‹ Les trois muletiers mélodrame comique en trois actesChapitre 41 sur 60 · SCÈNE XL · texte numérisé non relu

SCÈNE XL

NITELLA, JOANNES.

JOANNES, regardant s’éloigner le marquis.

Infamie ! voilà donc le mélicr de ces courtisans chargés de titres et de dignités... se jouer impunément de l’honneur des familles et de la sainteté de la religion. Et voilà ponr quels hommes des jeunes filles créatures faibles et changeantes que l'audace éblouit, foulent aux pieds notre avenir et le leur. (Nitella après quelques momens d’hésitation s’est rapprochée de Joannes.) Jeune fille! n’avez-vous rien à me dire.

nitella, à part.

Mon Dieu, pardonnez-moi le mensonge qne je vais faire. (Haut.) Non, mon père.

Aux approches d’un changement d’état, pas de confidence à me faire ?

NITELLA.

Aucune.

JOANNES

Pas de faute à confesser.

NITELLA.

Pas de faute.

JOANNES

Ainsi votre ame est tranquille et ne vous reproche rien ?

NITELLA.

Rien.

JOAXNÈS.

Vous vous mariez... sans contrainte... volontairement NITELLA.

Volontairement.

JOANNES

Et si l’homme que vous croyez prendre pour époux abusait de votre amour crédule... l'aimeriez -vous assez pour accepter le deshonneur ! NITELLA.

Comment abuser!

JOANNES, bas et tremblant.

Si ce mariage dont il vous berce n'était qu’un piège!

NITELLA, avec émotion.

Un piège! (Saisissant la main de Joannes.) Un piège! ah... (violemmeni.) Je le tuerais, mon père, et moi-même après lui. Ah mon cœur est trop

plein... pour ne pas déborder dans le vôtre... je ne l'aime pas, moi, cet homme.

joaxxes, au bout de sa patience et rejetant son capuchon en arrière.

El pourquoi l'cpousc-tu donc ?

MTtl.l.A, avec un cri.

Joannes, Joannes ici ?

joaxxes.

Parte, bas et réponds , pourquoi i'épott-

saig-tU ?.. NITELLA.

Pour racheter la vie de ton frère.

jo taxes.

Lequel est donc en danger?

MTF.LLA.

Celui qui gémit sous les verromt de la Rastille . eu attendant le gibet. Mon Pétés enlin !

JOAXXES,

Oui t’a dit cela ?

SITELLA.

Tout le monde de cette maison.

JOAXXES.

Mais c’est un conte odieux , malheureuse !

MTEI.I.A.

Un conte ! j'ai lu de mes j eux , J’ai tenu dans mes mains, sa grâce tracée sur un sauf-conduit timbré du sceau royal.

JOAXXES.

Mensonge exécrable! Pérès est libre et n'a jamais cessé de l’être.

nitella, se cachant la tète dans les mains.

Horreur ! horreur! ! ! mais que dis-je... mon Dieu tu m’as envoyé un sauveur. N’est-ce pas que tu me sauveras Jouîmes... car je ne suis pas coupable... la crédulité «'est pas un crime. Oh c'est que le lâche avait été épouvanté de inon désespoir. 11 savait bien que durant no s jours solitaires, durant mes nuits sans sommeil, toute tentative, même violente, eût été inutile. J’avais juré de n’abandonner à ses désirs qu'un cadavre. L’idécdc I’érès, exécuté comme un criminel pouvait seule tue trouver sans force et sans courage... il avait deviné cela.

JOAXXES.

Son calcul infernal est déjoué... il faut fuir...

XITELLA.

On surveille mes pas... la maison est esclave du maître!

JOAXXES.

N’importe, il faut fuir.

XITELLA.

Ensemble?

JOAXXES.

C’est impossible ! je compromettrais votre fuite loin de l'assnrer, je le sens... mois cette robe vous abritera.

XITEI.LA.

Cette robe?,, et vous?

JOAXXES.

Moi j'attendrai le marquis.

X1TKULA.

Dans l’excès de sa colère il vous tuerait.

JOAXXES.

Il craindrait les suites.

XITELLA.

Vous ne connaissez pas cet homme.

joaxxes, a\ ce amour.

Eh bien, pour vous, Nitella, et pour vous, in- ■

' nocentc. est-ce que je n’accepterais pas le martyre avec joie ! nitella.

’ Oh!..

JOAXXES.

Quand l'amour est mort sur la terre... c'est au ciel que vit l’espérance !

XITELLA.

Joanncs , ne parlez pas ainsi !

JOAXXES.

No perdons pas une minute... l'entrée de la chapelle est dans la cour à droite... Au fond de l’éditicc, derrière l’autel de la Vierge, est la petite porte qui donne dans l’église Saiot-Panl... Une fois là, vous n’aurez plus de eraittles...

NITELLA.

Plus de craintes, quand je vous laisse ici ?

JOAXXES

Vous préviendre» mes frères. Ne compromettez pas, par d’inutiles délais le salut que le ciel nous offre... et relui de Pérès qui meurt de chagrin d’ètre séparé de vous.

NITELLA , lui baisant la main.

Que ferais-je donc moi , pour reconnaître jamais tout ce que je dois à votre amitié?

JOAXXES.

Vons donnerez à mon frère tout le bonheur que j'avais révé pour moi-même. Ne tardez plus. (Ilûtc sa robe, la jette sur tes épaules lie Niiclla, qu'il pousse vers la porte.) Descendei lentement... d'un air grave... mais d’on pas ferme... Abaissez le capuchon sur vos yeux. ( Il ferme la porte sur elle.) Adieu.

le MARQUIS, suivi de Mario! . entr’ouvant la porte.

On peut entrer?

joaxxes, se retournant.

Oui , on peut entrer.

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