ACTE I, SCÈNE I
coins de Paris. La bontique est encombrée de femmes de campagne, de bourgeoises, de financières, d’aetrices, de marquises ! ... Tous les rangs sont confondus : il n’y a de préférence que pour les riches I..,,.
DESROSIERS
Mon ami, je suis bien en peine... Apprenez qu’hier soir, en rentrant chez moi, j’ai trouvé une lettre... une lettre du Havre.
DESPRÉS
Ah! mon Dieu! est-ce que vos deux bâti mens...
DESROSIERS
Au contraire ! les cargaisons ont été vendues sur place, et bien au-delà de mes espérances;.... - et mon troisième navire, que je croyais perdu, vient d’arriver triomphant dans le port. Ainsi, mon cher, ma fortune est doublée. Tenez... voyez... Voilà les traites qu’on m’annonçait hier, et que je reçois à l’instant.
DESPRÉS
Votre fortune doublée! Ah! mon ami, vous savez si je vous aime ! Mais où voyez-vous donc là un malheur?
DESROSIERS
Comment ! vous ne devinez pas? Maintenant que je suis à la tête d’un capital considérable, est-cc que ^e
peux épouser la fille d’un marchand qui n’a qu’une
misérable dot de cent mille francs?
DESPRÉS
C’est juste !
DESROSIERS
Puisque je donne plus, est-ce que je n’ai pas le droit de prétendre à beaucoup plus ?
DESPRÉS
C’est du Barème tout pur !
DESROSIERS
Ecoutez, Després. J’ai toujours eu de l’ambition, et depuis mon nouveau bonheur , j’en ai encore davantage !... J’ai fait cette nuit le plus joli rêve : j’épousais une demoiselle noble qui me donnait un titre, une charge à la cour ! . . . . Si vous pouviez. . .
DESPRÉS
Ah! que vous arrivez bien de Colombie ! A quoi bon courir le monde si vous le connaissez si mal? Vous rêvez déjà que toutes nos nobles héritières vont venir en foule briguer l’honneur de vous appartenir! Ce n’est pas que les pauvres jeunes personnes soient bien esclaves des préj ugés ! eh ! bon Dieu ! leur tendre cœur ne demande qu’à s’élancer au devant de ce qu’on appelle des mésalliances ; niais elles sont défendues par