‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 27 sur 65 · LA COLÈRE · texte numérisé non relu

LA COLÈRE

joie ? Quel spectacle moins charmant que celui d’un joli bambin d’un ou deux ans, qui décharge habituellement sa fureur plus ou moins motivée sur les meubles, les ustensiles de cuisine, les instruments, les livres, les fruits, les ali-

ments, sur les animaux, sur ses bonnes, et même sur ses parents ?

J’ai vu une petite capricieuse de onze mois, se mettre dans une violente fureur, parce qu’elle n’avait pu réussir à saisir le nez de son grand-père. Une autre, âgée de deux ans, avait une belle poupée, dont elle était très hère : ses parents l’ayant emmenée aux eaux de Gauterets, elle vit, à la descente de la voiture, une enfant avec une poupée pareille à la sienne : cris de paon, paroxysme de rage ; elle sauta sur 1 enfant, l’égratigna, la battit, la mordit, et on dut la lui arracher des mains ; sa colère avait été si forte, qu’elle en fut malade trois jours. Une autre petite fille du même âge avait de tels accès de rage, lorsque sa mère la couchait, que les voisins étaient obligés d’intervenir pour la calmer; mais il y en avait un qu’elle craignait surtout, et dont la vue suffisait à l’apaiser, un monsieur à grosse voix et à grande barbe, qui la fouettait quelquefois dans son petit lit. Un petit garçon âgé de quinze mois mordait sa mère, qnand elle le mettait dans le bain. Une autre, âgé de trois ans, que ses inconvenances avaient fait renvoyer de la salle à manger, revint aussitôt après, et se coucha par terre en travers de la porte, en jouant des bras et des jambes et jetant des cris affreux.

D’après ce que nous venons de dire des avantages et des inconvénients de la colère, il me semble qu’on peut à posteriori comme à priori, la ranger dans cette classe de sentiments fondamentaux qu’on perdrait son temps à vouloir détruire, mais qu’il faut s’efforcer de diriger et d’élever 11 faut voir en elle un des éléments les plus féconds de 1 activité humaine, qui s’unit à la sympathie pour exciter au dévouement, et peut aider à la formation des ha-

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT

bitudes morales, soit en forçant l’enfant à faire un retour sur lui-même, soit en lui inspirant, dans la mesure permise à cet âge, un esssai de

ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes généreuses.

Jalousie. — L’instinct de la jalousie, commun à tous les animaux, inégalement accusé chez les individus d’une même espèce, se produit dans des circonstances et avec des manifestations très diverses. Elle n’est pas toujours l’indice d’une sensibilité très vive ou d'une personnalité excessive ; car elle se montre très énergique chez des enfants et chez des adultes d’un caractère calme et coulant d'ailleurs: tantôt elle éclate comme un incendie, tantôt elle couve sous la cendre. L’amour et l’affection lui sont des excitants des plus violents; mais elle peut naître à l’occasion de tout objet possédé ou recherché par autrui. Un chat, un chien, sont jaloux d’un autre, à propos d’un aliment, d’une place occupée, d’un jouet, de caresses. Un moineau apprivoisé par une dame était jaloux des chats qu'elle caressait, des personnes qui entraient dans sa chambre : ses attitudes, ses cris, tout l’indiquait. De même, un enfant de trois mois se montre jaloux des personnes qui s’approchent du sein de sa nourrice ou qui touchent son biberon ; il est jaloux des caresses de sa mère. A quinze mois, un autre enfant se montre jaloux quand on donne du sucre ou du dessert à sa bonne.

La jalousie s’éveille à propos d’objets très différents: elle se confond quelquefois avec l’envie, l’appropriation, et l’imitation. Les enfants veulent souvent les choses, moins pour les avoir, pour en jouir, que pour ne pas les voir dans les mains des autres. Ils agissent à l'égard des personnes comme à l’égard des choses. Un enfant de quinze mois

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