CHAPITRE PREMIER Avant la naissance
Le foetus appartient-il à la psychologie ? La réponse n'est pas douteuse pour les physiologistes, qui n’admettent pas d’organe régulier sans fonctions plus ou moins parfaites, et qui constatent dans l’embryon tout l’ensemble au moins ébauché des organes de la sensibilité. Elle ne laisse pas non plus le moindre doute aux philosophes de l’école expérimentale, qui accordent la plus haute importance aux manfestations de la vie inconsciente de l’esprit, et qui tiennent les mouvements en apparence automatiques de l’être utérin pour des révélations évidentes d’une sensibilité quelconque.
L’anatomie du cerveau fœtal doit tout d’abord nous renseigner sur l’état de l’organe propre à l’enregistrement et a l’élaboration des impressions primitives que les sens pourraient lui transmettre. Or, l’on sait que, vers la fin du cinquième mois, le cerveau de l’embryon s’est développé avec une rapidité considérable: les hémisphères cérébraux couvrent complètement les tubercules quadrijumeaux et le
PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT
cervelet maintenant plus gros. A partir du sixième mois, les changements survenus dans le grand organe sont plus marqués que ceux qui se manifestent dans le cervelet. Les parois des hémisphères s’épaississent ; le corps calleux s’accroît et prend une direction plus horizontale ; les scissures et les circonvolutions se développent au point que, vers les premiers temps du septième mois, on peut suivre distinctement les principales d’entre elles. Il se produit aussi quelques modifications importantes dans les lobes cérébraux : au septième mois, le frontal et le temporal sont assez gros, et le pariétal fort petit ; mais, à l’époque de la naissance, son développement est plus complet. Maintenant, les lobes cérébraux tiennent juste le milieu entre' ceux du chimpanzé et ceux de l’homme adulte; chez l’enfant nouveau-né, la proportion entre les lobes cérébraux est la même que chez l’orang adulte. L’accroissement du cerveau est alors plus considérable que celui du cervelet. Quant aux caractères microscopiques du cerveau foetal, s’il présente en certaines parties des noyaux arrondis reliés par un réseau de fibres, et dans d’autres parties des groupes de noyaux plus allongés, on n’y rencontre pas des cellules nerveuses distinctes, de formes différentes, réunies entre elles par leurs prolongements, et annonçant la formation complète des circonvolutions ».
Autant que ces superficielles indications permettent de rien conclure, on voit que, si le développement des hémisphères supérieurs paraît assez mûr pour la perception, l’émotion et la volition, le peu de consistance de leurs éléments constituants indiquerait, au moins pour la période utérine, un fonctionnent très restreint des facultés psychiques. Au surplus, de ce que le développement du cervelet, organe présumé des mouvements coordonnés, est resté en arrière de celui du cerveau, il ne s’ensuivrait pas que les
' V. Chnrlton Bastian. Le cerveau organe de la pensée, t. II, chap. I.