SCÈNE CHAMPÊTRE
Extrait cPunvoj^age à Toulouse»
J'errois au hasard dans les plaine^ d'Albi 5 au moment où le Soleil colore de ses derniers rayons la cime des montagnes , et rappelle les troupeaux au bercail. Je côtoyois sur un chemin très-large les remparts de Gayac , lorsque des accens pleins de douceur et un air de la mélodie la plus simple , caressèrent mon oreille et touchèrent vivement mon cœur. Voici ce que l'on chautoit :
Colin dîsoit que î'ayois sçu Lui plaire et qu'il) seroit Adèle »
J'en fus tQuchée et je Tat cru »
Je
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Je fus aveugle et criminelle ;
£t cependant Colin a pu
Me quitter pour une autre Belle.
Ah ! qu'il soit heureux dans son choix « Jele yeux; mais malheur à celle Qui lui donne encore une fois L'occasion d'être infidèle ! • Moi , îe vais mourir , et je croîs £tre encor plus heureuse qu'elle.
En avançant vers l'endroit d'oà partoient ces accens , j'apperçus six Albigeoises assises sur les pierres même du rempart; elles filoient , elles chantoient , et les mouvemens de leurs faseaux s'accordoient avec leurs chants. Le patois doux et naïf dans lequel leurs paroles étoient exprimées , ajoutoit encore à la magie de leur simple et touchante expression. Rien neretraçoit mieux à mon imagination les mœurs des Pastourelles du premier âge. Je nepusme défendre d'une impression d'ivresse et d'enthousiasme : en efiet , rien ne
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ressemble mieux aux concerts des Anges que la voix de plusieurs jeunes filles qui s'accordent bien ensemble ) et sur4cfitt des Languedociennes. J'appuyai la tête sur le mur du rempart^etdonnaiun librecours aux larmes délicieuses dont mes yeux étoient remplis. Ces voix descendoient jusqu'à mon oreille d'un lieu très-élevé , et je les croyoîs sortir du ciel. Ajoutez à cela , pour complelter l'illusion de cette scène pittoresque , que mou ame étoit dans ce moment en proie à la plus profonde mélancolie. Le Tarn qui , dans une grande partie de sou cours, roule sur das terres et des sables rouges qu'il détache , et dont il se colore , paroissoit ensanglanté ; ses flots battoient le pied des murs du rempart où j'étois lié par un charme invincible : retenus non loin de là pour une levée très-haute et très^
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large , ils retomboient avec un bruit épouvantable du lit supérieur dans un lit profond oi* ils s'engoufFroient en bouillonnant. Les derniers rayons du soleil couchant éclairoient à demi cette scène imposante , et dans la situation où se trouvoit mon ame , oes tableaux terribles de la nature nous frappent d'autantplusque notre ipiaginatbbn . livrée au désordre y ajoute les siens. La mienne se. crut transportée sur les fleuves de l'en-" ' fer des Poètes , qui roiilent et bouil« lonnçnt entre le Tart^re çt l'Elisée, Je vqyois sur là rive opppsée , des saules dont lés racines et les bran-> ches se baignoient dans les eaux , des petipjiers s'élevant tranquillement dans les airs, d'immenses prai^.
ries offrant par-tpuf. quelques bouquets d'arbustes répaiiclus au hasard et nuancés d'améthystes 5 de safran , d'pp^lQS et de rps^. Les souvenirs
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agréables ou douloureux des premiers jours de ma vie ; mes malheurs , mes plaisirs et mes tourraens venoient se présenter à mon esprit comme dans une glace magique ; toutes mes sensations , toutes mes pensées , l'image de tous ceux quî m*ont été chers , ceux que j'ai été forcé de ne plus aimer , ceux que j*ai perdus , Ceux que je pleure à présent et ceux que j'aurai à pleurer dà^s la suite J mes doutes , mes .terreurs et mes espérances sur le sort qui nous est réservé au-delà du voyage borné de là vie , tout cela se pressoit autour do mon cœur , et se joignant aux grandes impressions que la nature communique à ses adorateurs ^^ m'enlevoit à moi-même , et je vécus , pour ainsi dire , une seconde &is.
Les Albigeoises après un mo-
L E s A t Ô I G E O I T E s. 65 ment de repos qui m'avoit permis de m'abandonner aux sensations que je viens de décrire , recommencèrent leurs chants. Je vais en donner une traduction la plus fidelle qu'iL me sera possible ) mais je préviens qu^il faudroit , pour être ému comme moi , entendre ces couplets dans l'idiome ùaïfet touchant des chanteuses Languedociennes ; être , ainsi que moi , sur les bords du Tarn aux approchies de la nuit i être comme moi malheureux ; aimer et sentir comme moi toutes les beautés de la ùature.
La permière continua donc ainsi sa Romance :
Mes compagnes , n'aimez jamais ; Comme Colint» tout amant change j Abandonnée à mes regrets , Depuis, je souffre un mal étrange*
Ah ! ce CotÎA est bien mauvais.
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D40S p$uTelica9» ma foi \'op s'fengt;
DîS'inoi , qu'as-tu fait à Colin
Pour qu'A porte ailleurs son hoimnage è
Babçt ! hélas ! avant l'Hymen J'accordai tout à ^ volage , Je l'aimai trop.... •
Ah ! je sens bien Que quand 'on aime , on n*ptut êtr' sage«
t La nature nous fit un cçei;r ,
Est^c'not' faute , s'il est trop tendre ?
Et s'il survient un séducteur
£st-ce à nousque l'on ^oits'f npreA<ir«èt
Non $ sur'ment , mais dans c'cas , ma
soeur»
On nous punit sans nous enten(iiet..M*
A rin^rat qui méfait souffrir
Je pardonn^rois $oq parjure :
S'il m'étoit permis de mourir.
Pour faire oublier son injure»
. Miis si l'amour me fait périr ,■ H dois TÎvre pour la Nature. .
Trois fois je voulus dans 1ese4ux »
Terminer ma triste carrière , Insensible à mes propres maux »
Je songeai trois fois à ma mère.
11 faut l'aider de mft; UavsM^, 11 faut lui fermer la paupière.