‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 10 sur 65 · PRIMAIRES · texte numérisé non relu

PRIMAIRES

On peut étudier les sensations dans les perceptions ou idées qu elle laissent après elles, dans les émotions agréables ou pénibles qu’elles occasionnent, et dans les sentiments primaires qu’elles engendrent. Nous les étudierons, chez le petit enfant, dans l’ordre que nous venons d’indiquer, en groupant autour de chaque sens ces trois sortes de faits psychiques. Les sentiments dérivés ou complexes seront étudiés ailleurs.

Le goût. Tous les sens, même les plus développés au moment de la naissance, sont plus ou moins longtemps incapables des délicates perceptions qui leur seront plus tard familières. 11 en est ainsi du goût, qui fonctionne quelques heures après la naissance. Les saveurs douces sont acceptées ; l’amer, l’acide, le piquant, sont repoussés avec un dégoût plus ou moins énergique. La distinction entre ces deux sortes de saveurs met déjà en jeu tout au moins la mémoire inconsciente : ainsi tel enfant, qui, le premier ou e second jour, avait pris sans grimaces de l’huile de ricin en refuse obstinément un ou deux jours après. Cependant

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PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT

bondes. La persistance de cette indifférence du goût, moins pourtant que sa perversion, serait un symptôme grave : ce sont des anomalies constatées chez beaucoup d’idiots *.

Le peu d’utilité qu'il y a, pour le nouveau-né humain, à reconnaître les saveurs, est une raison suffisante pour que le sens du goût soit fort peu développé au début : la nature ou l’hérédité ne fait rien en vain, et pourvoit d’abord au nécessaire. Mais cette obtusion relative s’explique par d'autres raisons : nous savons qu’il se mêle, pour l’adulte, aux sensations du goût, des sensations olfactives qui influent sur la distinction que nous faisons des premières. « Les yeux et les narines étant fermés, dit Longet, on ne distinguera pas une crème à la vanille d’une crème au café : elles ne produiront qu’une sensation commune de saveur douce et sucrée ».

Au surplus, comme l’a dit Brillat-Savarin, l’empire de la saveur a ses aveugles et ses sourds, et les degrés de délicatesse sapide, très différents suivant les personnes, apparaissent déjà dans le jeune âge. On a pu faire accepter à des enfants de six mois certains médicaments, rien qu’en changeant la couleur de la tasse. D’autres ont le dégoût très facile, et montrent des répugnances que l’hérédité seule paraît expliquer. Une dame de ma famille n’a jamais pu, étant petite, être habituée à goûter le vin, et, malgré les avis des médecins, elle ne put jamais boire que de l’eau. Chez d’autres enfants, le refus de certains mets tient à des causes morales, aux caprices, aux mauvais habitudes, aux mauvais exemples. J’ai vu un capricieux de deux mois et demi refuser énergiquement le biberon, avec un étirement des lèvres et une grimace caractéristiques, une fois parce que le biberon était rempli d’eau, une autre fois parce que le lait n’était pas sucré. Le cas le plus ordinaire, c’est que l'enfant s’habitue facilement à changer de goût, et même à sa-

* Dr Sollicr, Psychologie de l'idiot et de l’imbécile, p. 51-52.

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