AVANT LA NAISSANCE
centres d’idéation motrice ne soient pasdéjà entrés en fonction avant la naissance.
Les mouvements de l’embryon sont pour 1 observateur doublement intéressants, et parce qu’ils expriment des états mentaux de l’embryon, et par l’influence qu’ils peuvent avoir sur les dispositions futures. Que nous apprennent-ils sur les modifications de la vie mentale avant la naissance? Quelle est l’action de la double extériorité, celle du monde et celle de l’utérus, sur ces âmes à demi formées, mais réagissant à leur façon, et peut-être vaguement conscientes ? Les impressions éprouvées par l’embryon n’aboutiraient-elles qu’à de sourdes excitations de la sensibilité et à des mouvements de pur mécanisme, qu’il serait déraisonnable d’en contester, comme aussi d’en exagérer l’importance. Puisque la déviation d’un dixième de millimètre subie par une fibre nerveuse, pendant la grossesse, influe considérablement sur la contexture d’un organe quelconque, quelle influence ne doivent pas avoir, sur la constitution générale de l’esprit et sur ses dispositions particulières, les impressions, soit régulières et normales, soit surtout accidentelles de la période fœtale? Ce sont là les premières lueurs de la vie spirituelle, dont l’aurore est le moment de la naissance. C’est la première page du livre, que le psychologue doit essayer de déchiffrer.
L’étude des mouvements de l'embryon a été pour les physiologistes l’objet d’observations et même d’expériences intéressantes. Il semble que, sur ce point, on n’ajoutera guère aux résultats acquis parKusmaül, Gensmer, Kütsner, et leur continuateur Preyer <.
D’après ce dernier, « la motilité apparaît plus régulièrement que la sensibilité. » Cette affirmation est peut-être un peu risquée. Il est vrai que le cerveau, le cervelet, et même la moelle allongée, ne paraissent pas nécessaires à
1 V. Physiologie de l’embryon.
PSYCHOLOGIE DE L’ENFAKT
la production primitive des mouvements ; l’isolement de l’œuf d’avec le milieu ambiant rend les excitations du monde extérieur sur lui très difficiles, cela est évident aussi ; mais cet isolement n’est que relatif : le fœtus communique indirectement par le milieu interne avec le milieu externe. Les expériences directes, soit sur l’embryon enfermé, soit sur l’embryon artificiellement extrait ou prématurément venu au jour, indiquent, tout au moins pour la dernière période de la gestation, un riche ensemble de facultés déjà aptes à entrer en exercice. Or il est permis de se demander si l’expérimentation sur le fœtus, par la pression et l’acuponction, est la seule qui soit possible, même en l’état actuel de la science. Peut-être arrivera-t-on à noter, longtemps avant l’époque où on les a constatées, des manifestations aussi certaines de sensibilité que de motilité dans l’œuf animal et le fœtus humain. Et, d’ailleurs, qui peut se flatter de dire où commence la sensibilité? Nombre de philosophes contemporains professent encore la vieille doctrine de l’àme universelle, attribuant le germe de la conscience et de la sensibilité même aux atomes '.
Pour le moment, estimons-nous heureux, sinon satisfaits encore, des résultats obtenus par ces intéressantes recherches de psychologie embryologique. L’existence de l’embryon, nous dit Preyer, est analogue à celle d’un sommeil sans rêve. Il en est à peine tiré par les rares et vagues sensations que lui permet d ‘éprouver l'imperfection, soit à la périphérie, soit au centre, de son appareil nerveux terminal. Mais ces sensations accidentelles, dues le plus souvent à des excitations inadéquates, ne doivent pas être tout à fait perdues pour le développement futur. A défaut de la sensibilité proprement dite, l’excitabilité de la peau existe assez tôt chez l’embryon. Celui d’une femelle de cobaye en état de gestation très avancée connnu-
• Entre autres, M.Caporali, l’illustre directeur delà A’uot'a Scienza.