‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 28 sur 65 · LA JALOUSIE · texte numérisé non relu

LA JALOUSIE

faisait des scènes de jalousie très curieuses. Son père et sa mère faisaient-ils mine de s’embrasser devant lui, il courait en grondant les séparer, et il repoussait le père, qui était loin d’être le préféré. Le même enfant, à la même époque, ne pouvait rien voir dans les mains d’un autre sans le demander, sans chercher à le toucher ou à le prendre : on ne faisait aucune opération à portée de ses yeux et de son intelligence, qu’il ne vînt s’en mêler : dans la cuisine, il lui fallait un couteau, ou un semblant de couteau, pour travailler avec des détritus de légumes, quand la bonne préparait la soupe. Quand son frère aîné écrivait, il lui fallait un chaise haute devantla table, du papier etune plume, avec quoi il croyait faire la même œuvre que son frère ; une fois il demandait très sérieusement le blaireau à son père, pour se raser aussi . Les tendances propriétaires et imitatives entrent donc pour beaucoup dans les manifestatons de la jalousie ou de l’envie.

Les pères n’ont guère à se préoccuper des préférences que leurs enfants accordent en général à leurs mères ou à leurs nourrices : elles sont dans la nature, et plus utiles que nuisibles au développement intellectuel et moral de l’enfant. De leur côté, les mères ne doivent pas s’inquiéter outre mesure des petites infidélités que ces cœurs frivoles peuvent faire à leur tendresse. Chez les uns et chez les autres, la jalousie serait fort peu raisonnable, et pourrait, d ailleurs, se traduire par des effets d’un mauvais exemple pour l’enfant.

Il entre sans doute toujours un peu d’amour-propre, sinon de vanité, dans la jalousie qu’un enfant montre à ses frères et à ses sœurs, surtout à l’égard des marques de tendresse et des attentions qu’on a pour eux. Chez le fils de Tiedemann, âgé de vingt-deux mois, « la jalousie et la vanité se développaient de plus en plus : si l’on flattait sa petite sœur, il arrivait pour qu’on le flattât aussi; il cherchait à lui prendre ce qu’on lui donnait, et même à la frapper en

PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT

cachette. » Quelques mois auparavant, à la naissance de sa sœur, l’enfant avaitmanifesté des signes de mécontentement; il voulait la battre, toutes les fois qu’elle était dans le giron de sa mère ou dans son lit à lui. parce qu’il lui était désagréable de se voir enlever quelque chose qu’il avait exclusivement possédé longtemps.

Un de mes neveux, a l’âge de trois ans, parlait continuellement d’un frère qu’il devait avoir bientôt, a Comme je l’aimerai, disait-il à chaque instant ! » Mais quand il l’eut vu accaparer le sein, les baisers, les caresses de sa mère, les soins et l’attention de son père, il en témoigna très haut son mécontentement. Il dit même un jour à sa mère : et Est-ce qu’il ne va pas bientôt mourir, le petit Fernand? t Quand le nouveau venu se mit à marcher et à parler, l'autre lui faisait mille méchants tours : il le battait, le tirait d’une chaise pour se mettre à sa place, lui criait dans les oreilles, l’appelait vilain et méchant, lui prenait des mains les jouets, contrefaisaisait son langage et sa démarche.

Sympathies et antipathies variées. — Lorsque l’expérience du petit enfant lui a signalé un certain nombre d’objets comme pouvant lui procurer des sensations agréables ou pénibles de la vue ou du tact, ses heures de veille se partagent de plus en plus entre ses repas et ses jeux. Au besoin toujours dominant, mais non plus exclusif, de la faim ou de la gourmandise, s’ajoutent de nouveaux besoins, que les Écossais appelaient besoins intellectuels, parce qu’ils supposent un certain progrès de l’intelligence.

Voici un enfant de huit mois, d'une intelligence ordinaire. Il s’intéresse à une foule d’objets indifférents à son goût, et il ne les porte plus qu’accidentel lement à sa bouche. Ils sont désormais pour luides jouets ou des objets d'étude, et l’un et l’autre à la fois. Il les manie, les tourne,

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