‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 17 sur 65 · LE TACT · texte numérisé non relu

LE TACT

raissent insignifiantes causent à l’enfant des inquiétudes, le font grincer, crier, agiter les bras, remuer le corps, porter automatiquement les mains vers le visage. Les barbes d’une plume passée sur les yeux et sur le nez d’un enfant âgé de quinze jours lui ont fait froncer le sourcil, contracter obliquement le nez, fermer les yeux; d’autres, plus âgés, étaient insensibles à ce genre d’excitation. Chez quelques-uns, l’insensibilité dermique est une imperfection normale, de cause héréditaire; chez d’autres, elle a pour cause un état véritablement pathologique.

« La sensibilité tactile est très obtuse en général, chez les idiots, mais elle l’est toujours d’une manière uniforme et non par plaques. A ce point de vue, Séguin distingue les idiots en deux classes: ceux qui, n’ayant pas conscience des sensations qui dérivent, du tact, ne recherchent pas l’usage du toucher ou le recherchent mécaniquement, et ceux qui n’ont ni la conscience de la sensation, ni la sensation elle-même, classes qui demandent chacune une méthode d’éducation spéciale. Chez les idiots profonds, on peut quelquefois se demander s’il n’y a pas anesthésie complète. On en voit qui se déchirent, s’écorchent, se rongent les doigts, qui se déchirent la joue jusqu’à l’oreille, sans manifester la moindre sensation douloureuse. Car il est bien certain que s’ils ressentaient de la douleur, ils s’arrêteraient. Dans cet ordre d’idées, on a pu observer toutes les mutilations imaginables, et qu’il serait sans doute sans intérêt de rapporter ici. La liste en est longue et ne serait jamais terminée. Chez ces idiots, le contact, la piqûre, le chatouillement, ne sont pas sentis 1 ».

Preyer a étudié la sensibilité tactile des principales parties du corps chez l’enfant. Celle de la langue est fort vive ; elle existe dès la naissance, et produit, selon les corps en contact, et les parties touchées, des mouvements de succion,

Sollier, loc. cit., p. 54.

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT

de répulsion, de nausée. L’attouchement des lèvres et des muqueuses provoque des éternuements avec effusion de larmes. La sensibilité de la main et du pied est beaucoup plus nette que celle de l’avant-bras, de la jambe, de la cuisse, etc. A l’âge de six mois, l’excitabilité cérébrale s’étant accrue, et l’excitabilité cutanée, par suite de la multiplicité des excitations, ayant diminué, la sensibilité tactile est un peu moins vive qu’au début >.

Quant aux sensations agréables du tact, il n’est pas très facile d’en constater des signes évidents chez les enfants âgés de moins de deux mois. Les pressions délicates et légères, le contact d’une peau douce ou d’une étoffe moelleuse, ne déterminent sur le visage aucune expression nette de plaisir, ni sourire, ni agitation des yeux : le nourrisson n’est cependant pas insensible à ce genre de sensations, pour lui déjà significatives de la présence de certains objets ; il est impossible quelles ne lui fassent pas éprouver quelque sensation de bien-être, malgré l’impuissance où il se trouve encore de les localiser et de les différencier. Plus tard, l’expérience et la comparaison lui auront fait distinguer ces sensations des sensations plus fortes, de celles qui lui causent gêne ou mal. Mais, à deux mois, lorsque l’enfant a l’air de trouver agréable le contact de ma main effleurant le dos de sa main, son front et ses joues, est-ce la douceur dece contact qui lui plait, et qui même le fait sourire, ou l’idée du sein que le contact de la peau rappelle, ouïe plaisir résultant de la sensation de température? C’est peut-être tout cela à la fois. Bientôt aussi la signification sympathique des caresses, qu’il ne tarde pas à comprendre, contribuera, à propos des sensations tactiles, à lui procurer un plaisir très manifeste. Quoi qu’il en soit, et malgré l’absence des signes indiquant le plaisir tactile, j’incline à croire que ce plaisir existe de très bonne

l. Preyer, L’dmc de l’enfant, Partie 1, chap.III.

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