‹ Les trois romans de Frédéric ChopinChapitre 101 sur 122 · VEXATIONS · texte numérisé non relu

VEXATIONS

blés, en animaux fantastiques, en bergères, en marquises, et les reflets des torches, le bruit des castagnettes qu'ils agitaient, troublaient soudain le silence des préaux, et, par la brisée des arcades, par les portes, disjointes, éclairaient les cellules abandonnées. La nuit même, des voix, des pas mystérieux résonnaient sous les voûtes. Un ancien ami des chartreux que Tivresse consolait maintenant de l'absence des pères parcourait les solitudes, son bâton frappant les dalles, tandis que ses cris lamentables se répercutaient d'arceaux en arceaux. Arrêté à la porte des cellules, il appelait par leurs noms les religieux expulsés, et, n'en recevant pas de réponse, invectivait la terre, les cieux et les hommes. La lumière qui glissait sous latente des portes des trois cellules occupées par les Français l'attirait surtout. Durant des heures, on l'entendait proférer d'horribles menaces, jusqu'à ce que, exténué, il tombât lourdement sur le sol. On l'y retrou-

vait au matin, sa longue barbe blanche balayant les dalles, ses mains crispées serrant Tune son bâton, l'autre un couteau ouvert. On en riait : les enfants semaient de nouveau les échos de leur gaieté sous les cloîtres; le soleil y ramenait la vie... Mais toutes ces émotions influaient sur le moral du pauvre maître. D'ailleurs, les éléments eux-mêmes semblaient conjurés contre lui. La pluie revint avec son clapotis monotone et lent sur les toits d'ardoises, et ses brouillards épais, enveloppant toute chose d'un voile gris uniforme. Un matin, c'était au dernier temps de leur séjour, George Sand et ses enfants ayant frété un de ces birlocho du pays, seul véhicule possible au milieu de chemins impraticables, partirent en voyage d'exploration. Ils laissaient l'artiste à son piano, sous la garde de la Catalina, et du menuisier que la douceur de son jeu avait charmé. Vers le milieu du jour, de nouveau les nuages s'amoncelèrent, le ciel ouvrit ses

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