‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 7 sur 65 · AVANT LA NAISSANCE · texte numérisé non relu

AVANT LA NAISSANCE

nique de s oscillations parfois rapides à la tête de l’aiguille avec laquelle on le pique ; la pression avecle pouce etl’index produit des mouvements répétés de répulsion. Extraits de l’utérus, des embryons de lapins, également proches du terme, répondent par des mouvements incoordonnés, mais vigoureux, à de fortes excitations électriques, traumatiques, chimiques ou thermiques. La possibilité d’éprouver de telles sensations, quand l’embryon arrive au jour, n’implique pas, d’ailleurs, qu’il en éprouve avant la naissance.

On a cru longtemps qu’il n’en était pas de même pour les sensations du goût. Kusmaül admettait que l’embryon peut « concevoir certaines expériences et acquérir certaines aptitudes, grâce aux sensations de soif et de faim excitées par les humeurs amniotiques qu’il avale ». » Parmi les sens liés au développement complet des nerfs cérébraux sensoriels, celui du goût est, en effet, le premier manifeste. Un anencéphale humain (expérience de Küstner) distinguait le doux de l’acide, ce qui prouverait, d’ailleurs, que le cerveau n’est pas indispensable à la production du réflexe du goût ; les cobayes, nés prématurément, distinguent le doux des autres sensations gustatives ; il en est ainsi des enfants nés avant terme. Mais l’occasion d’éprouver une véritable sensation de goût peut-elle survenir dans l’utérus? Difficilement, selon Preyer. Les changements qualitatifs et quantitatifs se produisent avec une trop grande lenteur, pour que la déglution de ces humeurs excite fortement l’enfant. Les sensations du goût seraient très faibles, et dues aux matières d’une saveur alcaline, salée, et à l’addition d’un peu d’urine fœtale, douce-amère et acidulée, que contient 1 eau de l’amnios. Quant aux sensations de goût produites par des excitations non adéquates, elles ne doivent pas précéder la naissance. Chez l’adulte, en effet, ces sensations sont très rares, à l’état de rêve comme à l’é-

1 L'âme du nouvtau-né.

PSYCHOLOGIE DE L'ENFANT

tat de veille, et elles exigentdes réminiscenses appropriées, qui font défaut à l’embryon.

Les sensations olfactives, chez les mamnifôres comme chez les oiseaux, ne se produisent qu’ après la naissance ou l’éclosion. La possibilité, pour le nerf olfactif, d’être impressionné par des excitations internes non adéquates, est tout à fait improbable. Bien que le fœtus âgé de huit mois ait la faculté d’éprouver des sensations olfactives (expériences deKusmaül), il ne doit point se produire de telles sensations avant la naissance : alors les fosses nasales ne contiennent aucune trace d’air, et la condition fondamentale de l’olfaction, l’inspiration de corps gazeux, n’existe pas. « Les fosses nasales sont, comme la cavité buccale, avant la naissance, remplies d’eau de l’amnios, en tant qu’elles aient une ouverture. »

Les oiseaux entendent et voient avant leur sortie de la coque. Les mammifères n’exercent ces deux fonctions qu’après la naissance. L’excitabilité du nerf auditif et la faculté de percevoir le son, ou du moins de réagir aux excitations appropriées, existent pourtant chez le fœtus. Mais la caisse du tympan est remplie d’une masse de tissu gélatineux, et plus tard d’un tissu conjonctif mou, et les ondes sonores ne peuvent pas se propager de l’oreille externe à l’oreille interne. Il est, en outre, expérimentalement prouvé que la tête ne sert pas au son de conducteur. — De même, la sensibilité de la rétine à la lumière et l'ouverture des paupières existent chez l’embryon humain; il est donc possible que des excitations intra-utérines non adéquates puissent se produire sur la rétine. Ces pseudo-sensations lumineuses, ces sensations subjectives, qui ne pourraient être qu'accidentelles, font probablement défaut, d’une façon normale, à cause du profond sommeil de l’embryon, et de l'imperfection du tractus opticus. quicontrarie probablement le transport de l’excitation rétinienne aux centres.

En résumé, ni l'instrument n’est assez parfait, ni l’occa-

AVANT LA NAISSÀNCË

sion n’existe, d’une manière générale, pour que l’embryon éprouve des sensations adéquates, sinon très faibles. L’appareil nerveux terminal ne peut guère les transmetre au centre, et, d’ailleurs, l’activité du cerveau, même à l’état . parfait, ne commence qu’avec la respiration de l’air atmosphérique. On ne peut cependant refuser au fœtus à terme les sensations adéquates de la faim, du bien-être et du malaise viscéral, les sensations surtout douloureuses du contact et de la pression ; son extrême facilité à réagir aux impressions pénibles pour l’adulte, démontre clairement le danger pour lui des excitations trop intenses ou trop répétées qui le réveillent de ce doux « sommeil sans rêve », qui est son état normal.

C’est ici qu’apparaissent avec évidence la solidarité directe de la mère, et, par elle, la solidarité très intime du milieu social avec l’enfant. Il nous faut insister, avec un autre physiologiste éminent, sur ces impressions répercutées par l’enfant, dès le quatrième ou le cinquième mois de la grossesse.

A la contraction des fibres musculaires de l’utérus, déterminée par une excitation quelconque, le fœtus, qui subit dans toute sa substance les effets de cette compression, répond à sa manière par des mouvements de défense variables en intensité. « Les excitations de tout ordre, lumineuses, sonores, tactiles, gustatives, olfactives, sont réduites, pour le fœtus, par l’organisme maternel, « à une forme élémentaire commune, le mouvement, qui est bien évidemment, dans cette circonstance, la commune mesure des sensations. » Pour toutes ces excitations, il semble qu’il soit, en vertu de sa faiblesse, « un réactif plus sensible que la mère. 11 réagit pour des excitations, des sensations, des sentiments, des représentations mentales, dont la mère elle-même n’a pas conscience. » Non seulement, « les chocs physiques et moraux, les émotions violentes éprouvées par la mère, par exemple, les applications du froid sur le ven-

* PSYCHOLOGIE DE L’ENEANT

tre, ou encore l’ingestion d’un liquide à une basse température, sont susceptibles de provoquer ses mouvements ; mais il suffit d’un coup de sonnette, d’un son un peu brusque, d’une odeur forte, même à peine ressentis par la mère, pour que les mouvements du fœtus se manifestent. Tout aussi bien que la colère ou la surprise, une représentation mentale modérée, un rêve banal, provoquent des réactions motrices plus fortes chez le fœtus que chez la mère.

Ce fait, de la répercussion sur l’embryon de toutes les excitations auxquelles la mère est soumise, mérite d’être pris en considération par les éducateurs, et surtout par les parents. Même avant la naissance de l’enfant, ils ont envers lui charge d’âme. L’auteur que nous venons de citer se demande si les troubles physiques ou mentaux de la mère pendant la gestation n’impliqueraient pas des cas de dégénérescence dont aucune trace de vices héréditaires n’explique l’origine. Il pense, en outre, que l’influence dont nous parlons, mieux connue, nous mettra peut-être en mesure d’expliquer ce l’influence de l’imagination de la mère sur le développement du produit de la conception1 * ».

M. Henri Marion avait déjà fort bien dit, à propos des influences maternelles, pendant la gestation, sur les prédispositions morales et intellectuelles des enfants : « Toute femme devrait s’en pénétrer, et, du jour où elle a l’espoir d’être mère, redoubler de vigilance morale, comme si le fruit qu’elle portait devait bénéficier des mérites qu’elle se donne, ou, au contraire, porter la marque et subir la peine des désordes qu’elle se permet. Cette croyance salutaire, fût-elle fausse, servirait au moins au perfectionnement de la mère, en lui faisant sentir plus tôt et plus vive ment la gravité de son rôle 3. »

1 Gli. Férè, Revue philosophique, mars 1886.

La solidarité morale, p. 93, 2* édit.

Page 1