‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 4 sur 65 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ainsi voudrais-je voir mes lecteurs en userenvers mon essai de psychologie infantile: que les préoccupations d’un système quelconque soient secondaires pour eux, comme elles l’ont été pour moi-même. J’ai souvent médité, quant à moi, pour tâcher d’en faire mon profit, ces paroles très sensées de M- Fr. Pollock: « La science nous rend chaque jour plus évidente celte vérité qu’il n’existe, ni au dehors, dans le monde, ni au dedans, dans l’esprit, rien qui ressemble à un équilibre fixe; de même il devient clair que les vrais et durables triomphes de la philosophie ne sont pas dans les systèmes, mais dans les idées1.» Si quelques bonnes idées se trouvent éparses dans mon livre, je prie mes lecteurs de ne pas y voir et de ne pas y chercher autre chose.

Mai 1882.

Bernard PÉREZ.

1. Cette pensée termine la belle étude intitulée : Spinoza, his life and philosophy, Londres, 1880, p. 408.

vr

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servations sur les choses, qui, bien que souvent bizarres, n’en sont pas moins tout-à-fait saines et pures, se laise séduire par cette aimable Action de Platon et de Wordsworth, que le nouveau-venu dans la vie apporte de son séjour antérieur des idées et des sentiments bien supérieurs au niveau de l’expérience terrestre. Quoi qu’il en soit, un esprit ouvert et sans prévention ne peut manquer d’apprendre beaucoup dans une sérieuse étude de l’enfance. C’est la période où l’esprit le plus ordinaire offre à l’observation quelque chose de remarquable. Il n’y a peut-être pas d’enfant bien portant qui ne présente à chaque instant quelque nouveau phénomène mental ou moral, capable de toucher, d’amuser ou d’instruire, pourvu que les yeux d’un appréciateur soient là pour le voir.

Mais il ne s’agit pas ici spécialement du côté poétique de l’enfance. Nous avons à considérer les germes naissants de l’intelligence au point de vue plus sévère de la science. Non que le savant doive être insensible au charme esthétique de son sujet. Unbotaniste doit peut-être sentir quelque chose du riche ensemble de beautés qui est contenu dans un aussi petit objet qu’une fleur du chemin. La curiosité scientifique entre souvent dans sa pleine et vigoureuse force sous la géniale et vivifiante influence d'une ardente admiration. L’homme dont l’œil pénétrant est apte à saisir tous les jolis et joyeux traits de l’enfance est aussi le mieux qualifié pour en observer scientifiquement les facultés. Seulement, dans ce cas, il faut que l’intérêt esthétique soit subordonné à l’intérêt scientifique.

La science qui s’occupe spécialement de l’esprit de l’enfant, c’est la psychologie. Le pyschologue seul peut prétendre à noter et interpréter toutes ses étran-

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ges manifestations. Et, d’autre part, le domaine de la vie enfantine est d’un intérêt singulier pour le psychologue. Il est vrai qu’il a d’autres moyens d’étudier la manière dont l’esprit humain procède, et les lois qui lient entre eux ses mouvements successifs. Il a son propre esprit, qui est directement accessible à sa vision interne ; il a ceux de ses amis et connaissances, chez lesquels il peut recueillir aussi une foule d’observations, pour peu qu'ils soient ouverts et communicatifs. Néanmoins, il ne peut se dispenser d’étudier les esprits non encore formés des jeunes enfants. Sa tâche, comme celle de tous les travailleurs scientifiques, est d’expliquer le complexe par le simple, de remonter du résultat final et parfait aux premières et grossières ébauches. A cette fin, il doit étudier avec soin les phases initiales de la vie psychique, qui se manifestent directement soussesyeux dans chaque enfant.

Quelques-unes des plus graves questions concernant la nature et la destinée de l’homme nous ramènent à l’observation de l’enfance. Entre autres, cette question, si ardemment débattue : la conscience estelle une faculté innée, que chaque homme possède antérieurement à toutes les influences externes delà société, autorité, discipline, éducation morale, qui contribuent à la former ; ou, au contraire, est-elle un pur produit des impressions reçues dans le cours de cet entraînement? Rien ne semble plus propre à jeter quelque lumière sur cette importante question que 1 observation scrupuleuse des premières années de la vie.

Ce n’est pourtant pas encore là toute la signification de l’enfance pour le psychologue moderne. Nous apprenons à rattacher la vie individuelle à celle de la race, et plus encore, celle-ci à la vie collective de tous

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les êtres sentants. La doctrine de l’évolution nous invite à regarder le développement actuel de l’intelligence humaine comme conditionné et préparé par de longs siècles d’expérience humaine, et par des périodes encore plus longues d’expérience animale. L’individu civilisé est ainsi comme un mémento, une sorte d’abrégé du lointain travail d’organisation de la nature, du façonnement des structures de la vie consciente. D’après cette conception, les phases successives de la vie mentale dans l’individu correspondent aux périodes de ce long procès d’organisation : la vie végétale, animale, humaine, civilisée. Cela étant, les premières années de l’enfant nous offrent un intérêt spécial d’antiquité.

Nous pouvons noter ici les points de contact de la superbe raison humaine avec l'humble intelligence des brutes. Dans l’enfant le plus ordinaire, nous pouvons voir une nouvelle représentation dramatique de la grande action cosmique, l’intelligence émergeant laborieusement de la coque grossière des sens et des appétits animaux.

Il ne faut pourtant pas supposer qu’il n’y ait ici qu’un intérêt tout historique ou archéologique. En effet, en découvrant dans le développement progressif de l’esprit de l’enfant un raccourci de l’évolution humaine et animale, nous apprenons à mieux comprendre ce développement. Nous sommes capables de voir dans un fait aussi simple que le sourire, qui sert de réponse à l’enfant, un produit d’activités rétroactives, résidant en dehors de l’existence individuelle. A la lumière de la nouvelle doctrine de l’évolution, la première période du développement individuel, qui est particulièrement le domaine de l’instinct, c’est-à-dire, des tendances et des impulsionsqui ne peuvent être rapportées à l’action des circons-

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tances passées de la vie individuelle, nous apparaît comme portant le témoignagne le plus clair du travail préparatoire de la race. C’est dans l’enfance que nous devons le moins à nos efforts individuels, soit mentaux, soit corporels, et que notre dette à nos ancêtres est la plus lourde. Dans la rapidité avec laquelle l’enfant coordonne ses impressions externes et ses mouvements, par exemple, quand il apprend à suivre une lumière avec ses yeux, ou à tendre la main pour saisir un objet, dans la rapidité avec laquelle ses sentiments de crainte, de colère, etc., s’attachent à des objets et à des personnes, nous pouvons évidemment constater le jeu de l’hérédité, cette loi par laquelle chaque nouvel individu est lancé dans le cours de la vie enrichi par un legs d’expériences ancestrales.

Regardée de ce point de vue, la psychologie de l’enfant paraît étroitement en rapport avec d’autres départements de la science. Tout d’abord, elle a des points de contact évidents avec ce que l’on appelle la psychologie de la race (Vülkerpsychologie). Les premières années de l’enfant correspondent réellement aux premières périodes connues de l’histoire humaine. Comme il est curieux de voir les naïves conceptions de la nature, les idées fantaisistes et animistes des choses, que l’on a de bonnes raisons d’attribuer à nos premiers ancêtres humains, se réfléter dans le langage de 1 enfant ! Il est probable que les recherches sui les débuts de 1 humaine culture, l’origine du langage, les idées et les institutions primitives, avanceront beaucoup plus qu’elles ne l’ont encore fait.

grâce à une sérieuse enquête sur les événements de la vie enfantine.

Il est non moins évident que la psychologie de reniant confine à la psychologie animale. L’affection de

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l’enfant pour les animaux marque une aptitude spéciale à comprendre leurs manières d’être ; et, de plus, cette facilité indique une certaine communauté de nature. L’intelligence des enfants et celle des animaux ont ceci de commun que tout y est simple et direct, débarrassé du fatras des amples comparaisons et des abstraites réflexions, tout y est vif et incisif dans ses étroites limites. L’enfantet l’animal sont exposés par leur ignorance aux mêmes risques de danger et de déception ; ils montrent les mêmes instincts d’attachement et de sincérité. Ainsi l’étude de l’un sert à faire comprendre l'autre. L’homme ou la femme qui voit le plus clairement dans le travail de l’esprit enfantin, toutes autres conditions étant égales d’ailleurs, sera le meilleur interprète des manifestations animales, et vice versa.

Il est un aspect particulier de cette relation entre les psychologies infantile et animale, qui doit être spécialement noté. L’enfant contraste pleinement avec les nouveau-nés des plus humbles animaux par la pauvreté de son équipement pour la vie. Qoique l’enfant, comme il a été dit plus haut, recueille l’héritage du passé dans les germes instinctifs de ses capacités, celles-ci sont moins visibles, moins parfaites, et se suffisent moins à elles-mêmes, que les aptitudes non apprises des jeunes animaux. Lejeune poussin paraît, dès sa naissance, capable de coordonner assez parfaitement les mouvements de tête avec les impressions visuelles, pour viser sûrement un objet aussi menu qu’un grain de blé. Les jeunes chats montrent une hostilité réelle et d’expérience contre les ennemis héréditaires de leur espèce. Rien de tel dans la descendance humaine. L’enfant doit commencer la vie dans le plus pitoyable état de faiblesse. Pendant un an et plus, il ne peut exécuter l’une des fonctions les plus

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importantes et les plus étendues de la vie animale, je veux dire la locomotion. Cette longue période de dénuement, au point de vue évolutionniste, est très significative. Le retard de l’homme sur l’animal est simplement une application frappante de la loi ou tendance générale d’évolution. A mesure que les êtres montent dans l’échelle d’organisation, ils ont à adapter leurs actions à une variété de plus en plus ample de circonstances et d’influences externes. Aux plus bas degrés de la vie animale, il y a beaucoup plus de ressemblance et de routine, précisément parce qu’il y a beaucoup plus de simplicité. Dans les degrés les plus élevés, les actions, ayant à s’adapter à des conditions plus complexes et plus changeantes, sont plus variées, ou subissent des modifications plus nombreuses et plus étendues : comparez les actions accomplies par une abeille, pour trouver sa nourriture, avec celles qu’un renard exécute dans le même but ! Aussi, plus s’accroît la variété des actions utiles à la vie, plus aussi le champ de l’apprentissage et de l’acquisition individuelle s’accroît par rapport à celui des aptitudes ou instincts hérités- Et, comme la difficulté et la variété des actions humaines sont immensément plus grandes que celles des actions de l’animal le plus intelligent, nous voyons que l’enfant est moins bien armé pour sa première étape en ce monde, et qu’il a beaucoup plus à faire pour trouver ses moyens d’existence.

Nous croyons toucher ici au côté le plus pratique de notre sujet. A l’impuissance de l’enfant correspondent ces instincts d’affection, de protection et de direction, qui, bien que se manifestant chez les plus humbles animaux, sont considérablement développés chez l’homme, et qui, bien que la femme les possède à un degré éminent, sont le partage commun desadul-

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tes, et se retrouvent sous les longs et ennuyeux procèdes de l’éducation. Ce n’est pas seulement le psychologue théoricien qui a besoin d’étudier les voies enfantines; c’est le psychologue pratique, c’est-à-dire, ' l’éducateur. Les trois ou quatre premières années de la vie fournissent la moisson d’or où la pédagogie scientifique doit venir récolter ses données. En effet, le principe fondamental de notre pédagogie, c’est qu’une éducation systématique doit épier les mouvements spontanésdel’âme enfantine ety adapter ses propres moyens. Or,c’estdans les premières années de la vie que les tendances spontanées se découvrent ellesmêmes le plus distinctement. C’est dans cette période, quand l’exemple et l’instruction directement donnés n’ont pas encore eu le temps de beaucoup modifier et restreindre les tendances natives, que nous pouvons le mieux observer les caractéristiques de l’enfant. C’est l’enfant qui nous dit le plus sûrement comment une jeune intelligence passe en tâtonnant des ténèbres à la lumière. C’est un fait historique que cette nécessité suprême, pour l’éducation, de former par l’exercice méthodique les sens et la faculté d’observation, n’a été découverte que par une considération attentive de la direction spontanément suivie par l’activité mentale de l’enfant. En nous mettant aux pieds de la nature, en observant les facultés d’un enfant ignorant, nouspouvons apprendre que toutes les fonc- j tions essentielles de l’intelligence, séparation ou analyse, comparaison, discrimination, etc., sont mises enjeu sous le coup des impressions externes. Dans la simple action de saisir et de regarder ses jouets brillamment coloriés, l’enfant nous montre déjà qu'il possède un esprit vraiment humain, et qu’il est sur le chemin de la réflexion ou de la pensée abstraite. C’est dans cet étonnement prolongé que s’effectuent ses

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premières et faibles tentatives pour distinguer et relationnel’ les parties et les 'qualités des choses. Au surplus, la leçon objective, bien comprise, n’est pas autre chose qu’un développement méthodique des procès mentaux impliqués dans tout sérieux effort de l’intuition enfantine.

Mais ce n’est pas seulement le côté intellectuel de l’étude de l’âme enfantine qui importe à l’éducateur. La nature émotionnelle et morale de l’enfant se révèle aussi dans les trois ou quatre premières années de la vie. Si nous voulons savoir comment les choses impressionnent l’enfant, quelles sortes d’objets lui causent le plus de plaisir, nous devons l’observer dans ses jeux spontanés, et prêter l’oreille à ses libres conversations. 11 semble évident, en effet, que si le maître doit adapter ses procédés éducatifs aux goûts et aux préférences de l’élève, il doit au préalable les avoir étudiés dans leur expression libre et franche. Ajournée au temps de l’école, cette étude ne serait ni exacte ni complète. L’école même la plus brillante, par ses conditions d’un caractère, tout artificiel, offre un trop sérieux obstacle au libre épanouissement des goûts de l’enfant.

t Nous en avons peut-être assez dit pour montrer que 1 observation et l’interprétation de l’esprit de l’enfant sont de grande importance tout à la fois pour la théorie et pour la pratique. Maintenant vient une question • quelle est la meilleure méthode à suivre dans cette recherche? Les conditions de succès sont les deux

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orales. Il doit être, avant tout, un observateur dili-

IN'I’KODU CTION

gent et exact. Il doit êlre résolu à voir les enfants tels qu’ils sont en réalité, et à ne pas les imaginer d’après ses idées préconçues. Cela implique un esprit exercé à l’observation, et doué d’une certaine rigueur scientifique. Et pourtant cela ne suffit pas; car ou peut être un excellent observateur dans d’autres domaines de la nature, tout en n’étant qu’un très mauvais peintre des traits de l’enfant. Une étroite et habituelle concentration de l’esprit sur des choses aussi triviales, au jugement commun, que les caprices et les fantaisies de l’enfant, suppose un goût à part, un puissant et chaud intérêt pour cette sorte de faits naturels. Et ceci implique, en outre, dans l’observateur, cette enthousiaste affection de l’enfance, qui est une sorte de passion dévorante dans des hommes comme Pestalozzi et Frcebel.

Ce n’est pas tout encore. On ne peut pas voir l’esprit de l’enfant, on ne peut que le deviner. Chaque mouvement de ses petites mains, chaque modulation de sa frêle voix, sont aussi dépourvus de sens que les sons d’une langue inconnue, tant que l'imagination n’a pas travaillé à les interpréter. Or, cette aptitude àreconstruire, d’après leurs signes extérieurs, les sentiments et les pensées de l’enfant, manque à plus d’un observateur d’ailleurs excellent. Rien peut-être n'a été plus mal compris que l’enfant. Peu de personnes se souviennent assez bien des expériences de leur premier âge, pour pouvoir les ramener devant l’esprit qui est leur sujet d’observation. Peu sont aussi disposées à se mettre mentalement dans la situation et dans les conditions de l’enfant, à se dépouiller de leurs habitudes d’esprit d’adultes, et à se réduire elles-mêmes pour un moment au rôle de petits enfants.

On 11e peut, d’ailleurs, observer attentivement et

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interpréter exactement les paroles et les actions de l’enfant, que grâce à une certaine affection et à l’habituelle camaraderie qui naît de l’affection. Les enfants se révéleront d’eux-mêmes, non pas à l’homme qui les regarde comme un embarras ou un ennui, mais à celui qui s’amuse et se plaît avec eux, et qui n’aime rien tant que de mettre de côté la pesante armure du sérieux pour s’abandonner à ces bons badinages enfantins. Comprendre le travail mental de l’enfant, sa propre manière de voir, la mesure d’après laquelle il apprécie les choses, et autres choses du même genre, cela suppose une imprégnation habituelle de l’esprit par l’atmosphère de la vie enfantine.

II. Une complète qualification pour l’œuvre dont nous parlons implique aussi, comme condition, la parfaite opportunité. On n’apprit jamais l’art de lire

.dans le livre de la nature enfantine, sans avoir joui d'une pleine opportunité d’observation. Cependant, quand nous considérons la première ou les deux premières années de la vie, nous voyons cette opportunité bien restreinte. A part la mère, la nourrice, ou peut-être le médecin, qui est assez bien favorisé pour épier les premiers et incertains mouvements de l’esprit de l’enfant ?

Ici vient tout naturellement cette réflexion, que la mère est la personne marquée spécialement par la nature pour remplir cette noble tâche. Elle est ou oit être celle qui entre dans le plus intime contact avec 1 enfant, et qui lui donne un aimable avant-goût de 1 humaine société. Elle a aussi ou doit avoir le P us vif .nterêl p°ur r^faat, l'absorbant intérêt de n , mfemeHe' La raére. et nous lui en som-

mais î'effo? P61"6"1 reco,lnaiss“ts, »e regrette ja- T es?: Pe',Sé Meïi,ler la direction des pre-

68 et obscures impulsions de l'enfant, les formes

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étranges de sa pensée naissante. Mais a-t-elle les autres qualités, cette insistance sérieuse de l’esprit à unifier les faits disparates, cette habitude d’une exacte et minutieuse observation et d’une interprétation sobre et méthodique? Peu de mères, on le suppose, seraient jugées bien aptes à enregistrer froidement et scientifiquement les faits de la conscience enfantine. Les sentiments qui mènent tout droit à l’adoration de l’enfant les prédisposent trop souvent, on le sent bien, à limiter arbitrairement le domaine des faits, à confondre l’observation avec la conjecture, à exagérer, à se méprendre. Les perfections de la maternité semblent jusqu’à un certain point faire obstacle à un examen rigoureusement scientifique de l’enfance.

Le médecin serait, en général, plutôt fait pourposséder les qualités scientifiques d’un observateur de l’enfant. Et l’on sait que des hommes du métier se sont livrés à ce genre d’étude. Il est clair toutefois que le médecin, préoccupé de l’état physique de l’enfant, prêtera difficilement l’attention voulue à ses états psychiques. C’est tout au plus s’il arrive à obtenir quelques résultats partiels par son observation directe.

Peut-être pourrons-nous songer à la possibilité d’un autre candidat pour notre fonction. Le père peut, cela va de soi, trouver une plus ample opportunité que le médecin pour une continuelle et systématique observation de l’enfant. Mais il y aura certainement des obstacles en travers de son chemin. Il n’est pas improbable que la nourrice, voulant assurer son autorité, ne soutienne résolument son droit

contre la trop libre intrusion de l’homme dans le domaine réservé à la femme. Néanmoins ces obstacles peuvent être atténués par d’adroites flatteries, sinon

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autrement écartés. Mais dans la plupart des cas, on peut le présumer, le père ne s’intéressera que médiocrement aux faits et gestes de son petit rejeton. Son intelligence virile sera d’ailleurs moins exposée à considérer l’esprit de son enfant d’un point de vue sentimental et optimiste.

Le père, cependant, ne peut espérer remplir sa tâche tout seul. Il est forcé par son peu de loisir à prendre sa femme pour collaboratrice. On sait, du reste, que l’enthousiasme, la patiente et vigilante tendresse de la mère, sont aussi nécessaires que la vision analytique et pénétrante du père. La mère devrait noter sous la direction du père, celui-ci accordant l’attention voulue au contrôle et â la vérification. De cette façon, on peut espérer quelque chose qui ressemble à un registre complet de la vie de l’enfant.

On est heureux de constater que des pères, soucieux de leur devoir en pareille matière, ont déjà posé les bases de ce qui deviendra un jour un grand dictionnaire biographique de l’enfant. L’initiative, comme on pouvait s’y attendre, a été prise par des hommes de goûts et d’habitudes scientifiques. Physiciens, naturalistes et psychologues ont coopéré à cet utile travail des parents. Parmi les physiciens, on peut nommer Tiedemann, Sigismond et Lôbisch. Parmi les naturalistes, figurent les noms de Darwin et du professeur Preyer. Les psychologues sont représentés par M. Taine, M. Perez, M. F. Pollock et d’autres '.

1 Pour la bibliographie du sujet, voir dans Die Scele des Kindes de Preyer, ch. XIX. Les observations de Darwin, Taine, Pollock et autres, sont rappelées dans Mind, vol. II, pp. 252, 285 ; vol. III, p.392 ; vol. VI p. 104. Je puis aussi renvoyer le lecteur à deux de mes articles, l’un lial>ics and science, dans le Comhill Magazine, mai 1881,

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L’ouvrage que nous présentons ici est dû à la plume d’un homme joignant la science physiologique et psychologique à l’intérêt pratique de l’éducation. M. Perez est surtout connu peut-être comme écrivain de littérature pédagogique. Il a écrit un volume* et des articles d’occasion sur des sujets pédagogiques *, et a édité, en outre, les œuvres de quelques autres pédagogues3.

Un caractère particulier de cette étude sur les trois premières années de l'enfant , c’est qu’elle n’est pas un essai biographique. M. Perez, autant que nous poûvons en juger, a spécialement noté les progrès de quelques sujets favoris ; mais son étude est large et comparative. C’est ce qui en fait la singulière utilité. Chaque manière de raconter les événements de la vie enfantine a sa valeur, l’enregistrement chronologique très exact du développement d’un seul enfant, comme l’ont compris Tiedemann, Darwin, Preyer et quelques autres, ou l’ample description de faits recueillis dans l’observation d'un certain nombre d’enfants et la vérification des résultats obtenus, comme cela se trouve dans le livre de M. Perez. On peut ajouter que notre auteur paraît avoir trouvé des avantages exceptionnels dans cette manière d’étudier les enfants.

Le défautévidentd’unsimple recueil biographique, c’est qu’il ne peut pas être pris pour typique. Comme chaque mère de famille le sait, il se manifeste chez les enfants des différences frappantes, dès le début même de la vie. On ne saurait, en effet, trop répéter

et l’autre Baby linguistics, dans 1 ’Englisli Illustratcd Magazine, novembre 1884.

1 L’ Éducation morale dès le berceau, Alcan, édit.

1 Dans la Jlcvue philosophique, la Revue pédagogique, la Rasscgna cntica, le Risveglio educalivo, etc.

Jacotol et sa méthode, Alcan, édit.

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que l’enfant montre sa propre individualité, le jour même de sa naissance, par la manière dont il prend sa nourriture naturelle. Les différences de précocité mentale sont aussi très remarquables. C’est un des mérites du présent ouvrage de nous présenter une abondante variété de caractères d’enfants. Nous y voyons citer quelquefois des cas de rare précocité : par exemple, celui de cet enfant de seize mois qui montrait un étrange sentiment de sympathie pénible en voyant un adulte s’arroser de sa douche. Par contre, nous avons ailleurs des exemples de développement très ordinaire, sinon tout à fait en retard, comme celui de cet enfant de onze mois qui comprenait seulement un certain nombre de mots et quelques petites phrases . Ce n’est que par le rapprochement des enfants lourds et des enfants dégourdis, que nous pouvons nous former l’idée comparative et typique de leur développement.

M. Perez réunit, à mon avis, d’une façon très heureuse et tout à fait nouvelle, les différentes qualités d un bon observateur de l’enfant. Il a la première condition, 1 intérêt affectueux et la sympathique clairvoyance qui en dérive. Jusqu’aux rêves des enfants, matière si négligée, mais pour lui importante, qui reçoivent quelque illumination de sa brillante intelligence. Il n est pas sans avoir un vif sentiment du charme poétique de l’enfance. Quelques-unes des historiettes qu’il nous raconte sont fraîches et aimables comme des idylles. Elles nous transportent dans le milieu naturel et non convenu de l’enfant. Il est avant tout un savant, et, comme tel, il nous en montre sans pitié les peu aimables aspects. Ces petites colères féroces, ces basses jalousies, cette brutale insensibilité aux souffrances des autres, dont l’auteur nous rend compte, bouleverseront peut-être quelques lecteurs

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accoutumés à ne voir dans l’enfant que des aspects divins et angéliques; mais cela sera apprécié par quiconque a plus de souci de l’exactitude des faits que de leur conformité avec nos souhaits et nos fantaisies.

Un autre caractère saillant de ce livre, c’est la reconnaissance et l’appréciation nette des influences de l’évolution dans les faits de la vie enfantine. M. Perez est évidemment un sincère évolutionniste, et il fait un excellent usage de cette doctrine pour expliquer ce qu’il voit. C’est ce qui donne son air de nouveauté à son livre. Le lecteur sent qu'il a affaire à un homme au courant des derniers progrès de la science. A cette qualité s’en ajoute une autre : M. Perezfait de fréquents retours vers la psychologie animale. Il justifie ainsi une observation que nous avons déjà faite, c’est que l’intérêt pour l’enfant a une étroite affinité avec l’intérêt pour les animaux. Il a lui-même très exactement observé les animaux domestiques, et les passages relatifs à ses chats plaisent à l’imagination autant qu’ils éclairent l’intelligence.

Comme on l’a remarqué, M. Perez considère l’enfant du point de vue de l’éducateur. Il sait très bien que l’éducation commence au berceau, et son livre abonde en conseils pratiques sur celle qui convient aux tout jeunes enfants. Sa bonne nature est prompte à démêler les peines de l’enfant, et éloquente à plaider pour leur adoucissement. Voyez, par exemple, ce qu’il dit de cette mauvaise habitude de tromper les enfants (chap. V). En même temps son intention pédagogique ne s’impose jamais désagréablement à l’esprit du lecteur. C’est au moyen de suggestions faites en passant, plutôt que par un effort laborieux, qu’il arrive à faire de son recueil de faits un guide pratique de la mère et du maître.

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Un dernier caractère de ce livre, qui mérite d’être signalé, c’est qu’il est bien français de forme et de style. Le lecteur s’aperçoit à chaque page que l’auteur est un Français sachant façonner ses matériaux, donner de l’ordre à son exposition, l’éclairer des exemples les plus significatifs et l’orner des grâces du style. Si, par moments, l’auteur hasarde quelque pas dans les ténébreux recoins de la métaphysique, il n’est jamais longtemps à oublier qu’il écrit un livre populaire. Il a donc eu la bonne fortune de produire un livre qui, offrant un intérêt spécial aux hommes de science, n’en aurapas moins d’attrait pour la généralité des lecteurs.

Il n’est peut-être pas inutile d’ajouter, et je suis sûr que l’auteur lui-même en tomberait d’accord, que ce volume n’a pas la prétention d’avoir épuisé le sujet. Une théorie complète de l’esprit de l’enfant ne sera édifiée que par les efforts combinés d’un grand nombre d’observateurs et de penseurs. Dans le champ de la psychologie, plus encore que dans celui des sciences physiques, la répétition des observations et des expériences est nécessaire pour limiter et vérifier les résultats des recherches individuelles. Les

secrets de 1 enfance ne seront bien lus que lorsque un grand nombre dyeux auront parcouru la page. Bien que M. Perez, comme je l’ai dit, ait donné à ses observations une ampleur inusitée, on peut raisonnablement douter qu’il n’ait en certains endroits pris des cas exceptionnels pour des exemples généraux et typiques. Il est certain que ses observations sur les premières apparences des sensations, telles que celles du goût et de l'odorat, sur les perceptions de distance les mouvements pour saisir les objets, etc.,

‘n°rel’.t’ f des points de vue très importants, de celles d autres observateurs. Pour certaines particu-

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larités aussi, ce volume est moins plein que quelques autres recueils, notamment celui du professeur Preyer, Die Seele des Kindes *, qui, bien que publié après le volume de M. Perez, n’a aucun rapport avec lui. Aussi les gens d’étude qui voudront complètement se renseigner sur les résultats actuels des recherches, devront lire les autres recueils d’observations enmême temps que celui-ci. Cette circonstance, toutefois, ne diminue en rien la valeur du livre de M. Perez : c’est une riche mine défaits, et l’une des plus complètes, sinon la plus complète monographie de ce genre.

En terminant, je voudrais exprimer l’espoir que ce charmant volume excitera maints parents à faire eux-mêmes des recherches dans ce champ si plein de promesses s. Après l’avoir lu avec attention, toute personne d’intelligence ordinaireaura apprisquelque chose touchant les faits à observer et la manière de les observer.

James Sully.

1 L’Ame de l’enfant.

s Quelques personnes, à ma connaissance, ont répondu à ce vœu, que M. Fonssagrives avait déjà exprimé, il y a tantôt vingt ans, dans ses précieux livres d’hygiène pédagogique. J’ai reçu, pour ma part, d’intéressants spécimens de ces journaux de psychologie tout intime, de ces journaux de famille. Sur mon conseil, entre autres, une femme forte instruite, dont le mari est un savant, m’a envoyé, du fond des Indes néerlandaises, le journal de ses deux enfants, Lili (Nelli) et Ferdi. Je lui en exprime ici toute ma reconnaissance, et mes lecteurs me sauront gré, j’en suis sùr, des quelques extraits que ’en ai reproduits dans ce livre (Note de la 5* édition). B. P.

LA PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT

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