CHAPITRE II
l’évolution de la sensibilité affective.
La crainte. — Dès les premiers jours, l’instinct automatique de la peur se montre chez l’enfant. On peut, d’ailleurs, trouver comme une manifestation obscure de cet instinct dans les tressaillements produits chez le fœtus par la frayeur subite de la mère. Une dame ayant été très fortement effrayée, trois mois avant la naissance de son enfant, sentit son fruit s’agi terconvulsivement dans son sein. Cet enfant ne vécut que quelques mois, et produisait souvent, sans cause extérieure déterminante, ces soubresauts violents qui caractérisent la peur excessive. Ce sont là des effets d’imaginationisme incontestés, et contre lesquels une mère et son entourage doivent se prémunir, autant que faire se peut ‘.
Quant aux tressaillements, aux cris, à l’arrêt ou à la précipitation de la respiration, qui sont symptomatiques de la peur chez le nouveau-né, la cause en est souvent si faible, qu’il n’est pas toujours donné de la prévoir ou de l’écarter. L’audition brusque de toute espèce de bruits, presque toutes les apparitions soudaines d’objets nettement vas, dérangent le repos de l’enfant. A trois mois, et même auparavant, la simple vue d’un visage étranger le fait quelquefois s’agiter et respirer au point de sembler anhélant.
* Jc renv°io le lecteur à ce qui a été dit sur ce point dans la partie L chapitre I, p. 8.
PSYCHOLOGIE DE L’ENEANT
Darwin a noté des signes de crainte dès les premières semaines, à l’occasion du moindre bruit inattendu, et plus tard, à l’occasion de bruits ou d’attitudes étranges. 11 parle de la crainte éprouvée par certains enfants plus âgés, quand ils se trouvent dans l’obscurité, mais sans nous dire s’il croit cette disposition héréditaire. 11 est à croire que son opinion est telle, car il attribue, et, selon moi, non sans une apparence d’exagération, la peur ressentie par son enfant, au Jardin Zoologique, en présence des animaux de grande taille, à des « effets héréditaires de dangers réels et de supertitions abjectes qui datent de l’époque de la vie sauvage. » 1 Plein de déférence pour les opinions de l’illustre physiologiste, je me demande cependant si un enfant de deux ans et trois mois ne peut pas tenir en partie de son expérience comparative cette frayeur causée par la vue d’un animal énorme, et s’il est besoin de reculer jusqu’à l’expérience de ses ancêtres sauvages pour expliquer chez lui cette manifestation particulière d’une tendance héréditaire seulement dans ce qu’elle a de général.
On peut rapporter sans doute à l’époque de six ou sepmois l’observation suivante de Ch. Bell 2 : « Si nous fait sons sauter l’enfant dans les bras, il reste immobile lorsque nous l’élevons ; mais, pendant la descente, il se débat, et fait des efforts. Quand la nourrice le pose sur ses pieds, en formant un cercle de ses bras autour de lui, il apprend lentement à trouver l’équilibre, et à se soutenir, non sans y mettre une grande timidité. 11 ne prétend se tenir tout seul qu’à une petite distance des genoux de sa nourrice, assez près pour se jeter dans son giron s’il allait tomber. Dans ses premiers essais de force musculaire, il est sous l’empire d’une peur que l'expérience peut encore avoir produite. » Un petit enfant qui tombe en essayant de mar-
* Mémoire sur le Développement de l’intelligence chez un petit enfant, Revue scientifique du 7 juillet 1877.
s The hand, p. 234,