DEUXIÈME NOUVELLE
uiss% des fleurs dont Vénus se couronne.
Le tendre Amour y plaçant son flambeau • Orner d'iMBERT { i )]e paisible tombeau »
£t des plaisirs en construire le trône :
Là , tous les ans» voudrais» au renouveau »
Former des chœurs de bergers , de bergères Aux chants d'amour mêlant danses légères , £t s'ébattant au son du chalumeau.
Au Panthéon je laisserais Voltaire ; Mais , qui chanta les bois et î'ondè claire , S>oit avoir tombe au pied d'un [eune ormeau i
(i) Imbert, né à Ntmes, doit s« rilpatatioti à •on Jugtnttnt de Paru , à se» Nouyellcs et Contes en rers. On ponYoit tout attendre de cet estimable littérateur , si la mort ne l'avoit pas moissonné si jeune. Je suis loin de l*égaler, en courant la môme carrière , mais je ser^i trop keureax » •i rôn Teut bien me citer après lui.
La un E ET Gàiîvain. 43
O utïeuplfer , dan» l'îrie solitairt D'£rroeQonvilt« , à côté ée Rousseau* Pour moi quîu'ai d^lmbtrt la mélodie » Ni de Rousseau le sublime génie , Quand de mes ioars sera plein le fuffiaa»
Poiat ne désire une tombe trop fîère « Marbre sculpta «de savante manière* Mais simple tettrc, à côté d'un ruisseaw»
Que là ,bons cœurs qu'ai, chéris dais ma vie $ Viennent pleurer y c'est tout ce que j'envie. Et tel destin me semUe encortrop beav. .
Mais j'oublioit que ^ai promis un Coete ».
M'y voici donc : écoutez ,.ie raconte.
Couvain , l'effroi des plus vaillant >gverrierr » Qui comme feu redoutoient ses appc0(hes»
£t qui , sachant cueillir myrte et lauriers « >' N'eut près de sexe onc les mains dans tef
poches.
Fut néanmoins pendant toute une nuit Entre les bras d'une femme de mise ; Sans que favemr moindre lui fût permise, .
Tel fait vaut bien qu'on en fasse récit*
Le doux printems égayoit la Nature , Un iour serein inspiroit le désir "Qe s'égarer sous la verte voussure Des arbres frais où siég<^ le plaisir.
Sire Gauvain prenant épée et lance , Eperons d'or , écu de fin acier , Devers le bois s'acbenine en silence ,
'44 L A tr R E
Laissant au pas marcher son fieft'COursier* , L'astre du jour , cadié par les montagnes.
Sous un ciel pur versant ses derniers feux ; Le verd naissant qui couvre les campagnes»
Et des oiseaux le ramage amoureux , Tout provoquait la tendre rêverie »
£t mon héros , bientôt, sans y penser »
Laissa glisser dans son ime attendrie »
Pensers divers qui yenoient le bercer, Mais tant rêva qu'enfin vint la nuit sombre; |1 s'apperçut qu'il étoirégaré , I^oint ne craignoit ;. mais dans l'horreur de
l'ombre , On couche, mal , vaut mieux être rentré.
Il quitte et prend cent fois la même route ; Pais sur $ts pis retourne , mais en vain.
Jurant, priant, mais toujours sans voir goûte , ' Plus cheminoit , plus s'égaroit Gauvain.
Force lui fut enfin dans sa disgrâce , Perdant l'espoir de trouver son château »
De se choisir sur l'herbe quelque place.
Et d'y dormir , roulé dans son manteau.
Certes , pour lui n'étoit nouvelle chose Que pareil lit, c'est celui des héros ; Tout aussi bien que s'il fouloit la rose , IVfars sait dormir à l'ombre des Ormaux.
Aussi Gauvain dormit-il d'un plein somme, « - Jusqu'à ce que des premiers feux du jour , L'aurore vint l'environner, tout comme S'il eût été l'objet de son amour.
A sa paupière encor mal affermie; Il rend Tesifor , en frottant de la main«
ET G-ATTVÀIN. 4^
*€)ilre ton cœur à' Dieu , puis i sa mie »' Et se dispose à suivre son chemin ; • A lui soudain un guerrier te présente t De pied en cap tout de noir éqiiipé ; T«Ile rencontre au réveil peu plaisanta % L'est moins encor quand on n'a point soupe* Mais , je l'ai dit , le héros de ce Conte N'est point du tout homme à s'en effrayer.
Du survenan t il s'approche , et raconte Comment il sut au bois se fourvoyer»
On cause tant * que de fil en aiguille , Sire Gaurain , franc comme ambre et loyal, Sans oublier la moindre peccadille , Se montre nu , sans y soupçonner mal.
Au tems jadis pourtant , ainsi qu'au nôtre « Voyoit*on gens , questionneurs malins , Tirana marons avec les maifts d'un autre* Et comme ici toujours à nuire enclins. Mais nn coeur droit ne peut de l'artifice » % S^ faire même une idée .* à Gauvain Vous eussiez dit qu'il faut de là milice Se défier > que l'eussiez dit en vain* Il lui falloir faire l'apprentissage ; 11 en fut dupe , et ce fut pain.béni.
A tes dépens lorsque l'on devient sage , Contre l'écueil on est mieux prémuni.
M Bien grande faim vous tourmente sans doute » M Et de la cour d'Artus vous êtes loin ; » Vers mon château y croyez moi, faites route» » De vous traiter , beau Sire , aurai grand soin • M Dit l'inconnu , mais coname n'ai personne
n Auprès de moi qui vous puisse anooneer» * M Pardonnez-moi » si je vous Abaadonne ; *» Je cours devant , ^oor mieux tout disposer; »t Le vieux châcel qui sur ce pré domûie »> £t que voyez , Seigneur , est mon manoir » M Y trouverez bons mets et bonne mine ; «» Je vous attends , et pars ; iusqu'au revoir n — «Irai j Seigneur , dît le Preux intrépide t M Merci vous dis deunt d'hojioêfeté :
Et lin connu vole d'un pas rapide , Laissant Gauvaio de son offre enchanté*
Non loin de-Ii » le Prince sur la rive
D'un clair ruisseau I voit trois bergers assis ,
£n saluant , auprès d'eux il arrive ;
Leur fait accueil , et les traite en amis*
Politesse onc ne fut infructueuse,
Et Tun des trois que rend extasié .
Dans la noblesse humeur si gracieuse ,
Lui parle ainsi d'un ton plein de pitié :
>» Hélas ! hélas ! où courez-vous » beau Sire }
M P<»intne mérite un guerrier aussi doux
» Qu'un chevalier félon veuille Toccire.
»» C'est à la mort que courez » voyez- vous ?.«
n Tous, les matins » dans la verte campagne»
H Voyons descendre et prendre la forêt
» Cet homme noir , et puis à la montagne
M. S'eii retourner, comme fait un furet
M Dans sa tannière emportant bonne proie i
H Si revenez, seres le seul qu'on voie
w 'D'une centaine ici revenir sain :
Il Tant est secret de ce preux le dessein.
ET G A u r A I If. 47
n Or , coipme d'eux nul n'a pu nous inttruire
n De ce qui là leur écoit advenu,
9> Si l'on en peut iuger par oùï«dire ,
M lis sont tous morts chez ce lâche inconnu*»»
Pareil avis n'est du tout fait pour plaire*
Le pâtre «voit un air de vérité ;
Gauvain pensa retourner en arrière.
Mais ce projet fut bientôt rejette.
v» Non, de mes fOurs , se dit-il i lui-m£fiie«
M Vagues propos n'alarment ma valeur,
M Ce me seroit ignominie extrême
}* Qu'un seul instant avoir manqué de coeur«
>• On veut tenter peut-être mon courage ,
») De reculer , d'ailleurs, il n'est plus tems , '
»« Irai pourtant ; {'ai promis. — — Bon voyage,
M — Ne vous dis pas adieu, mes bonnes gens »
>» Vous apprendrai la fin de l'aventure,
M En repassant. -Dieu le veuille !.. Et Gauvain
Piquant des deux sa superbe monture,
Gaioppe , arrive , est introduit soudain.
On l'attendait ; et sitôt qu'il se montre, Seigneur , vassnl , suiv.inte , marmiton , Tout est en l'air et vient à sa rencontre , Avec un air de jubilation.
Fille au teint rose , au regard vif et tendre Vient présenter sa main blanche au guerrier , Et souriant, pour l'aider à descendre , De l'autre main tient fermé l'étrier.
Celui-ci lorgne, et son œil semble dire, £n se plongeant sur le sein de l'Hébé ,
M Là demeurer est-ce que f e dle^îrc »
M Si lÀ-dessus îe me voyois tombé. '
— - Beau chevalier , lui dit son nouvel hôtt ;
M En le menant dans un riche sallon »
»i De rien ici ne devez avoir faute .
»» Agis$8z-y comme en votre maison.
>» Commandez; tout est à vous sms réserve »
» Car , dès cette heure à vous sont tous mes
M biens ; M Mais êtes las , en attendant qu'on serve , >» Reposez- vous, je vous quitte et reviens n»
Oh ! oh ! disoit , croyant dormir encore »
£t de l'accueil Gauvain tout ébahi ;
n Ceci n'est pas agir de Turc à More ;
»> Et sauf respect, nos bergers ont menti >«•
Gauvain peut-être aimoit le monologue,
Moi qui les hais » j'en mets ici la fin ;
Permets , lecteur , que pour un dialogue.
Je te ramené ici le Châtelain :
Seul ? oh l non pas, }e serois monotone ,
Et ne veux l'être. 11 tenoit parla main
Lauresa fille, ado rabje personne»
£t de tous points ayant l'air plus qu'lwmain.
11, entre et sort, fermant sur eux la porte.
Les voilà seuls, l'amour va faire trois.
Le bon Gauvain qu'un feu soudain transporte ,
Ouvre ia bouche et se trouve ^ans voix »
Bon compagnon étoit pourtant le drôle »
Mais en connois plus d'un en pareil cas
Qui, comme lui , manqueroient deparoje
Au premier coup; respect nous tient les bras;
etGauvain. 49
Ou TÎs-à-vis la beauté singulier* Cause d*abordson admiration»
Mais du patron étoit peu régulière La complaisance , en cette occasion.
Père commode et fille obéiafsante Aux rits reçus sopt une infraction ; . £t tout cela rend très-embarrassante Du Chevalier la situation.
Que ferait-il ? des yeux il la dévore , Mais est-ce assez d'un si tranquille jeu?
Il veut et craint, hélas .' d'être avec Laurc Ou trop galant ou de l'être trop peu.
Il faut opter pourtant: il se hasarde De présenter hommage de valeur ; Mais humblement, craignant quelque nasarde, Pui^ vient après l'hommage d^ son cœur.
Accepté : bon ! ensuite il se propose Pour de la belle être le Chevalier , Permis encor : puis , c'est nouvelle chose , Sermens d'amour arrivent un millier.
On s'endoutoit. Quand on lui rend lesarmes Fille a toujours des yeux de lynx pour voir L'impression qu'ont produite ses charmes» Et vanité fait toujours son devoir.
L'amour aussi voulut faire son thème ; Bien rarement Gauvain manquoit son but y Sa bonne mine avoit d'amour extrême Pénétré Laure, et bientôt il le sut.
Croyant alors la victoire certaine * £n conquérant il prétend en user ; .
11 presse Laure , elle résiste à peine.
Vé]i Gauvain alloît prendre un baaser;; Mais , alte-U... •« Ne l'aurez pas^ beaa ^en»^ M Ou causeriez à mon cœur vif regret 9 9* Malheur bieptôt suivroit votre délire^ •• £coute£>fnoi , mais sur^touc du secret.
M Ordre précis m'est en'ioint par nion.pèi* tt De couronner vos plus tendres désirs,; n De tout vouloir, quoique vous vouliez faîre;^ t% Mais c'est un piège a^eux que cesplaiéns.
n Mon douKami, si Laure vous est chèr^^ fi SacheE-lui gré de vous tenir rigueur,»
M Puisque le sort vous ote la lumière , n Tout aussitôt qu'aurez cueilli sa flear-n« A ce discours bien fait pour rendre sage^ Vous eussiez vu notre amoureux Gauvàîn Tombant à plat, et changeant dévisage^ De la princesee abandonner la m<tin.
Moins vite encor « la bergère qui cueille La violette, avec un cri d'horreur, Retirerort la sienne de la feuille Qui lui 4ë(obe un aspic sous U ftear.
»f £hbien! stigneur, ma fille est-elle aimébler? Dit en rentrant le rusé Châtelain:
» On ne peur plus; mats ]t crois que la tàbhe >» M'e»C à présent d^un secours i^Iirs certaiq n«'
On dîne donc , et le lecteur devine Que le gaUnt s'en acquitta fort .Ipôie», Sans complimens tachèireéco^ divine ^ Vins , viandes , fruits , il ,ne Ht grâce à rten^ Sembloit que l'hôte eût des l^ermei Arabes .
Quand sur lespdauil demasutoit aviff
I T G A tr r A I w. 5ï
•P . B^empochoit que dts monosyllabes y Encor de loin s*étoient-ils tous suivis; Jufques-là que , par rare courtoisie , Le Châtelain offrant sa 6He au Preux , Kotregourfnand n'accepte et remercie Ços par un geste équivoque et douteux.
Après dîner » comme il ayoit coutume.
Le Châtelain roulant aller aux champs Lui dit d'un ton sec et plein d'amertume:
•* Çà f que ce soir je tous trouve céans; *t II faut m'attendre , et s'il vous prend edti* M A mon ioscû de quitter le château , n Beau prisonnier , c'est fait de votre vie* n Vous trouverez ici votre tombeau ; »• Jusqu'au revoir, m A ce langage étrange Qui fut surpris, ce fut le Chevalier; Son sang bouillonne., il va., mais s'il se venge Il perdra Laure et force est de plier :
Il reste donc. «< Mais d'où vient ce mélange n De politesse et de brutalité ?
>» Oh! c'est qu'il veut que }e prenne le change; n C'est se connoître en hospitalité , •» Que de laisser son hôte avec un ange »» Dont on lui fait pleine propriété ; *f Bien loin ^ vraiment , que cela me dérange, »» Je me complais i ma captivité.
- »♦ Cessez » cessez de chercher des excuses , n Mon doux aofi , dît Laure en soupirant , M Votre C(£Ut franc ne connoit pas les rtises M Et tous les lacs qne mon père vont tend, M Oui.» îe vous aimeetma vivetendresfs
Si L A U R E
>f Est un malheur « hélas ! de plus poumons » >t Indifférente , au moins dans ma sagesse ,» le trouverois des armes contre tous.
H Si îe savois tout ce qu'on vous prépare» M Vous le dirais , mais non : vœux superflus ! ML Gardez sur-tout que Tamour vous égare, M £t quoiqu'on veuille y ah! ne résistez plus. >t Voici venir le moment de l'épreure, ») Mon père arrive* • Allons » tenez vous bien.* •* De votre amour la plus touchante preuve » Est , songe^-y * de ne me prouver rî^« n Telle leçon était sans doute utile.
Mais pour Gauvain c'est comme de l'hébreu ; M Vaincre ou mourir , est pour moi plus facile » Que deviner, ne suissphinzàoejeun.
Vient pourtant l'heure où du soulmetl pro*
pice, Les doux pavots versés à pleines maîn* , MettentleRoi , leSaint-Pere et l'Acttice A Tunisson du dernier des humains; Le Châtelain ordonne que l'on dresse Lit au sallon pour Laure et l'étranger , Qui , bien qu'amour le poignarde et le preste » S'en émerveille et craint quelque danger* Ouvrant les yeux et muet de surprise, i} se souvient alors que le trépas Prorois par Laure, achèvera la crise , Soit qu'il accepte ou qu'il n'<!(ccepte pas* A sa réponse il travailloit encore , Que te voilà soudain déshabillé ^ans le sentir ; on le lai»se avec Laure ,
ET Gautain. 53
Et l'huis bien clos , on emporte la clé.
Dans ce ré«(uit solitaire et paisible Douze flanibeaux ont ramené le foùr « Toute ta nuit Laurb sera visible , Mais rien de plus » quoique fasse Tamottr.
Ordre précis de ne pas les^éteindre :
Funeste soin ! cruel rafinemau !
Gauvain verra, mais toufours sans l'atteindre » Bonheur sourire et fuir i tout moment»
Laure rendue à l'état de nature , Offre à Gauvain mille appas des plus beaux, Tout lui promet l'ivresse la plus pure , Il voit Vénus sortant du sein des eaux »
£t les voilà sous même couverture.
De mille feux le héros embrasé Veut préluder et tenter l'aventure ; If sait qu'on l'aime et tout lui semble «isé« Quelques dangers qu'entraine la victoire , Avis de Laure et soupçons alarmans »
Tout disparoît alors de sa mémoire»
Il ne voit plus que des plaisirs charmans.
L» tendre-fleur sous sa main tndiscrecte , Alloit s'ouvrir er 1 amour triomphait»
Lorsqu'une main invisible l'arrête , Délivre Laure et le rend stupéfait, f* Apprends , dit-on , que bonne et sûre garde n De la Princesse ici veille le bieué >« Cauvain surpris de tous ses yeux regarde , Court en toussent la chambre et ne voit rien ; Hors une épée au plafond suspendue :
Mais glaive n'a «certes , ni mains » ni voix: