LE SENS MUSCULAIRE
tions positivement agréables, est doublé pour le petit enfant, comme pour l’adulte, des idéales sensations du rêve, si l’enfant qui vient de s’endormir, repu et caressé, sous le charme de la voix maternelle, retrouve souvent en reve l’aimable réalité qu’il a quittée ?
Le sens musculaire. — Ce sens, auquel ont passé un certain nombre des attributions du tact, le sens musculaire, qui est une entité hypothétique pour Renouvier, mais dont Bain et Wundt croient avoir établi l’existence par des expériences irréfutables, est comme un tact intérieur auquel on rapporte ordinairement les sensalionsde pression, de poids, et même de résistance ; on en fait comme la conscience, non seulement des contractions musculaires, mais même de l’état des muscles, et, à un moindre degré, de l’état des articulations de la peau accompagnant les contractions musculaires.
Quelle que soit l’origine, et quel que soit le centre de ces .sensations, on ne peut nier qu’il n’en résulte des impressions de plaisir ou de douleur d’un genre particulier, indépendamment du plaisir ou du déplaisir moral résultant d’un désir plus ou moins vif et plus ou moins bien satisfait. L’effort plaît en lui-même, quand il n’est pas trop violent : on peut donc dire que les sensations de pression, de poids, d’effort musculaire, sont agréables à l’enfant, quand elles ne dépassent pas ses forces, et lui déplaisent plus ou moins dans le cas contraire. Ajoutons que ces sensations sont d’autant plus agréables, qu’elles sont plus variées : chaque membre, chaque organe est susceptible d’un nombre infini de mouvements qui procurent à l’être le sentiment intime, peut-être inconscient, do son activité ou de sa vie. Que de muscles en' jeu, simultanément ou successivement, dans la seule traction d’une pelote attachée au bout d’un
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lil ! Et, s'il s’agit d’un poids, si léger qu’il soit, à soutenir ou à soulever, ce ne seront pas seulement les muscles du dos, des épaules et du cou, ou les muscles du bras et de l’avant-bras, qui entreront en jeu, mais un certain nombre de muscles respiratoires. Ferrier paraît, en effet, avoir démontré que le sens de l’effort nécessaire au discernement d’un poids lourd « doit être plus exactement attribué à la région des muscles respiratoires (1). » Cette sensation du poids, antérieure à l’appréciation du poids, est donc un phénomène musculaire d’une complexité telle, que la foule de sensations qui en résulte doit profondément intéresser la conscience musculaire ou le centre auquel répondent les attributions qu’on lui prête. Plaisirs d’un état d’équilibre et de santé, plaisirs d’un exercice approprié et modéré, telles sont les sensations qu’éprouve chaque jour, sans s’en douter, le petit enfant qui agite ou dont nous re-. muons les membres. Mais aussi que de sensations désagréables ou nuisibles nous lui faisons éprouver chaque jour par ses muscles, sans que nous nous en doutions, nous ou ceux qui nous remplacent auprès de lui !
Le sens thermique. — La sensation de la chaleur et celle du froid dépendent essentiellement de la différence de température entre nos organes er, le milieu ambiant, entre le corps rayonnant et le corps en contact, air ou objet quelconque. Quand la disproportion est modérée, dans un sens ou dans l’autre, il y a sensation agréable de chaleur ou de fraîcheur ; quand elle dépasse certaines limites, il y a douleur, en même temps que troubles plus ou moins graves dans les profondeurs de la vie organique. Malgré le développement incomplet de ses plexus et de ses centres
1, David Ferrier, Les fonctions du cerveau, p. 368.