‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 20 sur 65 · L ACTIVITÉ MOTRICE · texte numérisé non relu

L ACTIVITÉ MOTRICE

être ainsi pour l’œil du petit enfant, chez lequel existe un organe spécial de sensibilité à la lumière. Les mouvements automatiques que la pure irritabilité, sans nulle sensation lumineuse, fait produire à ses yeux, doivent, du reste, concourir à la nutrition des tissus musculaires et nerveux, dont le développement est indispensable à la production de lîf sensibilité visuelle. Au développement plus grand des muscles, des centres nerveux, des centres moteurs, aux sensations plus distinctes, aux jugements plus étendus, correspondent, dans les centres moteurs, des adaptations de plus en plus spécialisées. L’enfant de deux mois, qui distingue plusieurs objets hors de lui, et commence à posséder une vague idée des distances, ne pouvant étendre les mains vers les objets pour les saisir, ce qu’il fait déjà volontairement quand ils sont rapprochés, fléchit et penche son corps vers eux. A la même époque, il a une idée encore plus netté de l’étendue, ou plutôt de la localisation, relativement aux diverses parties de son corps : il ne s’égratigne plus que par intervalles. Avant la fin du troisième mois, il porte plus souvent qu’auparavant ses mains vers son visage, et les douleurs de la première dentition l’exciteront bientôt à porter sans doute les doigts à la bouche. Ses mains s’occupent davantage et mieux : la flexion de la main sur le poignet s’exécute parfaitement ; les doigts ont des mouvements plus réguliers, plus variés; on voit des efforts pour tendre les bras, mais encore assez rarement. L’enfantcommence à ébaucher des mouvements des jambes et du thorax pour se tenir dans la station verticale, quand on le dresse sur ses pieds en le soutenant : il aime à grimper à force de bras et de genoux jusqu’au visage de sanourrice, qui le fait avancer en le soutenant sur les pieds. En un mot, il a plus qu’auparavant conscience et possession de son activité ; elle lui plaît davantage, et ce plaisir même l’excite à agir. \

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT

Du quatrième au sixième ou septième mois, les progrès sont nombreux, mais cependanttrès lents, si on les compare aux progrès analogues qui se produisent chez quelques-uns des animaux supérieurs. C’est que, plus la volonté doit dominer dans le contrôle et la coordination des mouvements, plus les acquisitions motrices spéciales seront étendues et complexes, et plus l’éducation est longue en même temps qu'influente. Ainsi, le chat âgé d’un mois, le chien âgé de quatre mois, se servent mieux de leurs pattes pour la station, la marche, la préhension et le jeu, que l’enfant âgé d’un an de ses bras et de ses jambes en vue des mêmes fonctions. Le petit chat qui vient de naître peut même se traîner sur le ventre, sinon marcher, et ses efforts, ses progrès, spécialement en motricité locomotrice, sont peutêtre intéressants à mettre en regard des progrès analogues qui s’accomplissent si lentement chez l’enfant *.

Il faut près de deux ans à un enfant pour faire des progrès même inférieurs à ceux que dejeuneschats ont accomplis en moins d’un mois. C’est à peine si, à l’âge de six mois, l’enfant que l’on abaisse rapidement en le soutenant, paraît faire effort de ses mains pour ne pas tomber. Son triomphe à lui, c’est la position assise : quand il est assis sur un tapis, entouré des jouets dont il est le maître jaloux, ses doigts produisent des mouvements délicats et variés, malgré beaucoup d’incertitude, dont un chat ou un chien d'un an n’est pas capable. Son activité, doublée de curiosité, et surexcitée par les sentiments de toute sorte, le rend de plus en plus heureux, et lui parait à tel point nécessaire, qu’un quart d’heure d’inactivité relative lui pèse comme une journée d’ennui aux adultes.

A cette époque, que de jouissances musculaires, sensi-

!. Voir Mes deux chats, fragment de psychologie comparée.

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