SCÈNE VL
Les Mêmes, LA DUCHESSE DE CHEVREUSE, un loup sur le visage.
LA DUCHESSE, marchant droit au marquis sans voir personne.
Concevez -vous l'insolence de ce laquais.
LE MARQUIS, après avoir fait signe à Brusquct de sortir.
Mes ordres ne pouvaient concerner madame la Surintendante. (La duchesse ôte son loup.) A quel heureux hasard dois-je de la recevoir dans mon hôtel.
LA DUCHESSE
11 fallait vous voir, et vous voir sur-lc-champ, il y va des jours de mon... (Le marquis lui fait signe qu’il y a du monde auprès d’eux, la duchesse reprend.) de notre ami le comte de Chalais (plus bas.) et des nôtres peut-être. (En disant ces derniers mots, elle aperçoit la jeune ûlle.) Nitella !.. chez vous. (Mtella se cache la figure.)
LE MARQUIS, d’un air dégagé.
Cela doit vous paraître bien étrange, madame, mais votre cœur m’absoudra... nous nous aimons... nous nous aimions depuis bien longtemps. MTELLA.
Ah! monsieur!..
LE MARQUIS, reprenant.
Toute feinte serait inutile maintenant, mon ange adoré. Ne laissez pas croire à M" # la Duchesse que vous vous repentez. (Lui montrant le sauf-conduit.) que vous révoquez cette preuve de votre amour que je tiens en mes mains... ce consentement que je devais faire passer sous les yeux de la Reine, vous n’exigez pas que je le déchire. (Nitella fait un mouvement, le marquis continue.) Oh ! non , non. (11 lui baise la main comme remerciaient.) Je serais trop malheureux !
LA DUCHESSE
Marquis, votre erreur est grande, si vons croyez que la Reine lui pardonne jamais non plus qu'à VOUS. LE MARQUIS.
Nous mettions notre espoir, je ne vous le cacherai pas, M“* la Duchesse, dans votre intercession puissante.
LA DUCHESSE
Moi, paraître excuser aux yeux de ma souveraine, ce que dans mon âme...
LE MARQUIS
Votre âme ! ah ! ne la calomniez pas, elle est bonne, elle nons comprend... je pourrais en appeler à mon ami, ce brave, ce beau, ce noble Chalais qui vous adore !
LA DUCHESSE, à demi-voix.
Marquis !
LE MARQUIS
Et qui m’a fait connaître tous les trésors de tendresse et d'indulgence qu’elle renferme.
LA DUCHESSE, plus bas.
Taisez-vous devant cette enfant.
LE MARQUIS, haut.
Nous implorons votre bonté.
LA DUCHESSE, toujours bas.
Vous êtes un traître, de Méru. (Haut à Nitella.) Mais pourquoi m'avoir fait un mystère de cet amour, Nitella, pourquoi surtout m’avoir caché votre retraite.
LE MARQUIS
Nous attendions que les bénédictions de l’église eussent mis à l’abri de la religion notre bonheur. LA DUCHESSE.
Vous êtes mariés.
LE MARQUIS
D’intention... et tout à l’heure, dans peu d’in- >slans nous le serons de fait... mais, pardon.
Mi
j'oublie que vous n’êtes pas ici pour entendre des Confidences d’amour.
LA DUCHESSE
U me reste à peine quelques minutes...
Souffrez, chère N itella , que je vous reconduise.
mt ella, avant de s’éloigner.
M°* la duchesse ? ma marraiuc... dites que vous ne me méprises pas.
la Dt Cll ESSE, lui tendant la main.
Non, uoii, mon curant!
NITELLA, emportée malgré elle.
Vous saurez quelque jour !
LE MAiiQtlS, l'interrompant.
M“* la Duchesse est pressée... (En passant auprès de Mariol resté dans son coin.) N’essaie pas de sortir de l’hôtel, sinon...
MARIOL.
Je ne quille pas votre chambre. (A part.) C’est le diable incarné dans une peau de marquis. (NilcUa sort d’un côté, et Mariol de l’autre.)