L’OUIE
ché, n’avaient l’air d’émouvoir en aucune façon. Mais à l’âge de quatre ou cinq mois, presque tous aiment qu’on leur chante, et un grand nombre cherchent à gazouiller, d’instinct et par imitation. On peut donc dire qu’il y a des sons agréables ou désagréables pour les jeunes enfants, soit que leur tonalité corresponde à certaines conformations de de l’appareil acoustique ou à certains états intimes de la personnalité, soit que leurs oreilles soient organiquement charmées ou blessées, selon l’expression vulgaire, soit que le sentiment instinctif d’un rythme présent ou absent éveille des émotions concordantes dans les replis mystérieux de leur sensorium héréditaire.
Quoi qu’il en soit, les enfants s’habituent avec la plus grande facilité aux bruits qui avaient, pour une raison ou une autre, à un certain moment, pu leur impressionner désagréablement le tympan. Les bruits choquants, aigus, glapissants, grondants, ne leur sont pas désagréables de la môme manière qu’aux grandes personnes. Ils tressaillent, à les entendre, quelquefois pleurent, si le bruit est très brusque et très rapproché ; mais peu de bruits leur déplaisent pour des raisons morales, et en vertu des associations d’idées qui font se représenter certains objets connus comme désagréables. Ils ne sont d’ailleurs pas plus difficiles pour la mélodie que les abeilles, les serpents, les singes, et tant d’autres animaux auquels un rythme grossier et assourdissant tient lieu de musique. Tout leur est bon pour faire du bruit, aussitôt qu’ils peuvent se servir de leurs mains pour tenir les objets retentissants, et, s’ils paraissent quelquefois étonnés du vacarme qu’ils font, ils sont manifestement heureux do faire ainsi acte de force et de puissance. Je ne puis voir un bambin, de huit mois à trois ans, s’évertuer à s’assourdir, lui et les autres, sans me rappeler les singes musiciens d’Afrique, dont parle Ilouzeau. «Le bruit des animaux n’est pas toujours le simple résultat accidentel du jeu de leurs organes : il est produit quelquefois avec inten-
PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT
tion. En d’autres termes, l’animal fait le bruit pour le bruit; il y voit un moyen de s’étourdir et de s’exciter. Je ne parle pas de cette multitude de cris qui font retentir les forêts tropicales, des branches qui se cassent, des coups de bec sur les arbres, ni des noix croquées sous la dent. Ce tumulte des bois est inhérent à l’existence et aux occupations des habitants. Je parle de sons produits pour euxmêmes, avec une intention aussi déterminée que celle d’un sonneur de cloches ou d’un joueur de tambour. Il arrive, par exemple, que les chimpanzés noirs de l’Afrique se réunissent au nombre de vingt, trente, ou cinquante, et qu’ils s’animent alors, non seulement en jetant des cris, mais en battant sur du bois mort, au moyen de baguettes qu’il tiennent avec les mains et les pieds L »
Le tact. — Ce sens est un instrument de préservation avant d’être un moyen d’instruction. Nous savons qu’il se manifeste déjà, dans le sein maternel, en même temps que le sens musculaire, sous l’effet d’une pression exercée par la main, ou parla contraction des muscles de l’utérus. Au moment de la naissance, la sensibilité cutanée est très vive, et il semble que l’enfant, par son heureuse quiétude, ou par ses cris, et ses contorsions, montre que le contact des objets extérieures lui cause plaisir ou peine.
La sensation de résistance est considérée comme la sensation fondamentale du toucher^ L’intensité de cette sensasation, ou les modifications qu'ellepeut prendre, suivant la nature des objets impressionnants, produisent des sensations douloureuses, ou simplement irritantes ou gênantes: telles sont les sensations du piquant, du rugueux, du rude, du chatouillement. Des sensations de contact qui nous pa-
i. Houzeau, Les facultés mentales des animaux, etc., t. II, p. 106.