mcme pour faire signer l'or- Ire i Buckiiigham.

De cette façon, Felton lui échappait; car, pour que la prisonniiM'c réussit, il fallait la magie d'une sé.luction continue.

Cependant, comme nous l'avons dit, une chose la rassurait: l'clton n'avait pas parlé.

Elle ne voulut point paraître émue par les menaces de loH de Winter.

LES TROIS MOUSQUETAir.ES.

Elle se mit à table et mangea.

Puis, comme elle avait Tait la veille, elle se mit à genoui et répéta tout haut ses prières.

Comme la veille, le soldat cessa de marcher et s'arrêta pour l'écouter.

Bientôt elle entendit des pas plus légers que ceux de la

sentinelle qui venaient du fond du corridor et qui s'arritaient devant sa porte.

— C'est lui, dit-elle

Et elle commença le même chant religieux qui la veîUa avait si violemment exalté Felton.

— Je suis soldat, madame, et j'accomplis les ordres que j'ai reçus. Page 9f

Mais, quoiçiue sa voix douce, pleine et sonore, eiit vibré pl'is harmonieuse et plus déchirante que jamais, la porte rrsta close.

Il parut bien à milady. dans un des regards furtifs qu'elle lançait sur le petit guichet, apercevoir à travers le grillage serré les yeux ardents du jeune homme.

Mais que ce fût une réalité ou une vision, cette fois il eut sur lui-même la puissance de ne pas entrer.

Seulement, quelques instants après qu'elle eut fini son chant religieux, milady c/ut entendre un profond soupir.

Puis les mêmes pas qu'elle avait entendus s'approciier s'éloignèrent lentemeu'. et comme à rearet.

chapitrf: xviu.

QDATMÉME JODI DE CAPTIVITE.

Le lendemain, lorsque Felton entra chez milady, il la troiiv» debout, montée sur un fauteuil, tenant entre ses mains une corde tissue à l'aide de quelques mouchoirs de batiste déchiré? en lanières, tressés les uns avec les autres et attachés bout a bout.

Au bruit que fit Felton en ouvrant la porte, railady sauta légèrement à bas de son fauteuil et essaya de cacher derri-'re elle cette corde improvisée, qu'elle tenait à la main.

Le jeune homme était plus pâle encore que d'habitude, et ses yeux, rougis par l'insomnie, indiquaient qu'il avait passé une nuit fiévreuse.

Cependant son front était armé d'une sérénité plus austère que jamais.

Il s'avança lentement vers railady, qui s'était assise, et, prenant un bout de la tresse meurtrière que, par mégarde, ou à dessein peut-être, elle avait laissé passer :

— Qu'est-ce que cela, madame? demanda-t-ll froidement.

— Cela? rien, dit milady en souriant avec cette expression douloureuse au'elle savait si bien donner à son sourire. L'ennui, tous ne 1 ignorez pas, est l'ennemi mortel des prisoiiri!'?rs. Je m'ennuyais, et je me suis nmiisée à tresser celte conie.

Peîton porta les yeux vers le point du mur de l'appartement devant lequel il avait trouvé milady debout sur le fauteuil où elle était assise maintenant, et au-dessus de sa tête il aperçut un crampon doré, scellé dans le mur, et qui servait à accrocher soil des bardes, soit des armes.

11 tressaillit, et la prisonnière vil ce tressaillement, car, quoiqu'elle eût les yeux baissés, rien ne lui échappait.

— El que faisiez-vous debout sur ce fauteuil '' demanda t-il.

— Que' vous importe? répondit milady.

— Mais, reprit Felton, je désire le savoir.

— Ne m'interrogez pas, dit la prisonnière; vous savez bien qu'à nous autres véritables chrétiens il nous est défendu de mentir.

— Eh bien ! dit Felton, je vais vous le dire, ce que vous faisiez, ou plutôt ce que vous alliez faire. Vous alliez achever l'œuvre fatale que vous nourrissiez dans votre esjirit. Songez-y, madame, si votre Dieu défend le mensonge, il défend bien plus sévèrement encore le suicide.

— Quand Dieu voit une de ses créatures persécutée injustement, pincée entre le suicide et le déshonneur, croyezmoi, monsieur, répondit milady d'un ton de |irofonde conviction. Dieu lui pardonne le suicide, car alors le suicide c'est le martyre.

— Vous en dites trop ou trop peu; parlez, madame, au nom du ciel, expliquez-vous!

— Que je vous raconte mes malheurs, pour que vous les traitiez de fables I que je vous dise mes projets, pour que vous alliez les dénoncer à mon persécuteur! Non, monsieur. D'ailleurs, que vous importe la vie on la mort d'une malheureuse Qocrdamnée .' Vous ne répondez q\ie de mon corps, n'esl-ce jins? et, pourvu qui: vous représentiez un cadavre qui soil reconnu pour le mien, on ne vous en demandera pas davantage, et peut-être même aurei-vous double récompense.

— Moi ! madame, moi ! s'écria Felton, supposer que j'accepterais j.im.iis le prix de votre vie! Oh ! vous ne pensaz p«s ce que vou^ dites'

— L»isscz-moi laiie Felton ; laissez-moi faire ditmiladj

en s'exaltaut; tout soldat doit être ambitieux, n'est-ce pas? Vous êtes lieutenant, eh bien ! vous suivrez mon convoi avec le grade de capitaine.

— Mais que vous ai-je donc fait? dit Felton ébranlé, pour que vous me chargiez d'une pareille responsabilité devant les hommes et devant Dieu? Dans quelques jours vous allez être loin d'ici, madame; votre vie ne sera plus sous ma garde, et, ajouta-t-il avec un soupir, alors... alors vous en lerez ce que vous voudrez.

— Ainsi, s'écria milady, comme si elle ne pouvait résister à une sainte indignation, vous, un homme pieux, vous que l'on appelle un juste, vous ne demandez qu'une chose, c'est de n'être point inculpé, inquiété pour ma mort ?

— Je dois veiller sur votre vie, madame, et j'y veillerai.

— Mais comprenez-vous la mission que vous remplissez? Cruelle déjà si j'étais coupable, ((uei nom lui douiiereivous, quel nom le Seigneur lui donnera-t-il si je suis innrcente ?

— Je suis soldat, madame, et j'accomplis les ordres que j'ai reçus.

— Croyez- vous qu'au jour du jugement dernier Dieu séparera les bourreaux aveugles des juges iniques? Vous ne voulez pas que je tue mon corps, et vous vous faites l'agent de celui qui veut tuer mon âme!

— Mais, je vous le répète, reprit Felton ébranlé, aucun danger ne vous menace, et je reponds de lord de Winter comme de moi-même.

— Insensé ! s'écria milady, pauvre insensé, qui ose répondre d'un autre homme, quand les plus sages, quand les plus grands selon Dieu hésitent à répondre d'eux-mêmes, et qui se range du parti le plus fort et le plus heureux pour accabler la plus faible et la plus malheureuse !

— Impossible, madame, impossible! ■'wurraura Felton, qui sentait au fond du cœur la justesse de cet argument ; prisonnière, vous ne recouvrerez pa" par moi la liberté; vivante, vous ne perdrez pas par Wi la vie.

— Oui, s'écria milady, mais (6 perdrai ce qui m'est bien plus cher que la vie, je perdrai l'honneur, Felton, et c'est vous, vous que je ferai responsable devant Dieu et devant les hommes de ma honte et de mon infamie!

Cette fois Felton, tout impassible qu'il était ou qu'il faisait semblant d'être, ne put résister à l'influence secrète qui s'était déjà emparée de lui.

Voir cette femme si belle, blanche comme la plus candide vision, la voir tour à tour éplorée et menaçante, subir à la fois l'ascendant de la douleur et de la beauté, c'était trop pour un visionnaire, c'était trop pour un cerveau miné par les rêves ardents de la foi extatique, c'était fro|i pour un cœur corrodé à la fois par l'amour da ciel, qui brûle, et par la haiue des hommes, qui dévore.

Milady vit le trouble, elle si'nlit par intuition li Uaniinc des passions opposées qui brillaient avec le sang dans les veines du jeune fanatique, et, pareil à un général habile qui, voyant l'ennemi prêt ;i reculer, marche sur lui ci) poussant un cri de victoire, elle se leva, belle comme une prêtresse antique, inspirée comme une vierge chrétienne, et, le bras étenau, le cou découvert, les cheveux épars, retenant d'une main sa robe pudiquement ramenée sur sa poitrine, le regard illuminé de ce feu qui avait déjà porté le désordre dans les sens du jeune puritain, elle marcht vers lui, s'écriani sur un air véhément, de sa voix si douce, et à laquelle dans l'occasion elle donnait un accent si terrible *

Livre à Ba.il s;i vicUiue, Jette aux lions le rtiiirtyr; Dieu le fcr.i repentir!...

Je crie à lui de l'abîme

Felton s'arrêta comme pétrifié.

— Qui ètes-vous? qui éles-vous? s'écria-l-il en joignant les mains; ètes-vous ange uu démon? vous aDDelci-vou Eloa ou Astarlé'/

— Ne m"js-tu pas reconnue, FcUon .' Je ne suis m un ange ni un démon, je suis une fille de la terre, je suis une sœur de la croyance, voilà tout.

— Oui, oui, dit-il, ie doutais encore, mais maintenant je crois.

— Tu crois, et cependant tu es le complice de cet enfant de Bélial qu'on appelle lord de VVinter. Tu crois, et cependant tu me laisses aux mains de mes ennemis, de l'ennemi de l'Angleterre, de l'ennemi de Dieu ! Tu crois, et cependant tu me livres n celui qui remplit tt souille le monde de ses hérésies et de ses débauches, à cet infâme Sardanapale que les aveugles nomment le duc de Buckingham et que les croyants appellent l'Antéchrist'

— Moi, vous livrer à Buckingham, moi! que dites-vous là?

— Ils ont des yeux, s'écria milady, et ils ne verront pas; ils ont des oreilles, et ils n'entendront point!

— Oui, oui, dit Felton en passant ses mains sur son front couvert de sueur comme pour en arracher son dernier doute; oui, je reconnais la voix qui me parle dans mes rêves; oui, je reconnais les traits de l'ange qui m'^ipparait chaque nuit, criant a mon âme, qui ne peut dormir : « Frappe, sauve l'Angleterre, sauve-toi, car lu moinras sans avoir désarmé Dieu! » Parlez, parlez, s'écria Felton, je puis vous comprendre à présent.

Un éclair de joie terrible, mais rapide comme la pensée, jïillit des yeux de milady.

Si fugitive que fut cette lueur homicide, Felton la vit et tressaillit comme si celte lueur eût éclairé les abimes du cœur de cette femme.

Felton se rappela tout à coup les avertissements de lord de VVinter, les séductions de milady, ses premières tentatives lors de son arrivée.

Il recula d'un pas et baissa la tète, mais sans cesser de la regarder, comme si, fascinés par cette étrange créature, ses yeux ne pouvaient se détacher d'elle,

Milady n'était point femme oise méprendre au sens de cette hésitation.

Sous ces émotions apparentes, son sang-firoid ne l'abandonnait point.

Avant que Felton ne lui eût répondu et qu'elle ne fût forcée de reprendre cette conversation, si difficile à soutenir sur le même accent d'exallalion, elle laissa retomber ses mains, comme si la faiblesse de la femme reprenait le dessus sur l'enthousiasme de l'inspirée.

— Mais non, dit-elle, ce n'est pas à moi d'être la Judith qui délivrera Béthulie de cet Hnlopherne. Le glaive de l'Eternel est trop loiirJ pour mon bras. Laissez-moi donc fuir le déshonneur par la mort, l.ussei-moi me réfugier aaus le martyre. Je ne vous demande ni la liberté, comme ferait une coupable, ni la vengeance, comme ferait une païenne. Laissei-moi mourir, voilà tout. Je vous supplie, je vous implore à genoux : laissez-moi mourir, et mon dernier soupir sera une bénédiction pour mon sauveur.

A cette voix douce et suppliante, à ce regard timide et abattu, Felton se rapprocha.

Peu à peu, l'enchanteresse avait revêtu cette parure magique qu elle reprenait et quittait à volonté, c'est-à-dire la beauté, la douceur, les larmes, et surtout l'irrésistinie attrait de la volupté mystique, la plus dévorante des voluptés.

— Hélas ! dit Felton, je ne puis qu'une chose, vous plaindre si vous me prouvez que vous êtes une victime. Mais lord de Winter a de cruels griefs contre vous. Vous êtes chrétienne, vous êtes ma sœur en religion; je me sens entraîné vers voug, moi qui n'ai jamais aimé que mon bienfaiteur, moi qui n'ai trouvé dans la vie que des traîtres et des impies. Mais vous, madame, vous si belle en réalité, vous si pure en apparence, pour que lord de Winter vous poursuive ainsi, vous avez donc commis bien des iniquités?

— Ils ont des yeux, répéta milady avec un accent d'indicible douleur, et ils ne verront pas; ils ont des OTCÏlles, et ils n'entendront point.

— Mais alors , s'écria le jeune officier , parlei , parlei donc!

— Vous confier ma honte ! s'écria milady avec le rouge de la pudeur au visage, car souvent le crime de l'un est la honte de l'autre. Vous confier ma honte, à vous homme, moi femme I Oh! continua-t elle en ramenant pudiquement sa main sur ses beaux yeux, oh! jamais, jamais je ne pourrai !

— A moi, à un frère! s'écria Felton.

Milady le regarda longtemps avec une expression que le jeune officier prit pour du doute, et qui cependant n'était que l'observation et surtout la volonté de fasciner.

Felton, à son tour suppliant, joignit les mains.

— Eh bien ! dit milady , je me fie à mon frère , j'ose-

En ce moment, on entendit les pas de lord de Winter; mais, cette fois, le terrible beau-frére de milady ne se contenta point, comme il avait fait la veille, de passer devant la porte et de s'éloigner : il s'arrêta, échangea deux mots avec la sentinelle, puis la porte s'ouvrit et il parut.

Pendant ces deux mots échangés, Felton s'était reculé vivement, et, lorsque lord de Wiater parut, il était à quelques pas de la prisonnière.

Le baron entra lentement, et portant son regard scrutateur de la prisonnière au jeune officier :

— Voilà bien longtemps, John, dit-il, que vous êtes ici. Celte femme vous a-t-elle raconté ses crimes? Alors, je comprends la durée de l'entretien.

Felton tressaillit, et milady sentit qu'elle était perdue si elle ne venait au secours du puritain décontenance.

— Ah! vous craignez que votre prisonnière ne vous échappe ! dit-elle. Eh oien ! demandez a votre geôlier quelle grâce à l'instant je sollicitais de lui.

— Vous demandiez une grâce? dit le baron soupçonneux.

— Oui, milord, reprit le jeune homme confus.

— Et quelle grâce, voyons.' ajouta lord de Winter.

— Un couteau qu'elle me rendra par le guichet, une minute après l'avoir reçu, répondit Felton.

— Il y a donc quelqu'un caché ici que cette gracieuse personne veuille égorger? répliqua lord de Winter de sa voix railleuse et méprisante.

— Il y a moi, répondit milady.

— Je vous ai donné le choix entre l'Amérique et 'l'ybu-n, reprit lord de Winter; choisissez Tyburn, milady : la corde est, croyez-moi, encore plus sûre que le couteau.

Felton pâlit et fit un pas en avant, en songeant qu'au moment où il était entré milady tenait une corde.

— Vous avez raison, dit celle-ci, et j'y avais déjà pense. Puis elle ajouta d'une voix sourde :

— J'y penserai encore.

Felton sentit courir un frisson jusque dans la moelle de ses os.

Probablement lord de Winter aperçut ce mouvement

— Méfie-toi, John, dit-il ; John, mon ami, je me suis reposé sur toi; prends garde, je t'ai prévenu. D'ailleurs, air bon courage ; dans trois jours, nom serons délivrés de cette créature, et où je l'envoie elle ne nuira plus à personne.

— Vous l'entendez ! s'écria milady avec éclat, de façon que le baron crût qu'elle s'adressait au ciel et que Felto» comprit que c'était à lui.

Felton baissa la tête et rêva.

Le baron prit l'offlcier par le bras en tournant la tète sur ion épaule afin de ne pas perdre milady de vue jusqu'à ce qu'il fût sorti.

— Allons, allons, dit la prisonnière lorsque la porte se ."»rt refermée, je ne suis pas encore si avancée que je le croyais.' Winter a changé sa sottise ordinaire en une pruieoce incooDue; ce que c'est que le désir de la vengeance,

et comme ce désir forme l'hommel Quant à Felton, il hésite. Ah ! ce n'est pas un homme résolu comme ce d'Artagnai maudit.

Cependant elle attendit avec impatience, se doutant bien que la journée ne se passerait pas sans qu'elle revit Feiton.

Enfin, une heure après la scène que nous venons de rt»

PEAijCi

Voill bien lungtcmpi, Joba, dit-il, qae tous étc* ici. — !'•» 91.

eonter, elle entendu qi:e l'on parlnii lias à la porte, puis bienlât la porte a'ouvril, et elle reconnut Felluii.

Le jeune homme s'avança rapidement dans la chambre en laissant U porte ouverte derrière lui et en faisan! signe à ■ilady de se taire.

il avait le visage bouleversé.

— Ooe me vnnlei-voiu? ilil-elU

— Ecoutez, repondit Felton à voii basse, je viens d'éloigner la sentinelle pour pouvoir rester ici sans qu'on sacht que je suis venu el pour vous parler sans qu'on puisse entendre ce que je vous dis. Le baron vient de me raconter uM histoire eilroyable

Milady prit son lourire de victime résignée et lecoua ta téU

Voilà le couteau, dit Feiton. — Page 93.

LES THOIS MOUSQUETAIRES.

— On TOUS êtes un démon, conlinua Felton, ou le baron, mon bienfaiteur, mon père, est un monsire. Je vous connais depuis quatre jours, je l'aime depuis dix ans, lui ; je puis donc hésiter entre vous deux ; ne vous effrayez pas de ce que je vous dis; j'ai besoin d'être convaincu ; cette nuit, après minuit, je viendrai vous voir, il vous me convaincrez.

— Non, Felton. non, mon frère, dit-elle, le sacrifice est trop grand, et je sens ce qu'il vous coule. Non, je suis per-

due, ne vous perdez pas avec moi. Ma mort sera bien plui éloquente que ma vie, et le silence du cadavre vous convaincra bien mieux que les paroles de h prisonnière.

— Taisez-vous, madame! s'écria Felton, et ne me parlei pas ainsi ; je suis venu pour (jue vous me promeniez sur l'honneur, pour que vous me juriez sur ce que vous avei de plus sacré, que vous n'attenterez pas à votre vie.

— Je ne veux pas promettre, dit niilady, car personne

îiii ht

■ JL-I. hTAl r£

— Je le jure pir noire Dieu! Êles-vous conlentT

plus que moi û'i le respect du serment, et, si je promettais, il me faudrait tenir.

- Eh bien ! dit Felton, enga^ez-vOus seulement jusqu'au moment où vous m'aurez revu.'^Si lorsque vous m'aurez revu TOUS persistez encore, alors vous serez libre, et moi-même je TOUS donnerai l'arme que vous m'avez demandée.

— Soit ! dit milady, pour vous j'atteni^âi»

— Je le jure par notre Dieu! Etes-vous couvent?

— Bien ! dit Fellon. A celte nuit.

Et il s'élança hors de l'appartement, referma la porte «t atlendit en dehors, la demi-pique du soldat à la main et comme s'il tût monté la garde.

Le soldat revenu, Fellon lui rendit son arme.

Alors, à travers le guichet dont elle s'était rapproché».

LES TROIS MOUSQmn"\IRES

milady .it le jeune homme se signer avec une ferreur délirante et s'en aller par le corridor avec un transport de joie.

Quant à elle, elle revint à sa place, un sourire de sauvage mépris sur les lèvres, elle répéta en blasphémant ce nom

terrible de Dieu, par lequel elle avait juré sans avoir jamak appris .1 le connaître :

Mon Dieu, dii-ellc. fimatique insensé! mot Diea, e'iÉ

moi. moi et celui qui m'aiiirra à me venger 1

Page 1