‹ Les trois premières années de l'enfantChapitre 8 sur 65 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les premières impressions du nouveau-né.

L’enfant a déjà fait connaissance avec la douleur dans le sein maternel, et l’on ne peut savoir jusqu’à quel point le rude travail de la naissance le fait souffrir. Mais c’est sans doute une douloureuse expérience pour lui que celle de ses premiers rapports avec les réalités extérieures. Aussitôt que sa tête arrive au contact de l’air, ce fluide s’introduit par torrents dans les tissus délicats de ses organes respiratoires, et la succession progressive des mouvements d’inspiration et d expiration, qui établit la respiration pulmonaire, ne se fait pas sans de pénibles ébranlements: c’est pour, quoi les premiers bruits que fait entendre l’enfant sont des

sortes d’éternuement analogues aux effets d’une suffocation, et des cris douloureux. Ce n’est que lentement, et au bout de quelques jours, que le petit être s’est accommodé à vivre dans l’air qui lui convient. Quand il arrive au monde, dénué des forces de résistance qu’il possédera plus tard, son fm epiderme est tout à coup enveloppé d’une atmosphère très froide relativement à la température du sein maternel qu’il vient de quitter. Le froid est le plus sérieux ennemi des nouveaux-nés, et l’on sait avec quel soin les animaux s’efforcent de réchauffer de leur chaleur leurs Petits Les précautions que nous prenons, pour atténuer

Lte efanV’aCti°n nuisibIe du n’empêchent pas cette action de s’exercer cruellement au moment de la

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Psychologie de l’enfan?

refroidisse pas trop, l’étoffe et l’éponge ont beau être douces, l’extrême sensibilité de la peau rend le nouveau-né très impressionnable à leur contact. Ses membres, arrachés à la molle pression dont ils avaient l’habitude, reçoivent une libei’té d’extension douloureuse ; nos mains, dont les caresses les plus légères sont pour lui une torture, froissent, compriment, secouent ces tendres organes meurtris par le travail de la naissance. Tous les sens sont battus coup sur coup d’impressions insolites, et les faibles cris de l’enfant semblent témoigner qu’elles sont péniblement ressenties. Le nouveau-né est aveugle et sourd : les traits de la lumière environnante n’en frappent pas moins ses yeux d’impressions choquantes; des tourbillons d’ondes aériennes n’en heurtent pas moins son oreille de dures excitations.

Faut -il s’étonner que cette brutale prise de possession par la nature extérieure détermine chez l’enfant les cris plaintifs que le poète a si énergiquement décrits : « L’enfant, à sa naissance, comme le nautonnier jeté sur le rivage par les ondes en courroux, est étendu à terre, nu, ne parlant pas, dénué de tous les secours de la vie, dès le moment où il aborde aux plages de la lumière, arraché du sein maternel par les efforts de la nature ; et il remplit de vagissements lugubres le lieu où il vient de naître ; douleur bien légitime : il lui reste à traverser une vie si durement affligée de maux 1 ! ». L’enfant ne pressent ni les maux ni les joies qui se partageront sa courte ou longue carrière, mais il souffre évidemment de sa vie désormais individualisée : il palpite, se lamente, comme s’agitent et geignent les animaux qui viennent de naître, sous l’influence des nouvelles et multiples impressions qui irritent leur sensibilité. 11 est donc rigoureusement exact que l’enfant fait connaissance avec la vie extérieure par la peine. Son entrée dans

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