‹ Les trois nouvellesChapitre 10 sur 16 · C ^ CB U R · texte numérisé non relu

C ^ CB U R

Colin ayaftt trahi sa foi t Ta nière te sera fidelle , Pour vivre elle n'a plus que toi , , Il f|ut que tu vives pour elle ; Mous ferons toutes comme toi , Puisque tout hlqmme est infidèle.

• Colin ayant trahi sa foi , Ma mère seale m'est 6deH« S Pour vivre elie o'a plus que moi , Je ne veux vivre que pour elle.

Ah ! faites toutes comme moi.

Puisque tout homme est in&dèle •

Colin &c«

68 LesAibigeoiscs.

La nuit vint étendre ses voiles sur tous les objets qui m'en vironnoient, et contraignit nos concertantes à se retirer chez elles : mais je les vis et je les entendis encore long>temps après qu'elles furent disparues. Ah !

sans doute , me disois-je ea me retirant; ce ii'est pas sans dessein que la nature a donné à la voix ces sons pénétrans qui ouvrent si promptement la source des larmes dans le cœur de l'homme sensible ; mais ce n'est pas sur nos théâtres que leur pouvoir se signale. Renaud , Maillard et Baletti , chantent pour être applaudies ; leurs taljens ne servent qu'à leur vanité , et l'amateur n'écoute que leur voixqui se déchire, en éclats douloureux , en modulations symétriques , gênées par les tems et la mesure : ici , je n'ai pas même imaginé que mes Albigeoises chantassent bien ; je n'ai vu que les

Les Albigeoises. 69 expressions vraies de la nature y je n'ai senti que les douleurs d'une amante abandonnée , et il me semble que ces sons ont été recueillis par l'amour , et semés dans les airs pour réveiller les remords et l'honneur dans les cœurs prêts à être infidèles ou indifférens.

l'A MÉLANCOLIE

SPLEEN, POÈME, (o

JL'e l'ivresse est^e la fumée Qui fajcine ainsi mon cerveau ?

Veillé-,e , ou des bras de Morphé«

Doucement glissé-ie au tombeau?

Est-ce une fiévre.est-ce un vertige, [i]

Unavant-coureurdelamort?

Je ne vis pas ?.... mon âme dort

Sans réalité , sans prestiges ,

^ans feu , sans désirs , sans transport :

fit la raison qui me dirige ,

De moi s'arrache avec effort !.,..

Entouré de voiles funèbres, J« frissonne et ne le sens pas.,.

(0 Ce poème faisoit partie d»tto ouYrage plu» étendD , ayant pour titre : Estais sur U milancolU tonudirU au physique et au moral. Nous en avon» jd placé quelques notes pour développer ce que *a poésie laissoit d*obscar. .

(1) Le vertige est un tournotment de tête, causé par les vapeurs, nn égarement de sens «t une fb« lie. On voit dans la Genèse, que Dïeu envoyoit »a esprit de vertige à ceux qu'il vouloit punir.

r:?*flirr.. J"'-*^*

<atfj>

l'A Melancolii. «j

Je m'enfonce dans les ténèbres

^ EtÇroi^voîrl'enfers0usmesp'as'..

HeJasI ma tête embarrassée

, A perdu jusqu'aux souvenirs,

£t de roi poitrine oppressée Avec bruit montent des soupir,. ' Mon cœur engourdi se resserre ^ous le choc des ennuis affreux , Ht sous ma mourante paupière Maïgré moi , rompant la barrière Un torrent engloutit mes yeux :W

Eteints, blessé, parla lumière.

Ils sont constamment attachés' Vers les entrailles de U terte ; Humides , languissans , chargés ^€s flots d'une vapeur épaisse, l^ans un abîme de tristessef.

L'abattement les a plongés.

Ma démarche est pénible et teate , La terreur a crispéimes nerfs ; Semblable au roseau des âésttts Qui courbe sa tige tremblante

(a) On tait que l»e<î« ordinaire des Tapeur, e« de resserrer le cœur, d'cmbara.ser la tête * «t viefquefoî, «éme défaire pleurer. Les vap.urî sont des affeétions hypocondriaques ou hystérlquer qBV)n Cfo>oitu:ausée. par des fumées élevées de I»«stomtt ou 4ù bas-ventré dans le cer veao, mais que l'on attribue aujouni'hui aux «oui vemcns spasmodique, des ner^ Eiies tout produites aussi par Tusage du lait pit de 1» casse.

36 liA MlKtANCOLIEy Sous les coups du tyran des airs.

Ma tête faible et vacillante . ^ D'un bruissement orageux.

Ressent la secousse brûlante j C'est le roulis ma'iestueux Du météore sulphureux , Dans l'atmosphère étincelante »

Annonçant le cçtirroux des Dieux D'un bout de l'un à l'autre pôle.

Elle retombe pesamment Sur le sommet de mon épaule , Et monpoHU est sans mouTement.

Sans souplesse et sans énergie»

Mes bras au hasard balancés , Ne tirent ni chaleur , ni vie , Des sens dans leur route égarés* Mon oreille tinte» frappée De sourdes et lointaines voix »

Trois fois la guitarre échappée Cesse de gémi^ sous mes doigts ; Dans ma bouche ouverte » trois fois Ma langue épaissie et glacée , N'a pour exprimer ma pensée Que des mots coupés et sans choix. •■

Dieux ! quelle puissance inconnue Dans mon sang soufflant son poison , Par cette crise inattendue Trouble mes esprits , ma raison ?

De sueurs froides, meurtrières »

Pourquoi mon front est-il chargé ?

Pourquoi ces pleurs involontaires

Qui

Qui sillonnent d'ondes amèrM> Mon visage décoloré } Sur mes infortunes passées Je iette un regard plein d'horreufi £t les plus lugubres pensées Vont se refouler vers mon coeur.

Tant de maux sont-ii s enfantés D'une bile acre et résineuse [3] , Dont les sucs noirs et condensés Dans le foïe aigris et filtrés , Tournant en lymphe vénéneuse Vers le cerveau sont voitures ? . , .

Est-ce le Spleen , est-ce un vice Dans les hypocondres caché , Qui de mon être desséché Dérangeant le frêle édifice.

Me rend à moi-même odieux , Mélancolique , atrabilaire , inégal et visionnaire.

Bizarre et misantrope ?..• ô dieux*!.*.

Qa'ai-iedit?*»moi !..hair les hommes^ Ecartez de moi ce danger f . . .

Mortel et frères que nous sommes ,

tiÊtm

(4) Les afl'ciens définUsaieqt la mélancolie , un« bumcttt iiaturaUe filtrée par la rate j ( bile noire •u atrabile. > On sait aniourd*li«i qu'elle n'existe pas daas l'état naturel. La bile dcvcnne quelquefois acre, notre, épaisse et résineuse, étant fik trée par le foie, produit le eliagrin , la tristesse , ta «élancoUe et Us atfeetions hypocondriaques.

^4 LaMiEla^colie,

Nt c)c¥Ons-nous pas nous aimer ?U

Si mon eitistence flétriç ,

par las beaotns anéantie,

Vert le tombeau me fait pencher ;

Si ie doii abhorrer la vie ,

£st*cettii droit ^ur me l'arracher >•.«,

Contre lHnfonua« ea furie ,

.Lt rateon doit m'e&coarftger :

Le mauvait riche m'humilie «

A sespiedi il m'oM fouler ;

Tant pis pour son âme avilie ,

, Je ne saurai pas m'en vet^ger* Loin de moi l'étrange folie De prétendf e i le corriger $ Qu'il me repousse, qu'il m'oiibUe »

J'étouittrai la basse eov te , Maie qu'il me laisse eu moins pleurer.

Parmi des reptiles , des ombres »

Tout vivant , i*irai m'enterrer ; Le l&cbe sous ces voûtés sombres N'osera jamais pénétrer.

Li , seul • 4 • Pore de le nature f Situ m'aimes • ne souffre pas

< Que le cha» brillant de dorure Qui le traîne avec un fracas Semblable au bruit de la tempête , Roulent eu-dessus de ma tête , M'ineul«e encor dans le retrait* Oà l'ai devancé le ttépaSé..* O supplice indéfinitsablt !

A quelle shuitioa

Crue1l# autant qu'inoonceviblc»

M'a réd«iit la consomption ! • . .

Oui : )8 n« dooto plus : c'est elle...* Jo le sens trop à ma lanf^ueur ? J

C'est cette affection mortelle , Ce vautour , enfant ila malheur,.

Ce sont ses wpeurs mhamaînef , Qui glaçant mon sang c(an« mesTeîaei , Dans sa eourse Pont arrêté.

Je suis l'homme pulvérisé « Qat d'un dard brûlant , dans la plaine»

Un foudre invisible a frappé...

Le vif sentiment de nos peines Produit donc, à force de gênes»

La morne insensibilité ?

Houles, heures sifenctease*-»

Couvret des crêpes de ta n&it o

Cet obscur et cHatmant réduh »

OtI deux âmes voluptueuses »

Sous mille formes gracieuses^ Fisentle plaisir qui lès fuît.

Que de l'amour qui les embrSst , L*ingéi)iease activité , Sans cesse d'extise en extise Rromène leur cœur enchanté:

Aux doux murmures de l'ivresse »

Je ne veux pas, témoin jaloux »

Mêler , dans ma sombre rudesse Les cris funèbres des hiboux.

Laissons-les épuiser la coupe Que Vénus offre à leurs desfrs »

76 La Mii.AN<:otiE.

Et tirons sur cethcureax groupe Le voile sacré des plaisirs.

Heureux qui passe ainsi sa Vie Dans les bras d'un obîet chéri !

Hélas ! doux transporrs.que j'envie ^ Démon âme séchée et flétrie Pour jamais vous avez donc fui !

Aux illusions du bel âge Doit-on renoncer à trente ans »

Quand la tendresse et le courage Font encor bouillonner nos sens ï Non f mais lorsque de la misère Le bras sur nous s'appesantit • On reste seul ^ et l'art de plaire Avec Topu^ence finit. , En vain dans la nature entière Jepiromeneriai mes regards »

Des plaisirs l'étroite carrière .

N'ofFre par^itout que des hasards.

Si .la volupté passagère De mon âme sensible et fi^re.

Ne peut satisfaire l'ardeur.

C'en est fait, vil célibataire.

J'aurai , quelques instans sur terre g y^cû pour dévorçr mon cœur.

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