VEXATIONS
monastère, et emplissait le cloître du bruit assourdissant de ces appels. On faisait pour-* tant mine de ne pas l'entendre : le bedeau sous sa cape n'eut pas l'occasion de recevoir l'offrande des étrangers. De là, de saintes colères. Si on n'alla pas jusqu'à affamer ces mécréants, du moins, on leur fit payer leurs provisions à poids d'or. Le mot d'ordre avait été donné; et les malheureux durent se plier aux exigences de la gent rapace. La camarilla du couvent, il s'en forme partout, cachait la même hostilité sous des dehors plus obséquieux. C'était d'abord le personnel féminin attaché au service des voyageurs; la Maria-Antonina, une dofia déchue de sa splendeur, au langage maniéré et dévot, longue, mince et sèche; puis la Catalina, une sorcière aux cheveux crépus retombant sur sa figure parcheminée ; et enfin la Nina, un petit diablotin de dix ans, s'entendant toutes les trois à merveille, lorsqu'il s'agissait de faire main basse sur les denrées
venues de Palma, destinées au ravitaillement de leurs maîtres assiégés; mais, le reste du temps, se querellant et s'injuriant comme des furies. C'était, en outre, le sacristain, vivant à l'ombre de l'église déserte, iîer de ses , pan talons européens et de ses bretelles rouges, qui ne le quittaient, hélas ! ni jour ni nuit ; et aussi le moine préposé à la garde du cloître, un père pharmacien, dont on apercevait rarement la silhouette, tant il prenait de soin à la dissimuler derrière les buissons de ricin et autres plantes médicinales qui abritaient la porte, de sa cellule I On l'y relançait pourtant quelquefois, en quête des juleps nécessaires au malade. Alors, par l'entre-baîllement de la porte, il apparaissait, revêtu de sa robe blanche de chartreux, qu'il endossait toujours, enfermé. chez lui, à l'heure des offices. Souvent aussi la chartreuse recevait d'autres hôtes. Au mardi gras, par exemple, les villageois y venaient danser, costumés en dia-