‹ Les trois rivaux, ou, La fille romanesqueChapitre 39 sur 85 · ACTE m, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE IL

contre la fidélité. La larme qui roule dans l'œil de l'amante et de l'amant qu'on sépare n'est-elle pas le gage qu'il n'y aura pas un sourire avant que l'amour les réunisse?

JULIE

Le rapport d'un rustre imbécile a-t-il plus de pouvoir sur vous qu'une tendresse que vous avez éprouvée ?

FAKLAND.

Non, non, je suis heureux si vous l'avez été. Dites que vous chantiez sans plaisir, que vous pensiez à moi en valsant.

JULIE

Eh! puis-je être heureuse sans vous? Si je porte un air satisfait, c'est pour laisser voir que je ne doutai jamais de la sincérité de Fakland; si, malgré moi, je parais triste, c'est après avoir pleuré votre absence, ou ma crédulité. Je- ne veux pas me plaindre; mais que de fois j'ai voilé mes ennuis d'un sourire dans la crainte qu'on ne devinât quelle rigueur faisait couler mes larmes !

FAKLAND.

Insensé que je suis! si je doute jamais d'une constance si vraie....

JULIE

Si un de ces sentimens finit sans une cause qui vienne de vous, et je n'ose la supposer.... que je devienne un objet de mépris pour ma légèreté et mon ingratitude!

FAKIAND.

Ce dernier mot m'a blessé ! je voudrais n'avoir pas de titre à la gratitude. Sondez votre cœur, Julie; ce que vous prenez pour l'amour, je le crains, n'est qu'une vive reconnaissance.

JULIE

Pour quelle qualité faut-il que je vous aime?

40 LES TROIS RIVAI X.

FAKLAKD.

Pour aucune... M'aimer pour le jugement et les dons de l'esprit, ce n'est que m'estimer; quant à la personne....

JUIJE.

C'est une erreur de la nature, quand elle accorde h voire sexe la beauté. J'ai connu des honaraes qui sur un sujet si vain l'emportent peut - être sur vous, mais mon cœur n'a jamais demandé à mes yeux s'ils étaient moins bien, ou mieux que vous.

FAKLAND.

Si j'étais aimé comme je veux l'être, fussé-je laid

comme un Lapon, personne ne vous paraîtrait si

beau.

JULIE

Vous êtes décidé à me tourmenter ; le contrat qui nous lie vous a donné plus que le privilège d'un

amant.

FAKLATSr.

Un contrat ! ce souvenir justifie mes doutes! Le respect potir un père n'a-t-il pas gêné votre penchanl ?

JULIE

Rompons cet engagement solennel Mon cœur,

je le sens, ne sera pas plus libre.

FAKLAND.

Si prompte ! tant d'ardeur pour votre liberté I Si votre amour était fixé, Julie, dégageriez -vous votre promesse, en supposant que je le veuille;'

ULIK.

Vous mettez mon cour à la lorlure.... je ne peux plus supporter cela.

1 AKLAM).

Je vous allligc , Julie ! Mes craintes naissent de cette idée : les femmes distinguent rarement la cause de leur amour. Le froid conseil de la prudence. Iode-

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