C ^ CB U R
Colin ayaftt trahi sa foi t Ta nière te sera fidelle , Pour vivre elle n'a plus que toi , , Il f|ut que tu vives pour elle ; Mous ferons toutes comme toi , Puisque tout hlqmme est infidèle.
• Colin ayant trahi sa foi , Ma mère seale m'est 6deH« S Pour vivre elie o'a plus que moi , Je ne veux vivre que pour elle.
Ah ! faites toutes comme moi.
Puisque tout homme est in&dèle •
Colin &c«
68 LesAibigeoiscs.
La nuit vint étendre ses voiles sur tous les objets qui m'en vironnoient, et contraignit nos concertantes à se retirer chez elles : mais je les vis et je les entendis encore long>temps après qu'elles furent disparues. Ah !
sans doute , me disois-je ea me retirant; ce ii'est pas sans dessein que la nature a donné à la voix ces sons pénétrans qui ouvrent si promptement la source des larmes dans le cœur de l'homme sensible ; mais ce n'est pas sur nos théâtres que leur pouvoir se signale. Renaud , Maillard et Baletti , chantent pour être applaudies ; leurs taljens ne servent qu'à leur vanité , et l'amateur n'écoute que leur voixqui se déchire, en éclats douloureux , en modulations symétriques , gênées par les tems et la mesure : ici , je n'ai pas même imaginé que mes Albigeoises chantassent bien ; je n'ai vu que les
Les Albigeoises. 69 expressions vraies de la nature y je n'ai senti que les douleurs d'une amante abandonnée , et il me semble que ces sons ont été recueillis par l'amour , et semés dans les airs pour réveiller les remords et l'honneur dans les cœurs prêts à être infidèles ou indifférens.
l'A MÉLANCOLIE
SPLEEN, POÈME, (o
JL'e l'ivresse est^e la fumée Qui fajcine ainsi mon cerveau ?
Veillé-,e , ou des bras de Morphé«
Doucement glissé-ie au tombeau?
Est-ce une fiévre.est-ce un vertige, [i]
Unavant-coureurdelamort?
Je ne vis pas ?.... mon âme dort
Sans réalité , sans prestiges ,
^ans feu , sans désirs , sans transport :
fit la raison qui me dirige ,
De moi s'arrache avec effort !.,..
Entouré de voiles funèbres, J« frissonne et ne le sens pas.,.
(0 Ce poème faisoit partie d»tto ouYrage plu» étendD , ayant pour titre : Estais sur U milancolU tonudirU au physique et au moral. Nous en avon» jd placé quelques notes pour développer ce que *a poésie laissoit d*obscar. .
(1) Le vertige est un tournotment de tête, causé par les vapeurs, nn égarement de sens «t une fb« lie. On voit dans la Genèse, que Dïeu envoyoit »a esprit de vertige à ceux qu'il vouloit punir.
r:?*flirr.. J"'-*^*
<atfj>
l'A Melancolii. «j
Je m'enfonce dans les ténèbres
^ EtÇroi^voîrl'enfers0usmesp'as'..
HeJasI ma tête embarrassée
, A perdu jusqu'aux souvenirs,
£t de roi poitrine oppressée Avec bruit montent des soupir,. ' Mon cœur engourdi se resserre ^ous le choc des ennuis affreux , Ht sous ma mourante paupière Maïgré moi , rompant la barrière Un torrent engloutit mes yeux :W
Eteints, blessé, parla lumière.
Ils sont constamment attachés' Vers les entrailles de U terte ; Humides , languissans , chargés ^€s flots d'une vapeur épaisse, l^ans un abîme de tristessef.
L'abattement les a plongés.
Ma démarche est pénible et teate , La terreur a crispéimes nerfs ; Semblable au roseau des âésttts Qui courbe sa tige tremblante
(a) On tait que l»e<î« ordinaire des Tapeur, e« de resserrer le cœur, d'cmbara.ser la tête * «t viefquefoî, «éme défaire pleurer. Les vap.urî sont des affeétions hypocondriaques ou hystérlquer qBV)n Cfo>oitu:ausée. par des fumées élevées de I»«stomtt ou 4ù bas-ventré dans le cer veao, mais que l'on attribue aujouni'hui aux «oui vemcns spasmodique, des ner^ Eiies tout produites aussi par Tusage du lait pit de 1» casse.
36 liA MlKtANCOLIEy Sous les coups du tyran des airs.
Ma tête faible et vacillante . ^ D'un bruissement orageux.
Ressent la secousse brûlante j C'est le roulis ma'iestueux Du météore sulphureux , Dans l'atmosphère étincelante »
Annonçant le cçtirroux des Dieux D'un bout de l'un à l'autre pôle.
Elle retombe pesamment Sur le sommet de mon épaule , Et monpoHU est sans mouTement.
Sans souplesse et sans énergie»
Mes bras au hasard balancés , Ne tirent ni chaleur , ni vie , Des sens dans leur route égarés* Mon oreille tinte» frappée De sourdes et lointaines voix »
Trois fois la guitarre échappée Cesse de gémi^ sous mes doigts ; Dans ma bouche ouverte » trois fois Ma langue épaissie et glacée , N'a pour exprimer ma pensée Que des mots coupés et sans choix. •■
Dieux ! quelle puissance inconnue Dans mon sang soufflant son poison , Par cette crise inattendue Trouble mes esprits , ma raison ?
De sueurs froides, meurtrières »
Pourquoi mon front est-il chargé ?
Pourquoi ces pleurs involontaires
Qui
Qui sillonnent d'ondes amèrM> Mon visage décoloré } Sur mes infortunes passées Je iette un regard plein d'horreufi £t les plus lugubres pensées Vont se refouler vers mon coeur.
Tant de maux sont-ii s enfantés D'une bile acre et résineuse [3] , Dont les sucs noirs et condensés Dans le foïe aigris et filtrés , Tournant en lymphe vénéneuse Vers le cerveau sont voitures ? . , .
Est-ce le Spleen , est-ce un vice Dans les hypocondres caché , Qui de mon être desséché Dérangeant le frêle édifice.
Me rend à moi-même odieux , Mélancolique , atrabilaire , inégal et visionnaire.
Bizarre et misantrope ?..• ô dieux*!.*.
Qa'ai-iedit?*»moi !..hair les hommes^ Ecartez de moi ce danger f . . .
Mortel et frères que nous sommes ,
tiÊtm
(4) Les afl'ciens définUsaieqt la mélancolie , un« bumcttt iiaturaUe filtrée par la rate j ( bile noire •u atrabile. > On sait aniourd*li«i qu'elle n'existe pas daas l'état naturel. La bile dcvcnne quelquefois acre, notre, épaisse et résineuse, étant fik trée par le foie, produit le eliagrin , la tristesse , ta «élancoUe et Us atfeetions hypocondriaques.
^4 LaMiEla^colie,
Nt c)c¥Ons-nous pas nous aimer ?U
Si mon eitistence flétriç ,
par las beaotns anéantie,
Vert le tombeau me fait pencher ;
Si ie doii abhorrer la vie ,
£st*cettii droit ^ur me l'arracher >•.«,
Contre lHnfonua« ea furie ,
.Lt rateon doit m'e&coarftger :
Le mauvait riche m'humilie «
A sespiedi il m'oM fouler ;
Tant pis pour son âme avilie ,
, Je ne saurai pas m'en vet^ger* Loin de moi l'étrange folie De prétendf e i le corriger $ Qu'il me repousse, qu'il m'oiibUe »
J'étouittrai la basse eov te , Maie qu'il me laisse eu moins pleurer.
Parmi des reptiles , des ombres »
Tout vivant , i*irai m'enterrer ; Le l&cbe sous ces voûtés sombres N'osera jamais pénétrer.
Li , seul • 4 • Pore de le nature f Situ m'aimes • ne souffre pas
< Que le cha» brillant de dorure Qui le traîne avec un fracas Semblable au bruit de la tempête , Roulent eu-dessus de ma tête , M'ineul«e encor dans le retrait* Oà l'ai devancé le ttépaSé..* O supplice indéfinitsablt !
A quelle shuitioa
Crue1l# autant qu'inoonceviblc»
M'a réd«iit la consomption ! • . .
Oui : )8 n« dooto plus : c'est elle...* Jo le sens trop à ma lanf^ueur ? J
C'est cette affection mortelle , Ce vautour , enfant ila malheur,.
Ce sont ses wpeurs mhamaînef , Qui glaçant mon sang c(an« mesTeîaei , Dans sa eourse Pont arrêté.
Je suis l'homme pulvérisé « Qat d'un dard brûlant , dans la plaine»
Un foudre invisible a frappé...
Le vif sentiment de nos peines Produit donc, à force de gênes»
La morne insensibilité ?
Houles, heures sifenctease*-»
Couvret des crêpes de ta n&it o
Cet obscur et cHatmant réduh »
OtI deux âmes voluptueuses »
Sous mille formes gracieuses^ Fisentle plaisir qui lès fuît.
Que de l'amour qui les embrSst , L*ingéi)iease activité , Sans cesse d'extise en extise Rromène leur cœur enchanté:
Aux doux murmures de l'ivresse »
Je ne veux pas, témoin jaloux »
Mêler , dans ma sombre rudesse Les cris funèbres des hiboux.
Laissons-les épuiser la coupe Que Vénus offre à leurs desfrs »
76 La Mii.AN<:otiE.
Et tirons sur cethcureax groupe Le voile sacré des plaisirs.
Heureux qui passe ainsi sa Vie Dans les bras d'un obîet chéri !
Hélas ! doux transporrs.que j'envie ^ Démon âme séchée et flétrie Pour jamais vous avez donc fui !
Aux illusions du bel âge Doit-on renoncer à trente ans »
Quand la tendresse et le courage Font encor bouillonner nos sens ï Non f mais lorsque de la misère Le bras sur nous s'appesantit • On reste seul ^ et l'art de plaire Avec Topu^ence finit. , En vain dans la nature entière Jepiromeneriai mes regards »
Des plaisirs l'étroite carrière .
N'ofFre par^itout que des hasards.
Si .la volupté passagère De mon âme sensible et fi^re.
Ne peut satisfaire l'ardeur.
C'en est fait, vil célibataire.
J'aurai , quelques instans sur terre g y^cû pour dévorçr mon cœur.