AZ0£INE
fîmes en nous relevant , unit no$ lèvres entr'elles e\ nous cueillimes, sans le vouloir, le premier baiser de Pamour. Nos joues disputèrent idors d'incarnat fivec la rose , • . • • quand soudain au milieu du silence de la nuit la plus tranquille , un bruit de chevaux se fait entendre , et nous distinguons à la clai*(é chancelante de la lune , un grouppe de cavaliers descendant de la montagne et venant droit à nous. Je m'évanouis. Azolin m0 prend dans, sesbras, m'emporte dans le châ^ teau 9 et ma place sur un lit de fieur^ qu'il m'avoit destiné. Je ne r'ouvris les yeux que pour contempler le spectacle le plus déchirant. La voix menaçante de mon père , re-:
tentissant jusqu'au fond de mon pœur 5 ^'avoit rappelléeà la vie pour pi'en faire sentir toute l'horreur, ç Azolin ! disoi(':il , tu n'échap-
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peras pas à inoiv ressentiment. Tu 9s séduit la fille de ton bienfaiteur..; Je t'aimois , perfide ! et ton ingratitude va me rendre féroce. Je t'ai reçu dans mon sein , et tu l'as percé d'un trait cruel , en me couvraiït d'opprobre ) mais l'univers appren*dra ma vengeance en frémissanti; il verra comment Azamor sait punir un vil esclave q«ii abuse de la con* fiance de son maître. Tremble , ton supplice approche. . . Esclaves ! qu'on Tenchaîne. —Barbares! Arrêtez., m'écriai-je , Azolin n'est point cou*pable 5 ou le Sultan a seulle droit çle le punir : il n'a point été véndu^ il n'est point esclave. Il ne m'a point séduite , mon cœur a volé au-de« vant du sien. Il ne m'a point eii&levée, puisqu'il n'est ici que par l'ordre de, votre maître... Il ne m'a point sollicitée à venir le trouver ici , puisque j'atteste avec serment
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que nou$ ne noM$ sommes ÇQVfkt (écrit. De puis six mois que nous nvus aimons. dp l'amottr Iç plusiendre, nous n'avons aucunement blessé les lois de la plus austère pudeuf* ; in os âmes sont pures comme l'astre du jour. Il nemapque à mon ami ,que des ^ ûïeu^ et . de \^ fgrtune .^ mais son profond savoir et ses vejrtu^ Je rendent dig^ie dp la main d'une reine. Au nom des dieux l.res-r pectez Azolin , n'insnltez pas à la .vertu malheureuse , ou craignez de -me voir mourir avec lui. »
i; « La vertu î s'écrie mon , père ^vec fureur , la vertu ! As - tu pu prononcer ce nom après l'avoir déshonoré ? Fille indigne de mon ^ang 5 va , n'e&pere pas me tromper davantage ; ne crois pas que des supplications , d#s larmes^et l'image de ton désespoir suspendent mon bras. J'ai soif du sang de ce
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lâche adultère , et rien ne peut le sauver. — Eh bien , m'éçriai-je en frémissant de rage et me sentant un courage au-dessus de mon sexe 5 c'est moi qu'il faut immoler , iljaudra qu« mon père enfonce le poignard dans le sein de sa fille, avant de frapper Azolin... Non , non , ajoute mon barbare père , avec le sourire atroce de l'ironique pitié ,
,,tu ne mourras pas , je suis encore assez gêné eux pour te. laisser le plaisir de gémir sur le cadavre du digne et noble objet de ton héroïque passion ; tu resteras ici , tu paurras embellir ces déserts; Ni-
. cosie n'est pas digne de ta présence. »
Azolin qui jusqu'alors n'avoit'en»
core rien dit pour se justifier , et sembloit , proslernéaux genoux de mon père qu'il embrassoit , attendre le, signal de son supplice 5 se
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rélève avecforcé... Ah! qu'elle vive, s'écrie-t-îl , et je meurs satîsfail ; puiswse-t'ellç un jour trouver grâce auprès de son père , être heureuse et se (souvenir d' Azolin ! Il dît , se précipite dans mes bras et me presse dans les siens. On nous sépare . on entraîne Azolin loin de moi ; mes yeux le cherchoient en vain dans l'horreur des ténèbips , lorsqu'un cri perçant vint frapper mon oreille.
C'éioit la voix d' Azolin. — Azo- Une ! > Azoline !... Et je n'entendis plus rien. Il me sembla dans ce fatal instant que toute la nature rentroit dans le cahos. Je ressem^ blois au voyageur que la foudre vient de pulvériser. J'etois étendue . sur le marbre glacé , et mon corps >étoit inondé d'une sueur froide et de larmes. Je nie traîne enfin , comme le vil insecte des prés , vers l'endroit d'où étoit parti le cri fu-
nèbre ; et le seul objet qu'offre à mes regards la mourante lueurd'une lampe , est le corps d'Azolin nageant dans des flots de sang. Ses bourreaux avoient fui. « Barbares I Il expire, et je suis condamnée à lui survivre ! . . . Azolin ! ô l'ami ^e mon cœur t il nem'entend plus !« Eh bien 1 oui , je t'obéirai , père ambitieux et cruel! je vivrai.. Ta fille ne peut te maudire , mais elle sera plus heureuse que toi... Sans cesse auprès de ce qu'elle aime , elle se nourrira d'amour et de douleur , jusqu'à ce que l'ange de la mort vienne confondre ses cendres avec celles d'Azolin , tandis que , déchiré peut-être de remords, tu mourras seul , et le tombeau fastueux que t'élévera la servile adulation ne vaudra pas ce monument de verdure que mes propres mains vont élever aux mânes d'Azolin et
que je partagerai avec lui. » O toi I me dit-elle, qui parois t'intéresser à nos malheurs , et que le Ciel touché de mes soupirs semble avoir, tout exprès en vo je pour fermer ma* paupière et placer ^loncîorp^ auprès de mon^her Azolin , pe nr>e refuse pas *cè service. Depuis trois* jours je n'ai pris aucune nourriture et je sens que «je ne te ferai pas longtems attendre. Quand je ne seraf plus 5 tu prendras la roSè que tu .
vois sur ce tombeau. Je ne veux pas qu'elle tombe dans les mains d'un homme qui ne saiiroit pas l'ap-.
prëcier et qui seroit indigne de posséder un si rare trésor. — Va dire ensuite à mon père qu'il est vengé , qu'Azoline ne vit plus jet qu'elle lui pardonné; » ' ' . '
' Elle dit 5 èi tournant un long et douloureux regard sur la - tombe , éHé respira fortement l'odeur de la
rose.
rose, fit un cri , prononça trois fois le nom d'Azolîn et mourut dans mes bras. La rose devint tout * àcoup aussi blanche que la neige des montagnes , je la saisis avidement des mains d'AzoIiae , et i'a« yani arrosée de mes larmes , je la plaçai contre mon cœur. J'exécutai ponctuellement les dernières volontés d'A^oIine , mes mains la placèrent à côté de son époux. Je jonchai de fleurs la terre et le gazon qui couvroient leurs dépouilles mortelles , et souhaitai que leurs mânes n'en fussent jamais que mollement chargées. J'adorai avec un firémissement religieux tout ce que la tendresse de ces amans sembloit avoir consacré ; le palmier , le ruisseau »
le rocher , le vallon solitaire*
Je traçai les vers suivans sur la pierre qui couvrit ce couple in* fortuné :
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Pissant , arroge de tes pleurs ^
Cettt tombe sUnple et paisible :
Elle enferme un couple sensible Dont Tamour a fait les malheurs.
Azolin à son Azolme Ici par la mort est uni ; De Àti rose il n'eut que Tépine , Et mourut sans avoir îoui.
Est^e un mal ? non , sans doute \ mais , acbevons.
Avant de porter à ^zamor la nouvelle du trépas d'Azoline et de xn'eloigner du Royaume de Chypre y pour xetourner en France , }e pris /fe guitare d' Azolin (a) et la baisai cosnme un monument respectable de l'ampur le plus pur et le plus malheureux. Ja m'éloignai de ceUe enceinte religieuse avec un regret inexprimable 5 et j'awrojs.voulu y passer ma vie. J'en viois lie $ort d'A**
(â).SLjeen« HeuTélbe p«ut faire qutlqve fUi»Ir, l*4vtear se' propose de donner le« Aventures dt «eue rose à ion arririe en France.
jBolîn , je déplorois les 'malheurs d'Azoline. Mes doigts s^égarèrent au gré de mon imagination exaltée , sur les cordes de la guitarre d' Azoliu } je me crus inspiré par son génie et j'improvisar jes couplets suivants , pour donner un libre essor à cette foule de senlimens j de douleur et de volupté dont mon ame étoit sur* chargée.
LA ROSE D*AMOUll.
Celui qui Veut au jardin de Cythèrt
' Entrer un ]our, £t recueillir dans son riantparterre.
Rose d'Amour 9 é
Doit $et(Kiiitet(r«à la Ixnda mystir»
Dans ce séjour.
Lorsqu'il aura fait choix d'une bergère »
Il faut d'abord Qu'il songe plus à l'ainaer qu'à lui plaire
Mais sans transport.
Ah t s'il ne veut qu'un triomphe éphémère ,
U a grand tort.
40 A z o X I N fe.
Bientôt I îe vois dégoût , iasoociance »
Ennuis 9 ftoideur* Substitués à cette jouissance
D'ame et ëe coeur. ■ Lorsque les stm font seuls notre existence «
Adieu bonheur.
Heureux Tamant qui dans toute sa Tie
N'a qu'une fois Donné son cœur , n'estime que irMie ,
Chérit ses loix »
Et sur son sein ne porte aucune envie
Au sort des Rois !
Rose d'Amour pour lui toujours nouvelle
Comble ses vœux , Le iour est beau, la nuit encore plus belle.
Pour tous les deux; Ah! celui-là qui peut être fidèle
Est seul heureux.
Maisquand l'un d'eux sent dorre sa paupière Par le trépas , L'autre aussi-tôt doit quitter sa carrière ,
Et dans ses bras»
Ma foi, Messieurs , j'aicrayonnémon père.
N'y pensant pas.
De ces Héros dont moii Rônian se pai^«
Grâce à l'Hymen , On n'en voit plus* Une Azoline est rare ,
Et c'est fort bien ; Car n*est plus d'homme en ce siècle bizarre»
Comme Azolin.
O vous ! qui pénétrés d'admiration pour ces exemples d'un amour romanesque , vous sentiriez ie courage d'imiter Azolin , lisez les vers que j?ai tracés sur leur tombe , et méritez de rencontrer comme moi \xne Azoline»