LA. TENDANCE DRAMATIQUE
Un enfant de quatre ans, ayant vu passer dans la rue un monsieur très voûté, et un autre jour un vieillard très petit, il les observait très attentivement, et demandait ensuite comment cela avait pu se faire. Son frère, âgé de deux ans et demi, faisait des remarques du même genre : « Pourquoi il marche comme çà, ce monsieur, maman ? » Mais nulle perception du grotesque, comme grotesque, ni chez l’un, ni chez l’autre.
Un enfant de trois ans, ayant passé trois semaines chez des parents, revint avec des habitudes de moqueur. Il avait vu quelquefois dans ses promenades un petit vieux bossu, et il s’était mis à l’imiter, marchant courbé en deux, à petits pas pressés, devant des bonnes qui le laissaient faire et qui riaient même de ce jep. pour elles’sans importance. La famille, à son tour, n’y vit que matière à s’égayer. A partir de ce temps, un des grands plaisirs de l’enfant, plaisir pour lui très fatigant, fut de faire le petit vieux. Nombre de parents sont d’autant plus portés à favoriser cette caricature des défauts choquants, qu’ils y voient ordinairement la marque d’un naturel vif et d’un esprit observateur. C’est là, dans tous les cas, l’un des pires emplois de l’esprit. La raillerie caustique, chez l’homme fait, quand il n’est pas dans le cas de légitime défense, la moquerie chez l’enfant, qui n’a aucune excuse pour la pratiquer, ne sont rien moins qu’aimables. « Ces manières moqueuses et comédiennes, a dit Fénélon, ont quelque chose de bas et de contraire aux sentiments honnêtes. » Ainsi, beaucoup de gaîté dans les jeux, assez de plaisanterie, point de moquerie, voilà la règle applicable aux essais de dramatisation enfantine.
Cette tendance à tout imiter, à tout dramatiser, pour s’éjouir avec les autres, peut sans inconvénient être dérivée à des imitations tout à la fois inoftensives et instructives. Avant l’àge de quinze mois, la plupart des enfants contrefont très drôlement la voix, le chant, les cris d’un certain nombre d’animaux. C’est là un emploi très anodin
PSYCHOLOGIE DE L’ENFANT
(le la faculté comique, qui a l’avantage de développer les organes vocaux, et de porter les enfants à étudier les cris et en même temps à observer les formes et les allures des animaux leurs modèles. Il sera, d’ailleurs, très facile de modérer chez eux cette agréable tendance, pour peu qu’elle dégénère plus tard en manie grossière et malséante
1 L’évolution du sens esthétique, depuis les premières manifpstations jusqu’à son développement relatif, vers la dixième ou la douxième année, a fait l’obj et pour nous d’une étude spèciale: L’art et la poésie chez l’enfant. Dans ce livre sont successivement étudiés chez l’enfant : Le goût de la parure, — le sentiment de la nature, — l’art déplaire, — la musique, — le dessin, — la tendance dramatique, — la lecture , — la composition littéraire.